Mercredi 25 mars 2020 - 12:26

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Etat d’urgence sanitaire en RDC : agir sur les perceptions pour renforcer la mobilisation des populations contre le Covid-19
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Ce mercredi, nous vous proposons cette tribune de Martin ZIAKWAU LEMBISA, Chercheur/ Enseignant à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication.

Tribune.

Le Président de la République a pris la mesure du danger qui guette l’Etat tout entier. L’état d’urgence décrété par ses soins est l’expression d’une responsabilité du pouvoir politique qui en appelle celle de chaque citoyen « car c’est ensemble que nous nous en sortirons. » 

Ainsi, au regard de l’inquiétante tendance de la propagation de la pandémie Coronavirus, le Président de la République promet de « renforcer les mesures prises le 18 mars 2020 tout en intensifiant les campagnes de sensibilisation, non seulement du Gouvernement, mais aussi de la part de chacun de nous, en donnant la bonne information ».

Ceci est d’autant plus important que l’intoxication est observée et contribue à une démobilisation de la population dans cette « guerre » contre le Covid-19.

Cependant, la bonne information, notamment sur les données factuelles, ne suffit pas pour susciter une forte mobilisation de la population, particulièrement celle « des agglomérations à grandes affluences ». L’optimisme irréaliste et l’indifférence qu’accusent d’aucuns face au Covid-19 découlent aussi des perceptions à transformer pour l’érection empressée des barrières contre la propagation de cette pandémie.

A cet effet, à l’observation des mesures salutaires annoncées par le Chef de l’Etat, il y a lieu, dans un esprit patriotique de critique constructive, de relever ce qui suit :

  1. Le Président de la République n’a pas rendu hommage à la bravoure du personnel médical engagé, non sans risque, dans la prise en charge des personnes contaminées du Coronavirus.
  2. Le Président de la République n’a pas clairement fait montre d’empathie envers des citoyens, particulièrement ceux d’en bas (« petit peuple »), astreints à une guerre sanitaire qui les expose aux effets fâcheux de l’activisme d’un autre ennemi, à savoir : la misère, à la base de la débrouillardise des quidams subissant, dans bien des cas, la tracasserie des forces de l’ordre.
  3. Dans ce contexte, le Président de la République promet, avec raison, de réquisitionner « les unités de la Police Nationale Congolaise et celles de nos Forces Armées afin d’organiser des patrouilles mixtes pour faire respecter ces mesures, pour le bien de tous », sans toutefois rassurer les populations de son intransigeance sur les agents de sécurité qui commettraient des abus participant de la démobilisation contre le Covid-19.
  4. Le Président de la République « lance un appel à la solidarité nationale de tous les opérateurs économiques ainsi que d’autres pays et organismes qui conduira à la mise en place d’un Fonds National de Solidarité Contre le Coronavirus (FNSCC) qui restera ouvert à tous les potentiels bienfaiteurs », sans en saisir l’occasion pour assurer en une communication agissante en prêchant par exemple et exhortant les membres des institutions nationales, à la compassion en ce temps de dure épreuve pour la Nation. En effet, la solidarité devrait d’abord commencer par la sphère publique pour mieux en persuader la sphère privée et les partenaires extérieurs.      

Par ailleurs, la proactivité communicationnelle, en agissant sur la panique rationnelle amplifiée par l’annonce de l’ennemi sanitaire à l’entrée de la ville de Lubumbashi, pourrait constituer un facteur explicatif de la « discipline » observée par les populations de cette ville, contrairement à celles de Kinshasa, la capitale, où il n’y a pas eu, à l’annonce du premier cas de contamination du Covid-19, une prise en charge communicationnelle à la hauteur du danger.  

Somme toute, la communication est un élément stratégique dans la lutte contre le Coronavirus. Il est impérieux que la machine communicationnelle mise en place s’active non seulement sue la diffusion des données factuelles mais aussi sur la prise en charge des perceptions des populations en vue d’agir pour leur transformation nécessaire au renforcement de la mobilisation contre le Covid-19. En effet, l'impact psychologique et la perception du Covid-19 sont un facteur central dans la capacité du pays à réduire la propagation de la pandémie.

Fait à Kinshasa, le 25 mars 2020

 

Martin ZIAKWAU LEMBISA

Chercheur/ Enseignant à l’Institut Facultaire

 des Sciences de l’Information et de la

Communication

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