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RDC: Guillaume Ngefa et Thérèse Kayikwamba renforcent la synergie entre la Justice et la diplomatie 

Thérèse Kayikwamba, ministre des Affaires étrangères et Guillaume Ngefa, ministre de la Justice et Garde des Sceaux

Après avoir déposé une requête contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la République démocratique du Congo entend également promouvoir la candidature du professeur et magistrat Ézéchiel Amani Cirimwami aux fonctions de juge à la Cour pénale internationale (CPI), dont l’élection est prévue en décembre 2026. Dans cette optique, les ministères de la Justice et de la Garde des Sceaux, d’une part, et celui des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et Congolais de la Diaspora, d’autre part, ont affiché leur volonté de renforcer leur collaboration.

Cette dynamique vise notamment à assurer une meilleure coordination des dossiers judiciaires et diplomatiques relevant de leurs compétences respectives, dans un contexte où la RDC est engagée dans plusieurs démarches et procédures sur la scène internationale. Cette volonté a été réaffirmée lundi 24 août 2026 à Kinshasa, lors d’une séance de travail entre les ministres d’État Guillaume Ngefa Atondoko Andali et Thérèse Kayikwamba Wagner. Entourés de leurs collaborateurs respectifs, les deux membres du gouvernement ont examiné plusieurs questions d’intérêt commun, notamment le suivi des contentieux et procédures judiciaires de la RDC à l’étranger, la coopération judiciaire internationale, la diplomatie judiciaire ainsi que la protection des biens des missions diplomatiques et des organisations internationales.

À l’issue de la rencontre, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Coopération internationale, Francophonie et Congolais de la Diaspora, Thérèse Kayikwamba Wagner, a insisté sur la nécessité de mieux structurer la collaboration entre les deux administrations.

« C’était une réunion très fructueuse sur les échanges au niveau de nos deux ministères. Vous savez, j’interagis très souvent avec mon collègue, le ministre de la Justice, mais nous avons profité de l’occasion qui s’est offerte à nous aujourd’hui pour avoir une réunion plus structurée, accompagnée de nos différents collaborateurs. C’était donc l’occasion pour nous d’explorer comment renforcer et amplifier l’excellent travail qui se fait déjà entre nos deux ministères afin d’avoir plus d’impact, que ce soit par rapport à la République démocratique du Congo, à ses différents contentieux et à ses différentes démarches judiciaires à l’étranger, ou qu’il s’agisse de questions ayant trait à la diplomatie, qui joue également un rôle au niveau de la République démocratique du Congo et au-delà », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner devant la presse à l’issue de l’entretien 

D’après la cheffe de la diplomatie congolaise, cette rencontre avec son collègue a également été l’occasion d’aligner les stratégies et de coordonner les priorités respectives des deux portefeuilles, au profit des intérêts de la République démocratique du Congo.

« Les priorités sont évidemment l’accompagnement mutuel. Il y a certaines démarches de la Justice que les Affaires étrangères sont appelées à accompagner systématiquement. Que ce soit, par exemple, les campagnes de nos candidats juges auprès des différentes instances internationales ou les démarches de la République démocratique du Congo, nous les accompagnons. Il est donc toujours important d’avoir également un échange sur le fond, et c’est une grande priorité pour nous de maintenir conjointement cette dynamique », a-t-elle fait savoir. 

Les Affaires étrangères sollicitent l’expertise de la Justice

La collaboration entre les deux ministères ne se limite toutefois pas aux dossiers judiciaires internationaux. Les Affaires étrangères souhaitent également bénéficier de l’expertise juridique du ministère de la Justice dans l’encadrement des missions diplomatiques présentes en RDC.

« Il y a aussi d’autres priorités qui ont trait au rôle du ministère des Affaires étrangères, qui est la porte d’entrée du corps diplomatique international ici en RDC. Il s’agit de voir comment le ministère de la Justice peut également nous accompagner dans cet encadrement des missions diplomatiques qui ont choisi de s’établir en RDC, que ce soit pour la protection, par exemple, de leurs biens, pour les conseils ou encore pour trouver des solutions aux différents litiges auxquels elles pourraient faire face. Nous avons également convenu de demeurer en contact permanent à travers nos équipes et à travers les différents échanges périodiques que nous allons avoir », a affirmé la cheffe de la diplomatie congolaise.

De son côté, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a présenté cette collaboration comme un enjeu stratégique pour la défense des intérêts de la RDC sur le plan international. Le ministre de la Justice a notamment rappelé le rôle central joué par la diplomatie congolaise dans les relations extérieures du pays.

« Comme elle l’a dit, la porte d’entrée de notre pays, c’est le ministère des Affaires étrangères, et la porte de sortie de notre pays, c’est également le ministère des Affaires étrangères. Bien sûr, dans le cadre de nos déplacements à l’extérieur, nous sommes souvent accompagnés de façon diligente par nos ambassades et missions diplomatiques respectives. Vous savez aussi que, dans le cadre de la défense des intérêts de notre pays à l’extérieur, c’est le ministère des Affaires étrangères qui représente également notre pays », a fait savoir Guillaume Ngefa. 

Selon lui, cette réalité se vérifie particulièrement dans le suivi des procédures engagées par la RDC devant les instances internationales.

« Aujourd’hui, nous avons des requêtes devant des instances internationales, notamment à La Haye, aux Pays-Bas, et je pense que l’un des agents qui suit les dossiers des procès, c’est aussi notre ambassadeur dans les territoires dont la compétence couvre également ces pays-là. Deuxièmement, en tant que conseiller juridique du Gouvernement, il y a des questions qui concernent le ministère des Affaires étrangères, notamment en ce qui concerne les biens des missions diplomatiques, des organisations internationales ainsi que d’autres organisations qui ont un statut international chez nous » a indiqué Guillaume Ngefa. 

La protection des biens diplomatiques

En sa qualité de conseiller juridique du Gouvernement, le ministère de la Justice intervient également dans les questions relatives aux biens des missions diplomatiques, des organisations internationales et d’autres entités bénéficiant d’un statut international en RDC. Guillaume Ngefa a rappelé le principe de l’inaliénabilité des biens diplomatiques ainsi que la nécessité de leur assurer une protection conforme aux engagements internationaux de la RDC.

« Et, comme vous le savez, les biens des ambassades internationales sont inaliénables. C’est extrêmement important de le dire. Mais malheureusement, nous avons ce phénomène où certains biens des ambassades ont été spoliés. Il nous appartient justement de nous assurer que nous respectons la Convention de Vienne, en veillant à ce que ces biens conservent leur caractère inaliénable. Enfin, bien sûr, vous savez que, dans le cadre de la coopération judiciaire, il s’agit d’un exercice conjoint entre nous et le ministère des Affaires étrangères, puisque les négociations des accords ne concernent pas seulement la Justice en général. Il y a également le ministère des Affaires étrangères. Sur le plan sectoriel, nous nous intéressons à la diplomatie judiciaire, qui intéresse également Madame la Ministre », a fait savoir Guillaume Ngefa. 

La coopération judiciaire internationale au cœur des échanges

Par ailleurs, la coopération judiciaire internationale constitue l’un des principaux domaines nécessitant une action concertée entre les deux ministères. Guillaume Ngefa a expliqué que la négociation des accords de coopération judiciaire ne relève pas exclusivement du ministère de la Justice, le ministère des Affaires étrangères étant également directement concerné.

« Nous le faisons de façon conjointe puisque, lorsque nous sommes à l’extérieur, c’est avec l’ambassade. Enfin, dans le cadre du renforcement du respect de nos obligations internationales en ce qui concerne les commissions rogatoires et autres, comme le ministère des Affaires étrangères est la porte d’entrée, toutes les requêtes relatives aux commissions rogatoires passent d’abord par ce ministère », a indiqué Guillaume Ngefa. 

Vers un guichet unique interministériel

Pour renforcer cette collaboration, les deux ministères entendent désormais travailler davantage au niveau de leurs directions de cabinet et de leurs services techniques. Selon Guillaume Ngefa, cette volonté devrait notamment se concrétiser par la mise en place d’un mécanisme institutionnel commun.

« Mais j’aimerais aussi vous faire une confidence : lorsque nous avons un cas à l’extérieur, tant que le ministère des Affaires étrangères n’est pas saisi, la République démocratique du Congo n’est pas saisie. C’est donc la saisine au niveau du ministère des Affaires étrangères qui fait que nous sommes valablement saisis et que nous pouvons effectivement agir. Il est donc important que les deux ministères, au niveau de leurs directeurs de cabinet et au niveau technique, puissent travailler ensemble. Je pense que l’hypothèse d’un guichet unique, qui sera créé par un arrêté interministériel, constitue un peu la consécration et la manifestation de cette coopération », a fait savoir Guillaume Ngefa. 

Cette nouvelle dynamique voulue par les deux membres du gouvernement intervient dans un contexte marqué par la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle de vastes zones dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Dans ce contexte, la diplomatie et la justice occupent une place importante dans la stratégie du Gouvernement congolais visant à faire entendre la voix de la RDC, à défendre ses droits et à rechercher des voies de recours sur le plan international. La coordination entre les deux ministères apparaît ainsi comme un levier destiné à renforcer l’action de la RDC devant les juridictions et instances internationales, conformément à la Charte des Nations unies et aux autres instruments internationaux auxquels le pays est partie.

Clément MUAMBA