Une situation humanitaire préoccupante se dessine dans la zone de santé de Bambo, en territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, où plus de 1 000 ménages, soit environ 6 072 personnes retournées et déplacées, ont été enregistrés entre le 10 janvier et le 25 février 2026 dans l’aire de santé de Faraja.
Selon des sources humanitaires, ces mouvements de retour ont été motivés non seulement par une accalmie sécuritaire observée dans certaines zones d’origine, mais également par la détérioration des conditions de vie dans les zones de déplacement. Les retournés proviennent notamment des aires de santé de Kishishe et Bambo.
Parallèlement, 101 ménages déplacés, ayant fui la persistance des affrontements dans la zone de Mukondo, ont trouvé refuge dans la localité de Chahi depuis le 14 janvier 2026. Ces derniers sont hébergés dans deux centres collectifs, notamment l’église CEPAC qui a reçu 55 ménages et l’église Adventiste héberge 46 ménages, tandis que les retournés vivent pour la plupart dans leurs habitations d’origine.
Face à cette situation, l’organisation HEKS/EPER a conduit, le 18 mars 2026, une évaluation rapide dans l’aire de santé de Faraja afin de mieux cerner les besoins et orienter une réponse humanitaire adaptée.
Les besoins prioritaires exprimés par les populations concernées portent principalement sur l’accès à la nourriture, aux articles ménagers essentiels (AME) et aux soins de santé. Toutefois, la présence d’acteurs humanitaires reste très limitée dans la zone. À ce jour, seule Médecins Sans Frontières (MSF-France) assure une prise en charge gratuite des soins, mais uniquement pour les enfants âgés de 1 mois à 15 ans, laissant un vide important pour les adultes et les femmes enceintes.
Sur le plan sanitaire, la situation est alarmante. Selon le rapport de l’infirmier titulaire de l’aire de santé de Faraja, une hausse significative des cas de malnutrition aiguë a été enregistrée entre janvier et mi-mars 2026. Au total, 286 cas ont été documentés, dont 129 cas sévères et 157 cas modérés. Ces patients sont pris en charge au centre de santé de Faraja à l’aide d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, tels que le Plumpy’Nut, fournis par MSF-France.
Les pathologies les plus fréquentes dans la zone incluent le paludisme, les infections respiratoires aiguës, ainsi que des complications liées à la malnutrition. La situation est d’autant plus critique que le poste de santé de Chahi n’est actuellement pas fonctionnel.
Les conditions d’accès aux soins sont extrêmement difficiles, en particulier pour les femmes enceintes. À Chahi, accoucher relève d’un véritable parcours du combattant : il faut marcher entre deux et trois heures à travers un terrain montagneux pour atteindre le centre de santé de Bambo. Dans certains cas, des femmes en travail sont transportées sur des civières de fortune faites de bois et de cordes.
Dans ce contexte, chaque déplacement devient un risque pour la vie, et l’absence d’une couverture médicale complète accentue la vulnérabilité des populations affectées.
Face à l’ampleur des besoins et à l’insuffisance de la réponse humanitaire, les acteurs locaux appellent à une mobilisation urgente afin d’apporter une assistance multisectorielle à ces populations déjà éprouvées par des mois de conflit et de déplacement.