La ville-province de Kinshasa continue de faire face à une résurgence de l'insécurité, des enlèvements et des attaques nocturnes, malgré la mise en œuvre de l’opération « Ndobo » (Hameçon), présentée comme un succès par le gouvernement à travers le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières. Les annonces répétées d’arrestations de bandits urbains (Kulunas) et leur déferrement devant les instances judiciaires semblent n’avoir eu que peu d’impact sur le quotidien des Kinois et des Kinoises.
Lors de la 82ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a indiqué avoir été saisi des préoccupations de la population, qui signale une recrudescence inquiétante des enlèvements dans la capitale. Selon lui, à ces faits s’ajoutent des attaques nocturnes perpétrées par des bandits armés dans certaines résidences, semant la peur et l’insécurité parmi les citoyens. Au-delà de la détresse des familles directement touchées, le Président affirme que ces actes criminels alimentent un climat de psychose, fragilisent le sentiment de sécurité collective, perturbent les activités économiques et sociales, et portent atteinte à l’autorité de l’État ainsi qu’à la confiance des citoyens dans les institutions chargées de les protéger.
"Face à cette situation, le président de la République a instruit le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, ainsi que le vice-premier ministre, ministre de la Défense nationale, de mobiliser l’ensemble des services de sécurité et de renseignement civils et militaires afin d’intensifier les opérations de traque et de démantèlement des réseaux criminels impliqués dans ces enlèvements et attaques armées", a recommandé Félix Tshisekedi dans le compte rendu de la réunion tenue vendredi 13 mars.
Dans le même registre, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, a notamment demandé le renforcement des patrouilles, de jour comme de nuit, l’intensification de la présence dissuasive des forces de sécurité sur l’ensemble du territoire urbain, ainsi que le déploiement effectif de postes de police dans les quartiers isolés, enclavés ou particulièrement exposés aux actes criminels.
Il a également insisté sur la mise à la disposition de la population de numéros verts accessibles en permanence, permettant aux citoyens d’alerter rapidement les services compétents et de signaler tout comportement ou mouvement suspect, afin de favoriser une collaboration étroite entre la population et les forces de sécurité.
"Les ministres d’État en charge de la Justice ont été chargés, en coordination avec le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, de prendre des dispositions avec le Conseil supérieur de la magistrature afin que tous les dossiers relatifs à ces crimes soient jugés avec la plus grande célérité, notamment à travers des audiences publiques, voire foraines, fortement médiatisées, en vue de sanctions exemplaires et dissuasives", ajoute le compte rendu.
Au cours de la même intervention devant les membres du gouvernement, le Président Félix Tshisekedi a également appelé à la vigilance et à la collaboration de la population, invitant les citoyens à signaler sans délai tout mouvement suspect ou toute activité criminelle aux services de sécurité.
Une remise en cause de l'opération "Ndobo" ?
Cette interpellation du Chef de l'État Félix Tshisekedi, plus d'une année après le lancement de l'opération, relance le débat sur l’efficacité des différentes mesures prises par le gouvernement pour lutter contre l’insécurité et le banditisme urbain, à Kinshasa en particulier et en République démocratique du Congo en général. Cette interpellation est perçue comme une remise en question, voire un désaveu, de cette initiative qui, malgré les chiffres régulièrement présentés par le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, ne semble pas refléter la réalité sur le terrain.
Selon plusieurs témoignages, l’insécurité à Kinshasa ne fait que s’accentuer, malgré l’intensification de l’opération "Ndobo", tant vantée par les autorités. Sur les réseaux sociaux comme dans des quartiers Kinois, les alertes se multiplient, avec des avis de recherche concernant des personnes enlevées ou kidnappées par des individus non identifiés, que ce soit dans des taxis "Ketch" ou sur certaines motos.
Face à la gravité de la situation et à la multiplication de ces témoignages, la population attend une cohérence entre les bilans présentés par les autorités et la réalité vécue. Beaucoup estiment que les discours seuls ne suffisent plus et craignent que l’opération "Ndobo" subisse le même sort que les initiatives précédentes, qui n’ont pas permis de résoudre efficacement ce phénomène complexe.
Nécessité d’une approche globale pour résoudre ce phénomène
L’opération "Ndobo" n’est pas la première initiative gouvernementale dans la lutte contre le banditisme urbain à Kinshasa. En 2013, l’opération "Likofi" (Coup de poing) avait été lancée pour contrer ce phénomène, suivie plus récemment par l’opération "Panthère noire", sous la conduite de Peter Kazadi, alors Vice-Premier ministre de l’Intérieur. Cependant, ces initiatives n’ont pas donné les résultats escomptés, et le banditisme urbain continue de s’aggraver dans certains quartiers de la ville.
Au-delà des mesures répressives, plusieurs observateurs estiment que le gouvernement doit s’attaquer aux causes profondes du banditisme urbain. Ils pointent notamment le manque de prise en charge adéquate de la jeunesse congolaise, traduit par un désespoir socio-économique croissant. Une réponse durable à ce problème nécessiterait des investissements significatifs dans l’éducation, l’emploi et les infrastructures sociales, afin d’offrir de meilleures perspectives aux jeunes.
À Kinshasa, entre peur et colère, les habitants ne cessent de réclamer avant tout d’être protégés. Pour beaucoup, les récents cas de braquages, d’enlèvements et autres crimes illustrent une insécurité urbaine grandissante et de plus en plus inquiétante. Alors que la ville continue de s’étendre et de s’animer chaque jour, la sécurité reste un défi majeur. Les Kinois aspirent à une seule chose : pouvoir circuler, travailler et vivre en paix, sans craindre d’être les prochaines victimes.
Clément MUAMBA