Des migrants expulsés des USA en RDC : Justicia ASBL s’inquiète des accords non entérinés au parlement

Photo d'illustration
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Le gouvernement congolais a annoncé dimanche qu’il s’apprête à accueillir, à compter de ce mois d’avril, des ressortissants des pays tiers expulsés des États-Unis dans le cadre d’un dispositif temporaire décidé après un accord conclu avec les USA. 

Mais cette décision de Kinshasa suscite des inquiétudes et interrogations sur une éventuelle réédite des événements de 1994.

JUSTICIA Asbl, une organisation de promotion et de protection des droits humains, a adressé une lettre ouverte au président Tshisekedi, dans laquelle elle dit sa stupéfaction sur la manière dont les accords de cette importance ont été conclus, sans débat public, fustigeant au même moment la «précipitation» et le mode opératoire qui laissent croire que le pays devient un bien privé des gouvernants.

« Des accords de cette importance devraient être entérinés par les représentants du Peuple congolais qui sont les députés nationaux et les sénateurs après un débat Public citoyen avec la participation de toutes les couches de la population, car le pays n’est pas un bien privé de ceux qui gouvernent. La précipitation avec laquelle vous annoncez ces mesures temporaires sans que la population ne soit informée du contenu desdits accords, de leur application et de leurs conséquences négatives ou positives sur la vie nationale est une source d’inquiétude », lit-on.

Par ailleurs, l’Organisation des droits humains exprime des craintes de réédite des événements de 1994, l’année à laquelle la RDC avait importé le génocide rwandais en ouvrant, par hospitalité, sa frontière aux Tutsis qui étaient pourchassés par les Hutus, cause de plusieurs morts parmi les Congolais dans l'est de la RDC.

« Depuis 1994, jusqu’à ces jours, la RDC continue à payer le lourd tribut d’avoir accepté d' accueillir de bonne foi des populations qui devraient être sous la protection de la communauté internationale et du Haut Commissariat pour les réfugiés sans que des mesures sérieuses de leur encadrement n’eurent été réfléchies. Plus de 30 années déjà, plusieurs générations innocentes continuent à payer les prix des décisions politiques », redoute-t-elle. 

En outre, Justicia Asbl s’interroge notamment sur les dispositions constitutionnelles  qui ont donné compétence au gouvernement de prendre pareils engagements, sur les informations des nationalités de ces refoulés et leur lien avec la RDC. 

L'ONG veut aussi voir clair sur le refus des USA de gérer ces refoulés sur son sol ou de les retourner dans leurs pays d’origine. Quoique le dispositif est temporaire, Justicia Asbl veut avoir le cœur net sur la durée d'accueil  des expulsés de USA en RDC.

« Les États-Unis disposent de tous les moyens financiers ainsi que des infrastructures pour gérer ces genres des cas et la RDC a d’autres priorités que cette histoire là qui risquerait de poser à la république des sérieux problèmes d’ordre sécuritaire, économique et social », souligne l’Organisation.

À travers le communiqué du dimanche 5 avril, le gouvernement a précisé que ce dispositif, défini conjointement avec les autorités américaines, s’inscrit dans le respect de la souveraineté nationale en matière de gestion de l’accès et du séjour des étrangers, ainsi que dans les engagements internationaux et régionaux du pays en matière de protection des droits des migrants.
Kinshasa souligne également que la prise en charge logistique et technique sera assurée par le gouvernement américain, via des structures spécialisées, et qu’« aucune charge financière » ne sera supportée par le Trésor public congolais.

En effet, les personnes concernées seront accueillies dans des sites situés dans la ville-province de Kinshasa, avec un encadrement administratif, sécuritaire et humanitaire, selon le communiqué. 

Samyr LUKOMBO