Rutshuru : la détresse humanitaire s’aggrave dans le groupement Mutanda

Conflit FARDC-M23/Les déplacés/Crédit Photo – BOYONGO KAYA/CICR
Conflit FARDC-M23/Les déplacés/Crédit Photo – BOYONGO KAYA/CICR

La situation humanitaire demeure alarmante dans plusieurs localités du groupement Mutanda, en chefferie de Bwito dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Des milliers de ménages déplacés et retournés y vivent dans des conditions extrêmement précaires, marquées notamment par le manque de nourriture et l’accès limité aux soins de santé.

Selon Muhingya Moïse, vice-président du Comité chargé des mouvements de populations de Bwalanda, les villages de Kirima, Rwahurukene et Rwahanga accueillent actuellement près de 2 600 ménages déplacés et plus de 5 600 ménages retournés. Ces populations ont fui l’insécurité persistante caractérisée par des affrontements entre les rebelles de l'AFC/M23 et les forces gouvernementales appuyées par les wazalendo dans certaines zones des territoires de Rutshuru, Masisi et Walikale. Un dénombrement réalisé au début du mois d’avril confirme l’ampleur de cette pression humanitaire.

Sur place, les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Les opportunités de survie reposent essentiellement sur des petits travaux journaliers, rares et faiblement rémunérés. Nyirahabimana Tuyisenge Judith, veuve et mère de sept enfants, décrit un quotidien marqué par la misère.

"Nous faisons des travaux journaliers pour 2 000 FC par jour. Avec cette somme, il est difficile de répondre aux besoins essentiels. Un tas de patates douces coûte déjà 1 000 FC. Il faut choisir entre manger et autres dépenses. Les enfants tombent souvent malades, mais nous n’avons pas accès aux soins faute d’argent, même pour payer la fiche médicale. J’ai perdu un enfant la semaine dernière, faute de prise en charge. Nous louons une petite chambre à 10 000 FC par mois, ce qui complique davantage notre situation."

Elle évoque également des conditions d’hygiène précaires et des risques sécuritaires accrus, notamment pour les femmes contraintes de se laver dans des rivières, s’exposant ainsi à des violences.

De son côté, Shabani Munguiko, déplacé en provenance de Kashuga et père de six enfants, souligne la rareté croissante des activités génératrices de revenus.

"Trouver un travail journalier devient de plus en plus difficile. On passe des journées entières sans rien faire. Nous sommes hébergés dans un lieu de culte. À chaque moment de prière, nous devons sortir nos affaires, ce qui entraîne souvent des pertes. Il est difficile de protéger nos biens et de s’occuper correctement des enfants. Nous avons tout perdu à cause de la guerre : nourriture, vêtements et chaussures."

Face à cette situation critique, les déplacés et retournés lancent un appel urgent aux organisations humanitaires et aux autorités compétentes. Ils sollicitent une assistance en vivres, en soins de santé, ainsi qu’en articles non alimentaires, notamment des vêtements, afin d’alléger leurs souffrances.

Dans un contexte sécuritaire encore fragile, la crise humanitaire dans cette partie de Rutshuru continue de s’aggraver, appelant à une mobilisation rapide et coordonnée des acteurs humanitaires.