Le Baromètre des accords de paix en Afrique, en tant que groupe d’experts indépendants chargé du suivi de la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, a dévoilé, lundi 5 janvier 2026, son rapport d’évaluation couvrant la période du 1er au 31 décembre 2025.
Selon ce rapport, les seuls constats positifs observés au cours de cette période relèvent exclusivement du cadre normatif, notamment à travers :
• L’entérinement, le 4 décembre 2025, par les Présidents congolais et rwandais de la signature de l’Accord de Paix de Washington du 27 juin 2025 ;
• La signature, le même 4 décembre 2025, d’une série d’accords bilatéraux à caractère économique et sécuritaire, dont le Cadre d’Intégration Economique Régionale (REIF) entre la RDC et le Rwanda et ;
• L’adoption, le 19 décembre 2025, par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la Résolution 2808 (2025) prorogeant le mandat de la MONUSCO (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo), renforçant certaines de ses prérogatives en matière de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, et exhortant la RDC et le Rwanda à implémenter de bonne foi les obligations qui leur incombent en vertu de l’Accord de Paix de Washington.
"Cependant, les défis majeurs se sont concentrés sur l’intensification des hostilités dans l’Est de la RDC ainsi que sur le non-accomplissement des obligations sécuritaires et prioritaires prévues par l’Accord (particulièrement la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises), lesquelles continuent d’accuser des retards significatifs dans leur mise en œuvre" renseigne le rapport d'évaluation
Dans le même chapitre, le Baromètre des accords de paix en Afrique indique avoir recueilli les observations suivantes au cours de la période sous examen :
• Peu après l’entérinement, le 4 décembre 2025, de la signature de l’Accord de Paix de Washington, le groupe armé l’AFC/M23 (soutenu par le Rwanda) a poursuivi son offensive contre les FARDC le long de l’axe Kamanyola-Uvira, aboutissant à la prise de plusieurs localités dont l’agglomération d’Uvira;
• Bien qu’à la suite des pressions exercées par la communauté internationale, en particulier les États-Unis, sur le Rwanda et l’AFC/M23, ce dernier ait annoncé son retrait de la ville d’Uvira, les autorités gouvernementales congolaises dénoncent un « faux retrait » non vérifié et soutiennent que des éléments de l’AFC/M23 demeureraient présents dans la ville et ses environs immédiat;
• Cette intensification des hostilités (intervenue malgré l’officialisation de la signature de l’Accord de Paix de Washington et la signature, le 15 novembre 2025 à Doha, de l’accord-cadre entre le Gouvernement de la RDC et les représentants de l’AFC/M23) s’expliquerait par une perception antinomique des processus de paix en cours dans l’Est de la RDC. En effet, au sein de l’AFC/M23, il serait estimé que ses différends avec le Gouvernement congolais relèvent exclusivement du processus de Doha, et qu’il ne se considère dès lors pas lié par l’Accord de Paix de Washington. Et réciproquement, le Rwanda ne s’estimerait pas directement concerné par les engagements issus du processus de Doha. Or, ces deux processus devraient être appréhendés comme complémentaires et non comme des cadres exclusifs l’un de l’autre;
• Parallèlement, quoique les FARDC aient engagé une campagne de sensibilisation en vue d’encourager les éléments des FDLR à déposer les armes et à se rendre auprès des autorités congolaises ou de la MONUSCO, les FDLR ont exprimé leur intention de maintenir leurs positions et de “résister” dans l’attente d’une éventuelle ouverture d’un dialogue avec les autorités rwandaises afin d’obtenir certaines garanties sécuritaires et/ou judiciaires;
• Dans le même temps, parmi les zones identifiées comme abritant des éléments des FDLR (telles que certaines parties de Lubero, Masisi, Nyiragongo, Rutshuru et Walikale), seule l’une d’entre elles demeure sous le contrôle effectif du Gouvernement congolais, tandis que les autres sont passées sous le contrôle de l’AFC/M23. Cette configuration limite, de facto, la capacité du Gouvernement congolais à conduire des opérations de neutralisation des FDLR aux seuls territoires relevant de son autorité effective.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.
Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.
Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient pour l’instant sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.
Clément MUAMBA