Il est 4h du matin. Avant le chant du coq vers l’aurore, les habitants de la localité de Conjelos au quartier Tshibanda (commune de Mont-Ngafula) se sont déjà réveillés. Bidons jaunes et autres récipients en mains, hommes et femmes convergent vers des points d’eau, communément appelés forage.
Sous un peuplier sur la très isolée avenue Mbange, une centaine de bidons font la queue devant un point de vente d’eau, installé par un professeur de l’université de Kinshasa (UNIKIN). Des hommes et femmes sont astreints d’en avoir des quantités, d’abord pour la douche avant de débuter la journée, et ensuite pour des travaux ménagers. Même exercice pour des jeunes filles et garçons qui doivent partir pour l’école ou l’université.
Assis sur une touque, épuisé d’attendre, Mardoché, une vingtaine révolue, vit depuis 2021 avec ses parents dans ce coin très calme de Kinshasa, niché dans la commune de Mont-Ngafula. Il explique à ACTUALITE.CD que vers ces années-là, la vie était encore très éprouvante à Conjelos, d’autant que les habitants devaient parcourir de longues distances pour s’approvisionner en cette denrée d’une importance capitale dans le corps humain. Malgré l’implantation d’autres points sur des avenues, dont un à au moins 50 mètres de leur parcelle, il estime que la pénurie d’eau reste néanmoins un problème majeur qui rend très ardue la vie à Conjelos.
« Nous, nous sommes arrivés ici en 2021. Pendant ce temps, avoir de l’eau pour les ménages était très difficile. On était obligé de sortir vers la route principale pour en avoir dans un forage qui était installé là à l’époque. Parfois, certains devraient arriver jusqu’à Nzengi (l’une de 14 localités du quartier Tshibanda) juste pour avoir de l’eau. Chez nous, n’eut été la forte présence d’homme, je ne sais ce que ferait notre maman. Mais quand nous sortons le matin, la maison ressemble à un désert », déclare le jeune homme.
De teint clair, débout devant ses bidons jaunes floqués de son prénom, une femme, ayant requis l’anonymat, habite la localité de Conjelos voilà 10 ans déjà. Elle relate la peine qu’elle et son mari ont enduré à partir de 2015, l’année à laquelle ils sont arrivés dans ce milieu. En dépit de bornes fontaines, elle évalue toujours très insuffisante la desserte en eau au quartier Tshibanda.
« Je vous jure que c’est vraiment difficile. En 2015, nous allions très loin chez papa André, qui avait une source d’eau, pour avoir cette denrée. On devrait gravir les montagnes à l’époque, jusqu’à ce qu’on installe des bornes fontaines. Mais c’est toujours insignifiant parce qu’il y a maintenant un grand nombre de ménages. Parfois on vit avec de l’eau de pluie, car nous avons creusé des puits dans nos parcelles de sorte que quand il pleut, les eaux s’y dirigent et, cela nous aide à avoir des stocks de près d’un mois », a-t-elle dit.
Elle affirme que la situation s’empire pendant la saison sèche, où les points d’eau sont tellement afflués qu’il faut mettre suffisamment du temps pour avoir l’eau.
Quand la pénurie d’au profite à certains
Alors que les uns se plaignent du manque d’eau dans l’ensemble du quartier Tshibanda, les autres en font le chou gras. Il s’agit de certains professeurs qui initient des projets d’installation de ces points d’eau, et de ces hommes et femmes-là qui aident à transporter des récipients pours des familles qui ne se sont pas encore accommodées à cette vie, et celles qui sont justement éloignées de bornes fontaines. Ils exigent, à cet effet, 1000FC par bidon, quelle que soit la distance.
Daniel est l’un de distributeurs d’eau. Comme les autres, il décrit une situation pénible à Conjelos, où le manque d’eau constitue l’un des principaux problèmes. Il explique qu’il faut, à ces jours, payer 300 francs congolais pour remplir un bidon de 25 litres, 200 FC pour tout autre récipient de 20 litres. Ce tarif variant s’explique par l’instabilité du courant électrique, qui a obligé l’utilisation des générateurs.
« A la station, 25 litres de mazout se vendent à 95 000 FC. Et ils nous en font 100 litres pour démarrer notre groupe électrogène. Nous devons tout faire pour récupérer cette somme et faire des bénéfices. C’est ainsi que nous avons décidé de fixer les prix ainsi », explique-t-il.
Le quartier Tshibanda, bercé par l’air frais émanant de plusieurs arbres dont des eucalyptus, a une population de 11 748 habitants. D’après son chef, qui s’est confié à ACTUALITE.CD, il compte 14 localités, dont Conjelos, Saïa, Kamoto, Ongo Piongo, Mokevuka, Bolamba, Luzizila et Ndengi.
Christophe Otshudiema rassure que l’usine de Lemba-Imbu qui dessert dores et déjà plusieurs quartiers des communes de Kimbanseke, Mont-Ngafula et autres, va également, dans les mois qui suivent, servir le quartier Tshibanda, qui fait partie des coins cibles.
Samyr LUKOMBO