Stratégie nationale de captation, traçabilité et sécurisation du flux d’or en RDC : plusieurs pistes de solutions envisagées, avec le Haut-Uele comme province pilote

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L'argent, des lingots d'or et plusieurs arrêtés par la police congolaise...

La filière aurifère congolaise se dirige-t-elle désormais vers une phase de restructuration ? La question mérite d’être posée, d’autant plus qu’à la suite des instructions présidentielles lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres, le gouvernement avait été invité à concevoir et déployer en urgence un mécanisme national de captation et de sécurisation des flux d’or. La Première ministre Judith Suminwa a fait le point sur la mise en œuvre de cette directive lors de la 85ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 3 février 2026 à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa.

Derrière cette démarche gouvernementale se dessine un constat clair : une part significative de la production nationale échappe encore au Trésor public. Pour le président Félix Tshisekedi, l’exploitation artisanale prédominante, la porosité des frontières, les écarts fiscaux avec certains pays voisins et l’existence de circuits informels de commercialisation fragilisent la capacité de l’État à tirer pleinement profit de cette ressource stratégique.

D’après le compte rendu de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres, la réforme vise à intégrer progressivement la production artisanale et semi-industrielle dans des circuits officiels. L’objectif est double : accroître durablement les recettes publiques et sécuriser les réserves en devises, dans un contexte où la stabilité macroéconomique demeure une priorité nationale.

"La Première ministre, cheffe du gouvernement, a insisté sur la nécessité de renforcer la stratégie du gouvernement dans la captation et la sécurisation du flux d’or en République démocratique du Congo. À cet effet, elle a mis en place une équipe de travail composée d’experts issus des ministères et services techniques concernés, chargée de proposer des réponses adaptées aux préoccupations soulevées lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres du vendredi 20 février 2026", rappelle la cheffe du gouvernement dans le compte rendu de la réunion. 

Dans son exposé, la Première ministre Judith Suminwa a indiqué que les travaux de cette commission ont permis d’identifier plusieurs pistes de solutions, notamment :

• la finalisation de la révision du manuel des procédures de traçabilité des produits miniers, de l’extraction à l’exportation ;
• la conclusion du processus de révision du décret encadrant le Centre spécialisé d’achat, de commercialisation et d’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale, en particulier sur les aspects procéduraux et fiscaux ;
• la bancarisation progressive des coopératives minières et des négociants ;
• le déploiement effectif de l’Inspection générale des mines et du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC) aux postes frontaliers ;
• le renforcement de la participation de la RDC au Comité d'audit ainsi qu'à l'exécution du plan d'action du mécanisme régional de la certification de la CIRGL.

"Compte tenu de l’enjeu stratégique, la Première ministre a instruit le ministre des Mines d’intégrer ces recommandations et de procéder, dans les meilleurs délais, à leur mise en œuvre dans une province pilote, en l’occurrence le Haut-Uele", a recommandé la première Ministre Judith Suminwa dans le compte rendu de la réunion. 

Le sous-sol de la République démocratique du Congo demeure riche en or, concentré principalement dans les régions de l’Est, notamment l’Ituri, le Grand Kivu et la province de la Grande-Orientale. La mine de Kibali, opérant en RDC, est l’une des plus grandes d’Afrique. Cependant, l’exploitation de cette ressource se caractérise par un fort contraste entre la production industrielle et l’exploitation artisanale, souvent associée à des conflits armés et à des trafics vers les pays voisins.

Bien que l’or constitue une ressource majeure, une grande partie de la population ne bénéficie pas directement de cette richesse. L’exploitation est par ailleurs entravée par l’insécurité dans l’Est, la contrebande, et le fait que plus de 80 % de l’or artisanal pourrait être exporté à des prix inférieurs à ceux du marché mondial, selon certaines estimations.

La démarche du gouvernement, consécutive aux instructions présidentielles, est perçue comme une stratégie visant à réduire la fraude, limiter la contrebande et repositionner l’or comme un levier central de souveraineté économique.

Il s’agit également d’une réorganisation de la gouvernance d’un secteur clé, afin de consolider les finances publiques et renforcer la crédibilité économique du pays, tant au niveau national qu’international.

Clément MUAMBA