Bahati Lukwebo : « La RDC n’a pas un problème de textes, mais d’hommes »

Photo d'illustration
Bahati Lukwebo, Président national de l'AFDC-A

En dépit du contexte sécuritaire préoccupant dans l’Est de la République démocratique du Congo, marqué par de violents combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, aux forces gouvernementales, le 20ᵉ anniversaire de la Constitution congolaise, célébré le 18 février de chaque année, a une nouvelle fois ressuscité le débat dans l’environnement sociopolitique congolais sur son maintien, sa révision ou son changement.

Alors que la question divise la classe sociopolitique congolaise, interrogé sur ce qu’il pense de ceux qui estiment que l’actuel Chef de l’État, Félix Tshisekedi, n’a pas des mandats mais des missions à la tête du pays, Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat et haut cadre de l’Union sacrée de la Nation, dit voir les choses autrement. Il affirme considérer le Chef de l’État comme un républicain disposant d’un mandat qui s’achève en 2028, avant d’envisager toute autre possibilité.

"Il se référait à des déclarations faites par certains ministres, par certains courtisans, par certaines personnes tout ça, moi j'ai dit que ça c'est leurs positions à eux, c'est leur souhait, lorsqu'ils disent que le Président de la République n'a pas des mandats mais le Président a une mission illimitée, moi j'ai dit que ça n'engage que leurs responsabilités, moi je suis républicain, je sais que le Président a un mandat jusqu'en 2028 mais ensuite nous allons l'examiner mais pour le moment, le Président lui-même reste républicain, il respecte la constitution, c'est la base légale de toute action en République Démocratique du Congo donc il ne faut pas suivre les courtisans et parmi ces courtisans il y a même des collègues professeurs, nous venons de dénoncer ce comportement là des collègues c'est-à-dire vous pouvez chercher l'emploi, à manger, vous pouvez tout chercher la science doit être protègee" a déclaré Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat au cours d'une conférence tenue ce mercredi 4 février 2026 à Kinshasa

Réagissant à l’avis du constitutionnaliste Evariste Boshab et collègue professeur, qui a récemment affirmé qu’après 17 ans une Constitution peut être retouchée, l’autorité morale de l’AFDC-A dit ne pas partager cette position. Pour l’ancien président du Sénat, la RDC n’a pas un problème de textes, mais plutôt un problème d’hommes censés mettre en application les différentes dispositions légales.

"Je pense qu’ils ne faut pas être hypocrites, Quand on aime son pays, quand on aime son chef, on lui dit la vérité. Et j’ai eu à le dire à maintes reprises : le pays n’a pas un problème de texte. Le pays a un problème d’hommes qui doivent appliquer ou se conformer aux textes qui existent, Tout ce débat-là, je crois que ce sont des débats politiciens. Et il faut qu’on en parle. Parce que si les gens commencent à vouloir imposer leur vue à tout le monde, ceci peut provoquer des réactions dans le sens contraire. C’est pour cette raison que nous disons que ceux qui ont des préoccupations concernant la Constitution viennent, qu'on se mette autour d'une table et qu'on en parle, Il ne suffit pas de bénéficier d’une caméra ou d’un micro de journalistes et de commencer à dire : « Voilà, la Constitution ne peut pas dépasser 17 ans mais ça, c’est tiré de quelle théorie scientifique?" s'est interrogé Modeste Bahati Lukwebo au cours de cet échange avec la presse

Pour Modeste Bahati Lukwebo, l’âge de la Constitution n’est nullement le problème. Il estime que sa famille politique, qui bénéficie de la confiance de la population, doit se mettre au travail. Il déplore par ailleurs que ceux qui soutiennent aujourd’hui l’hypothèse d’un changement ou d’une révision soient les mêmes qui, hier, avaient défendu cette Constitution.

"Quelqu’un d’autre qui disait ici que même des gens âgés de 50 ou 60 ans font preuve d’immaturité dans leur gestion. Alors, si ceux qui ont 50 ou 60 ans ne sont pas matures, vous voulez qu’une Constitution de 17 ans soit vieille ? Non. Disons  la vérité, mais ils ne veulent pas nous dire ce qu’ils veulent. Qu’ils le disent ouvertement. Nous, nous savons que nous nous préparons. Et notre famille politique, à ce jour, bénéficie de la confiance d’une grande partie de la population. Travaillons pour que nous puissions continuer cette action. Mettons-nous au travail. Évitons les petits jeux, moi je ne suis pas dans ce débat là, Et surtout, quand je constate que ceux qui se disent géniteurs, ceux qui devaient protéger cette Constitution,ne le font pas, Ceux qui l’avaient vantée hier, quelques jours après, se réveillent et disent qu’elle devient mauvaise. Alors, qu’allons-nous retenir ? Ceux qui l’avaient dit avant ou bien ceux qui le disent maintenant ? À vous de juger" a souligné le sénateur élu de la province du Sud-Kivu

Au lendemain de sa réélection à la tête du pays pour un second mandat, le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, ainsi qu’une bonne partie des membres de sa famille politique, ont soutenu l’idée de retoucher la Constitution. Le Président de la République n’avait pas exclu l’option d’interroger la population, c’est-à-dire d’organiser un référendum, afin de décider du maintien ou non de cette loi fondamentale. Toutefois, ce projet a été retardé en raison de la résurgence des violences liées à l’activisme de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Malgré cette accalmie relative, l’opposition politique a toujours soupçonné et accusé le régime Tshisekedi de ne pas avoir abandonné son projet. Elle continue d’alerter sur les conséquences d’une telle démarche pour la vie de la nation, dans un contexte de crise sécuritaire persistante.

Clément MUAMBA