Assemblée nationale : dépôt du rapport de la Commission Défense et Sécurité, la balle est désormais dans le camp du Bureau pour son examen

Photo d'illustration
Photo d'illustration

Après avoir achevé une série d’auditions jugées "cruciales" portant sur des questions hautement sensibles liées à la défense du territoire et à la sécurité nationale, et en raison du caractère confidentiel des informations traitées, le bureau de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale, dirigée par le député national élu de Walikale (Nord-Kivu) sur la liste de l’UDPS/Tshisekedi, Rubens Mikindo Muhima, a procédé jeudi 23 avril 2026 à la remise de son rapport entre les mains du président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, élu de la circonscription électorale de Walungu (Sud-Kivu).

À cette occasion, rapporte la cellule de communication de la Chambre basse du Parlement, le rapporteur adjoint de la Commission, Joseph Nkoy Wembo, s’est exprimé au nom de la Commission pour présenter les grandes lignes des travaux menés ainsi que la portée des conclusions issues des auditions. Ce document, fruit d’auditions des responsables gouvernementaux et sécuritaires, aborde les enjeux sécuritaires actuels et servira de base d’analyse pour les questions de défense sur l’ensemble du territoire, dans un contexte marqué par la guerre d’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, l’activisme des ADF, ainsi que des groupes armés locaux et étrangers, semant la mort et la désolation parmi les populations civiles.

Selon cet élu de Katako-Kombe dans la province du Sankuru, ces travaux ont impliqué plusieurs membres du gouvernement directement concernés par les enjeux sécuritaires. Il a révélé que les vice-Premiers ministres en charge de la Défense et de l’Intérieur, ainsi que le ministre des Finances, en sa qualité d’ordonnateur des dépenses publiques, notamment celles liées aux opérations militaires, ont été auditionnés. Selon lui, l’objectif était de s’assurer que ces opérations bénéficient d’un financement adéquat et régulier.

Dans le souci de garantir de meilleures conditions sociales aux forces de défense et de sécurité, le vice-Premier ministre, ministre de la Fonction publique, a également été entendu. Les échanges ont notamment porté sur la situation de l’affiliation des éléments des FARDC et de la PNC à la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État, un aspect essentiel du bien-être des militaires et des policiers.

Par ailleurs, Joseph Nkoy Wembo, qui fut suppléant de Christophe Lutundula avant d’accéder au mandat de sénateur, a révélé que la Commission s’est également penchée sur la question stratégique de la sécurisation des sites miniers, dans un contexte marqué par des tensions liées à l’exploitation des ressources naturelles. À cet effet, les ministres des Affaires étrangères et des Mines ont été consultés afin d’évaluer les mécanismes de protection mis en place pour sécuriser ces zones sensibles, au cœur des enjeux économiques et géopolitiques du pays.

Selon Joseph Nkoy Wembo, membre du Groupe parlementaire Dynamique Agissons, fruit d’un travail rigoureux, ce rapport constitue un outil stratégique de premier plan. Il affirme qu’il servira de base d’analyse pour les questions de défense et de sécurité sur l’ensemble du territoire national, tout en permettant aux élus de porter un jugement éclairé et objectif sur ces enjeux fondamentaux pour la stabilité et la souveraineté de la République.

S’agissant de la suite du processus, le député national Joseph Nkoy Wembo a révélé qu’il appartient désormais au bureau de l’Assemblée nationale, dirigé par Aimé Boji Sangara, conformément à son calendrier, d’inscrire l’examen de ce rapport à l’ordre du jour. Cette étape permettra à la plénière, c’est-à-dire à l’ensemble des députés nationaux, de prendre connaissance des constats établis ainsi que des recommandations formulées par la Commission.

Le dépôt de ce rapport au bureau de l’Assemblée nationale intervient dans un contexte où la partie Est de la République démocratique du Congo continue d’être en proie à une insécurité chronique et à une situation humanitaire catastrophique, caractérisée par une dégradation persistante au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri. Malgré les pourparlers diplomatiques, notamment les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, ainsi que les opérations militaires conjointes FARDC–UPDF, les violences ne faiblissent pas, exacerbant la crise humanitaire à la suite des affrontements entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), soutenue par le Rwanda. D’autres groupes armés, tels que l’ADF et la CODECO, restent actifs, causant des morts, des déplacements massifs de populations, des enlèvements et des destructions.

Au nom de la redevabilité et en dépit du caractère sensible de la question, de nombreux observateurs estiment que l’examen de ce rapport en plénière devrait être public, afin de permettre à la population d’être également informée des questions sécuritaires et, surtout, des dépenses engagées dans le cadre de cette guerre. Du côté de l’opposition, des voix ne cessent de s’élever pour accuser le régime de Félix Tshisekedi de faire de la guerre une occasion d’enrichissement illicite. Récemment, le parti de Delly Sesanga a, selon ses informations, révélé que 13 milliards de dollars américains auraient été dépensés par le gouvernement sans résultats concrets, selon cette formation politique de l’opposition. Pas plus tard que vendredi 24 avril 2026, Jean-Marc Kabund, un autre acteur politique de l’opposition, a évoqué 14 milliards de dollars déjà dépensés dans le cadre cadre de cette guerre. 

Clément MUAMBA