Soutenance de thèse : Fabrice Akaa décroche un doctorat en communication politique et devient le 29e docteur formé à l’Unisic, ex-IFASIC

Fabrice Akaa lors de la soutenance de thèse doctorale
Fabrice Akaa lors de la soutenance de thèse doctorale

Fabrice Akaa Lukangi a soutenu publiquement, samedi 4 avril, sa thèse de doctorat à l’Université des sciences de l’information et de la communication (UNISIC, ex-IFASIC). Ce travail, mené sous la houlette du professeur Paul Okomba Wetshisambi, a porté sur la communication politique et révision constitutionnelle en RDC : analyse des modes de prise de position du public. À l’issue de sa présentation, le jury, présidé par le professeur Eddie Tambwe Kitenge, a jugé la thèse recevable, et lui a accordé la note de grande distinction. 

Cette thèse arrive à point nommé, en plein cœur des débats sur la révision constitutionnelle en RDC. Selon l’impétrant, la problématique à la base de la recherche découle de l’observation d’un ensemble de faits empiriques significatifs et d’informations théoriques. Ces informations incluent la récurrence de révisions constitutionnelles en Afrique ou encore la consubstantialité de la communication politique et de la révision constitutionnelle. 

S’agissant du premier fait empirique, Fabrice Akaa illustre, par des exemples, les pouvoirs politiques qui ont réussi à réviser leurs constitutions à la fin de leur second mandat, et aussi des pouvoirs politiques qui ont tenté de réviser leurs constitutions à la fin de leur second mandat sans y parvenir. Dans tous les deux cas, la RDC n’est pas en reste. 

Quant au deuxième fait empirique, il fait remarquer que la communication politique sur la révision constitutionnelle n’est pas ordinaire, elle a un caractère militant à travers les déclarations des acteurs politiques. 

« En tant que chercheur, nous sommes appelés à observer la société, et à questionner tous les problèmes qui soulèvent des inquiétudes. Je dis aujourd’hui que la question de la révision constitutionnelle qui, du reste, ne date pas de notre époque, pose problème en termes, d’abord de récurrence, ensuite de tout ce qu’elle soulève comme débat public, a déclaré, à ACTUALITE.CD, Fabrice Akaa, précisant qu’il était important de s’y atteler pour réfléchir, et voir comment le public appréhende tous les discours développés par le pouvoir, afin de le faire adhérer au projet de révision constitutionnelle ». 

Les différents modes de prise de position du public identifiés  

Cette étude visait deux objectifs. D’abord, elle devait  produire une nouvelle théorie sur la réception de la communication politique, qui établit le lien entre les modes de prise de position et les modes de réception du public face à la communication. Ensuite, elle devait servir d’outil d'orientation pour un déploiement efficace de la communication politique sur la révision constitutionnelle, en lien avec la dynamique sociopolitique et la consolidation de la démocratie.

Quels sont les modes de prise de position des habitants de Kinshasa qui sous-tendent les modes de réception de la communication politique développée par le pouvoir politique en matière de révision constitutionnelle en RDC ?  C’est de cette manière qu’il a formulé sa question de recherche. 

C’est un travail qui a opté pour la posture abductive, un mouvement de raisonnement mixte ou combinatoire, articulant l’induction et la déduction. La méthode comparative continue mise en œuvre s’inscrit dans la logique de la théorie ancrée. Elle se caractérise également par une triangulation méthodologique en termes de collecte et d’analyse des données, effectuées en deux  temps : entre 2016 et 2017 sous le régime de Joseph Kabila, puis entre septembre 2023 et décembre 2024 sous Félix Tshisekedi. 

Cette démarche méthodologique lui a permis d’extraire, dans l’ensemble, cinq catégories conceptualisantes qui constituent les modes de prise de position des habitants de Kinshasa face à la communication politique sur la révision constitutionnelle. Ces modes de prise de position sont : adhésion, approbation, approbation conditionnelle, désapprobation et le mode de sans position.

La théorie ainsi mise en place par le chercheur est nommée « théorie des modes de prise de position connectés aux modes de réception ». Elle est inspirée de l’école de Birmingham, mais enrichie d’une trouvaille personnelle, qu’il qualifie d’”akantienne”. Concrètement,  Fabrice Akaa a établi une correspondance entre les modes de réception de l’école de Birmingham et ses cinq modes de prise de position identifiés dans le travail. Son postulat : Tout mode de prise de position face à la communication politique sur la révision constitutionnelle, c’est-à-dire, chacun de cinq modes qu’il a dégagés, est lié à un mode de réception. L’adhésion et l’approbation sont liées au mode hégémonique. L’approbation conditionnelle au mode négocié, la désapprobation au mode oppositionnel et le mode de sans position au pluricode. C’est le dernier mode de réception, le pluricode, qui ne relève pas de l’école de Birmingham. 

Le chercheur a, ensuite, soumis cette théorie à l’épreuve des faits empiriques au moyen d’une enquête quantitative. Un échantillon de 264 enquêtés (enquête par sondage) a été construit à l’aide de la technique de l’échantillonnage stratifié non proportionnel sur base de la catégorie socioprofessionnelle et de l’appartenance provinciale comme des variables de stratification. « Les opinions des ressortissants de toutes les provinces de la RDC selon l’ancienne configuration ont été intégrées », a-t-il rassuré lors de la soutenance.  

La communication politique, un champ de prédilection 

Le nouveau docteur en SIC n’était pourtant pas à son coup d’essai en communication politique. C’est un champ qu’il affectionne depuis belle lurette. Ses précédents travaux scientifiques et académiques ont abordé des problématiques y relatives. 

En graduat (premier cycle), il avait déjà présenté un travail portant sur la communication politique post-électorale du PPRD, afin de dégager, à travers les actes de langage, les ruptures et constances en rapport avec les promesses du pouvoir politique. 

En licence (deuxième cycle), il a réfléchi sur la communication politique inter-étatique sur les enjeux du changement climatique pour notamment questionner la participation de la RDC lors de grands rendez-vous autour de cette question. 

Tout compte fait, celui qui a été qualifié de “purificateur méthodique” par ses pairs est devenu, samedi, le 29e docteur formé à l’UNISIC. Ce grade lui a été conféré par le professeur Géorges-Jérémie Wawa, secrétaire général académique de cet établissement, en l’absence de la rectrice Espérance Bayedila Bakanda, en mission. Le tout, dans une ambiance conviviale, en présence de quelques politiques et académiques de renom en matière de droit au pays, dont Evariste Boshap, Jacques Djoli ou encore Dieudonné Kaluba Dibwa. 

Japhet Toko