Six mois après sa signature par la République démocratique du Congo et le Rwanda, l’Accord de paix de Washington a permis des avancées structurelles en matière de coopération institutionnelle. Toutefois, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique révèle, dans son rapport d’évaluation du mois de décembre, que cet accord demeure fragilisé par l’absence de progrès sur les mesures sécuritaires les plus cruciales.
Selon le document consulté lundi 5 janvier, la persistance des combats entre l’armée congolaise et l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, ainsi que le retard dans la mise en œuvre des clauses relatives à la neutralisation des FDLR, au désengagement des forces ou à la levée des mesures défensives rwandaises, risquent de compromettre la crédibilité du processus. À cet égard, les recommandations suivantes sont formulées à l’intention du gouvernement de la République.
“Au Gouvernement de la RDC : Accélérer, sans plus tarder, la mise en œuvre d’opérations coordonnées visant à neutraliser les FDLR, en étroite collaboration avec le JSCM, tout en garantissant une protection stricte et sans compromis des civils dans toutes les zones concernées ; Envisager, dans le cadre des efforts de neutralisation des FDLR, l’implication officielle de la MONUSCO, en ciblant particulièrement les zones abritant des éléments des FDLR mais actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23.”
Pour le Baromètre, cette option se justifie par le mandat renouvelé de la Mission, qui l’autorise à neutraliser les groupes armés non étatiques, notamment par le déploiement de sa Brigade d’intervention, agissant seule ou conjointement avec les FARDC.
Il rappelle également que la RDC a déjà conduit des opérations conjointes de neutralisation des FDLR avec la MONUSCO en 2015. “Une telle approche contribuerait à lever les prétextes avancés par les différentes parties : la RDC ne pourrait plus se prévaloir de l’absence de contrôle territorial pour expliquer d’éventuels retards dans la neutralisation, tandis que le Rwanda ne pourrait plus justifier le maintien de ses mesures sécuritaires défensives si les FDLR étaient effectivement neutralisés ", souligne le rapport d'évaluation.
Le rapport recommande aussi à la RDC de fournir des garanties claires et vérifiables attestant qu’aucun membre des FDLR n’est intégré aux FARDC, afin de dissiper les accusations persistantes et renforcer la confiance entre les parties. Il appelle également à la mise en place, avec la MONUSCO, d’un plan humanitaire en faveur des populations de l’Est, à l’opérationnalisation du mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu signé à Doha le 14 octobre 2025, condition essentielle, à l’application crédible de l’Accord de Washington ainsi qu’à l’élaboration d’un plan national de protection des civils en collaboration avec les acteurs humanitaires.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient pour l’instant sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA