L’organisation de défense des droits humains Justicia Asbl a réagi aux sanctions américaines visant l’ancien président congolais Joseph Kabila. Si elle en salue le principe, elle appelle à une extension et à une approche plus globale pour renforcer leur efficacité face aux défis sécuritaires, politiques et économiques en République démocratique du Congo.
JUSTICIA Asbl indique avoir pris acte des sanctions infligées à l’ancien président Joseph Kabila par le Trésor américain, dans le cadre du Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), notamment à travers son inscription sur une liste noire.
Selon l’organisation, ces mesures interviennent dans un contexte marqué par des allégations de liens présumés avec des groupes armés actifs dans l’Est du pays, notamment l’AFC/M23.
« Ces sanctions s’inscrivent dans un contexte d’allégations liées à des appuis présumés à des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC, susceptibles d’influencer la situation sécuritaire et politique dans cette région », souligne JUSTICIA Asbl dans sa mise au point de ce lundi.
Un contexte de sanctions élargies
L’ONG rappelle que ces mesures ne sont pas isolées, mais s’inscrivent dans une dynamique internationale plus large.
« Elles viennent s’ajouter aux sanctions prises récemment contre certains responsables de l’armée rwandaise impliqués dans le soutien à la rébellion de l’AFC/M23, ainsi qu’aux sanctions européennes visant plusieurs autorités congolaises depuis plusieurs années », note l’organisation.
JUSTICIA Asbl évoque également l’impact des sanctions passées sur le processus politique congolais.
« Les sanctions internationales avaient contribué à contraindre les autorités congolaises à organiser les élections de 2018, ayant permis la première alternance politique, bien que dans un contexte jugé chaotique », rappelle-t-elle.
Pour une efficacité renforcée des sanctions
Tout en saluant ces initiatives, JUSTICIA Asbl estime que leur efficacité dépendra de leur élargissement et de leur cohérence.
« Aussi importantes soient-elles, ces sanctions doivent s’inscrire dans une approche globale pour produire des effets durables », insiste l’organisation.
Elle recommande notamment d’étendre les mesures à l’ensemble des réseaux impliqués dans l’économie de guerre à l’Est du pays.
« Les sanctions devraient s’étendre à tous les réseaux mafieux, qu’ils soient étrangers ou congolais, ainsi qu’aux multinationales qui tirent profit de la guerre dans l’Est de la RDC », plaide JUSTICIA Asbl.
L’ONG appelle également à une responsabilisation accrue des acteurs nationaux.
« Elles doivent aussi viser les acteurs congolais impliqués dans des pratiques contraires aux principes démocratiques, notamment les appels à des changements anticonstitutionnels et les irrégularités électorales », ajoute-t-elle.
S’attaquer aux causes profondes de l’instabilité
Au-delà des individus, JUSTICIA Asbl insiste sur la nécessité de cibler les racines structurelles de la crise. « Il est impératif de s’attaquer aux véritables causes de l’instabilité institutionnelle et politique, notamment la corruption, le détournement des deniers publics et la gestion inéquitable des ressources », souligne l’organisation.
Elle recommande ainsi que les sanctions touchent également les personnes impliquées dans l’enrichissement illicite et les systèmes de gouvernance jugés défaillants.
JUSTICIA Asbl appelle les partenaires régionaux et internationaux à accompagner la RDC dans le renforcement de ses institutions.
« Les partenaires internationaux doivent aider à la mise en place d’institutions démocratiques fortes et à la restauration de la paix, plutôt qu’à la consolidation des pouvoirs individuels », indique-t-elle.
Par ailleurs, l’organisation encourage les citoyens à jouer un rôle actif dans la gouvernance. « Le peuple congolais doit s’approprier la gestion du pays, exercer un contrôle citoyen et dénoncer toutes les pratiques contraires à l’intérêt de la nation », conclut JUSTICIA Asbl.
JUSTICIA Asbl adopte une position nuancée, entre soutien aux sanctions internationales et vigilance quant à leur portée. « Une approche coordonnée, inclusive et orientée vers les causes profondes demeure essentielle pour garantir l’efficacité des sanctions », résume l’organisation.
Les sanctions prises par le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), une agence du département du Trésor des États-Unis, consistent généralement en des restrictions financières et économiques. Dans le cas de Joseph Kabila, elles impliquent notamment le gel de ses avoirs éventuels sous juridiction américaine, l’interdiction pour des citoyens ou entités américaines de mener des transactions avec lui, ainsi que des limitations d’accès au système financier international. Ces mesures s’inscrivent dans la politique américaine de sanctions ciblées contre des personnalités accusées de contribuer à l’instabilité, à la corruption ou à des atteintes aux droits humains.
José Mukendi