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RDC:L’humanité toute entière bénéficie du Parc national des Virunga, mais c’est la population locale qui paie le prix - épisode 2
Vendredi 15 octobre 2021 - 05:22
Ph/Droits tiers

Kavira a sept enfants. Tous ne vont pas l’école. Leur papa est décédé il y a quatre ans. Kavira cultive les haricots aux abords du parc des Virunga, près de Rumangabo, le quartier général du plus vieux parc d’Afrique, dans une plantation de café qui appartient à un homme d’affaires réputé de la région. Trois de ses enfants l’aident, mais depuis quelques mois Kavira n’a d’yeux que sur les terres du parc.

« Cette forêt du parc appartient mes ancêtres. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux cultiver là-bas. Ils protègent les animaux et nous laissent mourir de faim. C’est injuste », se plaint-elle. Kavira se fout des limites du parc.

Elle estime même que les terres du parc sont plus fertiles que celles des environs. Elle n’a sans doute pas tort, mais les terres du parc sont protégées par la loi. Comme elle, certaines populations qui vivent autour du parc se sentent frustrées. Elles ne perçoivent pas encore tout le bénéfice qu’il y a à préserver ce parc.

« S’il y a une priorité dans le secteur de la conservation de la nature au niveau mondial, c’est le parc des Virunga. C’est un parc qui a énormément de valeur. C’est comme une peinture de Leonard de Vinci. C’est quelque chose d’irremplaçable et qui a une valeur universelle. Cette valeur existe au bénéfice de l’humanité, mais il a un coût. C’est le coût de la préservation », souligne Emmanuel de Merode, le directeur du parc.

Il évoque notamment les savanes, les forêts denses humides de basse et moyenne altitude, de haute montagne, les deux volcans en activité. Il évoque aussi la diversité biologique la plus riche du continent que comprend les Virunga avec 218 espèces de mammifères dont 21 endémiques du Rift Albertin, les 706 espèces d’oiseaux ou encore 78 espèces d’amphibiens, et les 109 espèces de reptiles sans oublier les trois taxons de grands singes : chimpanzé de l’Est, gorille des plaines et gorille de montagne. Bien plus, le parc a stocké 142 millions de tonnes de carbone en 2017. D’après les récentes études, les forêts du nord du parc (plaine de la Semuliki) stockent parmi les plus hauts taux de CO2 en RDC (1400 tonnes de CO2/ha).

Cependant, la préservation de ce paradis a un cout. « Elle exclut toute un ensemble d’activités humaines dont l’agriculture. Pour préserver ce parc, ce cout se fait entièrement ressentir au sein de la population locale. L’humanité bénéficie de cette richesse, mais c’est la population qui paie le prix. C’est comme une injustice », reconnait Emmanuel de Merode.

Injustice, le mot est lâché. Comment intégrer cette dure réalité et s’adapter?

« On s’est rendu compte que notre stratégie était vaine pratiquement en 2007. Des personnes entraient dans le parc et tuaient des gorilles. C’était catastrophique. On arrivait plus à protéger les gorilles, l’espèce la plus emblématique de notre site. Tout notre effort était un échec ». Il fallait changer carrément de paradigme: « Nous avons changé notre approche qui était basé sur la protection (…). On a environ cinq millions de personnes qui vivent à une journée de marche du parc. Comment on trouve une solution à ce problème. Quand il y’a injustice, il y a violence ».

Violence, un autre mot fort, une réalité depuis des années dans cette région. Le sang coule encore. Qui sont les acteurs? Quels sont les enjeux ? Quelles solutions? Rendez-vous au prochain numéro de cette série spéciale sur ACTUALITE.CD

Vous avez raté le premier épisode? Vous pouvez le retrouver ici.

 

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