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RDC: à son tour, l’AFC-M23 s’oppose à la suspension des activités académiques à Goma et Bukavu, accusant Kinshasa de politiser le secteur universitaire

Université de Goma

La rébellion de l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars (AFC-M23) dénonce la décision du gouvernement congolais de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire de Goma, au Nord-Kivu, et de Bukavu, au Sud-Kivu.

Dans un communiqué publié ce mercredi 26 août dans la soirée, l’AFC-M23 qualifie ces mesures d’« arbitraires et irresponsables » et estime qu’elles constituent une atteinte au droit à l’éducation. Le mouvement affirme que la suspension des activités académiques intervient alors que des pourparlers de paix sont en cours dans le cadre du processus de Doha, qui recommande, selon lui, la mise en place de mesures de confiance entre Kinshasa et l’AFC-M23.

Le mouvement soutient également que la partie orientale de la RDC qu’il administre est, selon lui, « de loin la plus sécurisée et la plus stabilisée », contestant ainsi les considérations sécuritaires avancées par Kinshasa pour justifier sa décision.

L’AFC-M23 rappelle dans son communiqué que le droit à l’éducation est garanti par la Constitution congolaise et estime que le secteur de l’enseignement doit être maintenu en dehors des conflits politiques. Il affirme qu’aucun étudiant ne devrait être contraint de sacrifier son année académique, sa scolarité ou son avenir en raison de la situation actuelle.

Cette réaction intervient après la décision du gouvernement congolais de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, toutes les activités académiques et para-académiques au titre de l’année 2026-2027 dans plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu.

La décision est contenue dans un arrêté ministériel signé le 20 août 2026 par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et Innovations. Elle fait suite au rejet, quelques jours auparavant, des nominations effectuées par l’AFC-M23 au sein des comités de gestion de plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire des deux villes.

À Goma, la suspension concerne notamment l’Université de Goma (UNIGOM), l’Institut Supérieur de Commerce (ISC-Goma), l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-Goma), l’Institut Supérieur des Techniques appliquées (ISTA-Goma) et l’Institut Supérieur pédagogique (ISP-Goma).

À Bukavu, elle concerne l’Université Officielle de Bukavu (UOB), l’Institut Supérieur de Commerce (ISC-Bukavu), l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-Bukavu), l’Institut Supérieur pédagogique (ISP-Bukavu), l’Institut Supérieur de Développement rural (ISDR-Bukavu) et l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM-Bukavu).

La mesure porte notamment sur les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tout autre acte académique susceptible de conduire à la délivrance d’un titre académique au titre de l’année 2026-2027.
Une exception est prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé. Ceux-ci sont autorisés à présenter leurs évaluations ou à accomplir les activités nécessaires au parachèvement de leur cursus.

Le gouvernement justifie sa décision par la situation sécuritaire dans les deux villes et ses conséquences sur le fonctionnement régulier des établissements. Il évoque également la nécessité de préserver la régularité des cursus, la valeur des diplômes ainsi que la sécurité des étudiants et du personnel.

Dans son communiqué, l’AFC-M23 estime cependant que la suspension des activités académiques constitue une politisation du secteur de l’Enseignement supérieur et universitaire. Le mouvement considère également que la carrière du personnel académique, scientifique, administratif, technique et ouvrier ne devrait pas devenir un instrument de manipulation politique.

L’AFC-M23 accuse par ailleurs le gouvernement de Kinshasa de mener une politique de « punition collective » contre les populations vivant dans les territoires qu’il ne contrôle plus. Le mouvement cite notamment la fermeture des banques et des aéroports, le blocage humanitaire à Minembwe, la confiscation de fonds destinés à la riposte contre Ebola et la menace de suspension du paiement des salaires de certains agents et fonctionnaires de l’État dans l’est du pays.

Des voix s’élèvent contre la suspension

La décision de Kinshasa suscite également des réactions au sein de la classe politique et de la société civile.
La sénatrice honoraire Francine Muyumba estime que la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des activités académiques à Goma et Bukavu doit être rapportée. Elle considère que les étudiants de ces deux villes ne devraient pas supporter les conséquences d’une situation sécuritaire et politique dont ils ne sont pas responsables.

Elle souligne que ces jeunes sont déjà confrontés à la guerre, à l’insécurité, aux déplacements, aux difficultés économiques et à l’incertitude quant à leur avenir. Elle estime qu’une telle mesure risque davantage de compromettre leur parcours académique.

Francine Muyumba s’interroge également sur la nécessité et la proportionnalité d’une décision aussi générale alors que le droit à l’éducation est garanti par la Constitution. Elle appelle le gouvernement à rechercher d’autres solutions aux impératifs sécuritaires.

De son côté, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege condamne à la fois les nominations de nouvelles autorités académiques effectuées par l’AFC-M23 dans les zones sous son contrôle et la suspension des activités académiques décidée par Kinshasa.

Pour lui, l’éducation des jeunes est « sacrée et non négociable ». Il estime que la fermeture des universités vient s’ajouter à d’autres restrictions qui affectent déjà les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Denis Mukwege dénonce également les conséquences de la crise sur la jeunesse congolaise et dit redouter un « épistémicide lent », susceptible, selon lui, de compromettre les savoirs, la recherche et la production des connaissances.

Il appelle ainsi les acteurs étatiques et non étatiques engagés dans la recherche d’une solution à la crise à faire de l’éducation une priorité des processus en cours.

Le prix Nobel de la paix réclame également une plus grande implication des jeunes Congolais dans les décisions qui les concernent, la fin de l’instrumentalisation et de l’ingérence dans la gestion des établissements scolaires et universitaires par les militaires, ainsi que la reprise sécurisée des cours partout en RDC, y compris dans les zones contrôlées par les groupes armés.

L’AFC-M23, pour sa part, insiste sur la nécessité de maintenir l’éducation en dehors des affrontements politiques et appelle à préserver la continuité de la formation des étudiants dans le contexte actuel. 

Josué Mutanava, à Goma


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