RDC : un nouveau rapport de la Banque mondiale appelle à libérer le potentiel des entreprises publiques pour un développement inclusif

La Banque mondiale présente le rapport « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques »
La Banque mondiale présente le rapport « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques »

La stabilité macroéconomique s’est améliorée en République démocratique du Congo (RDC) en 2025. Toutefois, une croissance tirée principalement par les grands investissements miniers n’a pas encore permis de créer des emplois ni de réduire la pauvreté. Par ailleurs, la mauvaise gouvernance des entreprises publiques continue de freiner la prestation des services et d’accroître les risques budgétaires, selon le dernier rapport sur la situation économique de la RDC, publié ce mardi 24 mars 2026 à Kinshasa.

Intitulé « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques », le rapport montre que, bien que les entreprises publiques contrôlent des secteurs clés de l’économie de la RDC, notamment l’électricité, l’eau, les transports et les mines, leurs faiblesses financières et leurs lacunes en matière de gouvernance ont limité la prestation de services et accru les risques budgétaires. Entre 2014 et 2023, ces entreprises ont accumulé des pertes totalisant environ 5,3 milliards de dollars américains, soit plus de 530 millions de dollars par an, un montant presque équivalent au budget annuel du secteur de la santé du pays.

« La croissance du PIB réel a légèrement ralenti, passant de 6,1 % en 2024 à une estimation de 5,5 % en 2025, tout en demeurant supérieure à la moyenne de l'Afrique subsaharienne. Cette croissance a continué d'être portée par l'activité minière à forte intensité de capital, avec une production de cuivre en hausse de plus de 10 % en 2025. Toutefois, ces gains ne se sont pas encore traduits par une amélioration généralisée du niveau de vie. La croissance a généré peu d'emplois formels et la pauvreté reste répandue : plus de 80 % de la population vivrait en dessous du seuil international de pauvreté. L'inflation a fortement reculé de 11,7 % à fin 2024 à 2,3 % à fin 2025 soutenue par une politique monétaire restrictive, l'appréciation de la monnaie et la baisse des prix mondiaux des produits alimentaires et énergétiques », rapporte la Banque mondiale.

Selon le rapport, la dette des entreprises publiques a également augmenté de manière constante, passant de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, et représente désormais environ 42 % de la dette publique extérieure, les engagements étant fortement concentrés dans un petit nombre de grandes entreprises, notamment dans les secteurs de l'énergie et des mines.

Pour que les entreprises publiques fonctionnent mieux, le rapport souligne que l'État doit mieux encadrer et superviser ces entreprises, grâce à des règles plus claires sur leur gestion, un leadership professionnel et responsable, une transparence financière accrue, ainsi qu'une séparation clairement définie entre les fonctions commerciales et les obligations de service public, assortie d'une compensation budgétaire explicite et en temps voulu lorsque les services sont fournis en dessous de leur coût.

« Des réformes profondes et durables sont absolument indispensables pour faire passer les entreprises publiques de la RDC du parking à l'autoroute de son développement. Des entreprises publiques bien gouvernées et gérées de manière professionnelle permettront d'améliorer la productivité de l'économie, d'offrir de meilleurs services aux populations et aux entreprises privées, et de créer davantage d'emplois de qualité », déclare Albert Zeufack, Directeur de division de la Banque mondiale pour l'Angola, le Burundi, la RDC et São Tomé-et-Príncipe.

Selon le rapport, l’expérience internationale montre qu’un ensemble cohérent de réformes pourrait contribuer à renforcer la performance et la gouvernance des entreprises publiques en RDC. Une plus grande professionnalisation de la fonction d’actionnariat de l’État pourrait clarifier le rôle du gouvernement et limiter les interventions discrétionnaires, tandis qu’une séparation plus nette entre les activités commerciales et les missions de service public soutenue par une compensation budgétaire transparente pourrait améliorer la responsabilité.

Selon l’expérience internationale, la transformation des entreprises publiques en sociétés de droit commercial s’accompagne généralement de l’instauration de conseils d’administration professionnels, de contraintes budgétaires rigoureuses, d’une tarification fondée sur les coûts et d’une transparence renforcée. Ancrées dans une stratégie crédible à moyen et long terme, ces mesures pourraient contribuer à aligner le cadre des entreprises publiques en RDC sur les normes internationales tout en soutenant la viabilité budgétaire et la prestation de services.

La publication de ce rapport intervient près d’une année après la tenue des travaux des états généraux des entreprises du portefeuille de l’État. Ce forum visait à faire des entreprises publiques un puissant levier de croissance et de développement de la RDC. Les participants, venus de divers horizons, avaient posé en décembre 2024 un diagnostic du secteur en examinant les maux dont souffre la majorité des entreprises du portefeuille de l’État.

Ces états généraux avaient pour thème : « Faire des entreprises du portefeuille de l’État un puissant levier de croissance économique et de développement social en RDC ». Selon les organisateurs, ils marquent une étape importante dans la réforme de ces entreprises. Après cinq jours d’intenses travaux, les recommandations formulées par les participants visent à transformer ces entreprises en acteurs clés du développement économique et social du pays, tout en renforçant leur transparence, leur efficacité et leur impact sur les communautés locales.

La relance des entreprises du portefeuille d’économie mixte peut contribuer de manière significative à la croissance économique et à l’amélioration des recettes publiques. Conscient de cet enjeu, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, est revenu, lors de la 51ᵉ réunion du Conseil des ministres, sur une question stratégique : la participation de l’État congolais dans l’actionnariat des entreprises d’économie mixte.

S’inscrivant dans la continuité des résolutions fortes issues des états généraux du portefeuille récemment tenus à Kinshasa, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a souligné la nécessité de réévaluer, avec rigueur et lucidité, la portée réelle de cette participation. Il a relevé qu’au sein d’un grand nombre de sociétés d’économie mixte, la présence de l’État congolais est devenue purement nominale, voire illusoire. Cette situation préoccupante traduit une marginalisation progressive des intérêts publics, y compris ceux des mandataires de l’État, dans la gestion des entreprises à participation publique.

Clément MUAMBA