Aéroport de Goma : l’AFC/M23 se dit finalement prête à discuter

Aérogare de l'aéroport de Goma/Ph ACTUALITE.CD
Aérogare de l'aéroport de Goma/Ph ACTUALITE.CD

À Goma, le 20 février, Corneille Nangaa a voulu corriger une image. Celle d’un mouvement accusé de bloquer la réouverture de l’aéroport international, infrastructure stratégique fermée depuis l’occupation de la ville par l’AFC/M23 fin janvier 2025. Devant la commissaire européenne Hadja Lahbib, puis face à la presse, le coordonnateur politique de la rébellion a assuré que les « premiers demandeurs » de la réouverture étaient les autorités présentes à Goma, c’est-à-dire son mouvement.

Si l’aéroport reste fermé, a-t-il expliqué, c’est en raison de « contraintes d’ordre sécuritaire, technique et surtout administrative ». Il a regretté que les partenaires internationaux « aient toujours toqué à la mauvaise porte », en s’adressant à Paris, à Kinshasa ou en évoquant Kigali, alors que, selon lui, les « autorités gardiennes » du site se trouvent à Goma.

Signe d’une inflexion, l’AFC/M23 dit désormais accepter « le principe » de discussions sur le processus d’ouverture, « en tenant compte des contraintes » liées à l’espace qu’il contrôle.

Cette évolution rhétorique intervient dans un contexte diplomatique dense. Le 30 octobre 2025, à Paris, la France et le Togo avaient co-organisé une conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Deux annonces majeures en étaient sorties : la mobilisation de 1,5 milliard d’euros d’aide, dont 850 millions d’euros de financements humanitaires d’urgence déjà décaissés selon le Quai d’Orsay, et la réouverture humanitaire de l’aéroport de Goma. Pour Emmanuel Macron, cette réouverture devait constituer « un signal concret et attendu » pour les populations du Nord-Kivu.

Mais cette annonce avait été immédiatement rejetée par l’AFC/M23. Dans un communiqué, le mouvement avait jugé « inacceptable » toute décision prise depuis Kinshasa, estimant que le régime congolais n’avait « ni la légitimité ni le droit » d’envisager la remise en service d’infrastructures situées en territoire qu’il qualifie de « libéré ». « L’aéroport pourra et sera rouvert uniquement par l’AFC/M23 », affirmait-il alors, excluant toute initiative de Félix Tshisekedi ou d’« quiconque d’autre ».

Le blocage s’est poursuivi malgré les injonctions répétées de la communauté internationale. En marge du G20 en Afrique du Sud, Emmanuel Macron a accusé explicitement le M23 et « ceux qui détiennent l’aéroport » de ne pas avoir fait l’effort de le rouvrir, alors que « les conditions administratives ont été prises par la RDC ». Il a appelé « instamment toutes les parties prenantes » à avancer sur le plan humanitaire, rappelant l’urgence qui touche des millions de civils isolés dans l’est du pays.

À Kinshasa, lors du Conseil des ministres du 14 novembre 2025, Félix Tshisekedi avait instruit plusieurs membres de son gouvernement de réunir les conditions sécuritaires et logistiques pour la réouverture, en intégrant notamment les recommandations du Comité international de la Croix-Rouge sur la protection des aéronefs et des humanitaires. Là encore, l’AFC/M23 avait dénoncé une décision « illusoire ».

Sur le terrain, quelques signes d’activité ont toutefois émergé. Le 12 février 2026, la cheffe par intérim de la MONUSCO, Vivian van de Perre, est arrivée à Goma par voie aérienne, une première depuis plus d’un an. Elle a dit espérer que cette arrivée marque « le début de la réouverture progressive » de l’infrastructure, dans le cadre du soutien au mécanisme conjoint élargi de vérification du cessez-le-feu (MCVE+), prévu par la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité. La mission onusienne a annoncé une reconnaissance aérienne à Uvira dans les jours suivants, tout en rappelant que son action resterait inscrite dans le respect de la souveraineté congolaise.

Pour autant, l’aéroport de Goma, comme celui de Kavumu à Bukavu, demeure officiellement non opérationnel pour les vols réguliers. Kigali, qui nie tout soutien au M23, a jugé « inopportune » l’annonce parisienne et plaidé pour un dialogue bilatéral avec Kinshasa.

Dans ce paysage diplomatique fragmenté, l’ouverture annoncée par Corneille Nangaa à des « discussions » constitue moins une réouverture effective qu’un déplacement du débat vers la reconnaissance implicite de l’AFC/M23 comme interlocuteur incontournable sur le terrain. Reste à savoir si cette acceptation de principe se traduira par des avancées concrètes, alors que les médiations qatarie et américaine cherchent à consolider, sur le papier, un processus de paix encore fragile.

Clément Muamba