La situation sécuritaire continue de se détériorer dans le groupement Babila-Teturi, en territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri. Une femme, mère de six enfants, a été tuée samedi à Makoma, tandis que plusieurs personnes, dont des enfants, sont portées disparues après une série d’incursions attribuées aux combattants ADF.
Kahambu Nyavikono Regina, l’épouse de Paluku Kamala Lambere, cultivateur de Kiki, a été retrouvée morte à Makoma, après avoir été enlevée avec sa petite-fille, selon Grâce Kakundo Kasamba, coordonnateur de la Nouvelle Société civile congolaise du groupement Babila-Teturi.
La victime aurait été égorgée par ses ravisseurs. Sa fille, Masika Aimérance, âgée de six ans, qui avait également été prise en otage samedi vers 16 heures, a finalement été retrouvée vivante dans une maison où elle était enfermée, située à proximité du lieu où sa grand-mère avait été tuée.
Les indications fournies par l’enfant ont notamment permis aux habitants de localiser le corps de sa grand-mère. Un autre enfant, un garçon identifié comme Gervin, aurait été enlevé le même jour par les assaillants.
Pour la société civile locale, ces faits s’inscrivent dans une série d’exactions qui affectent le groupement Babila-Teturi depuis environ trois semaines.
« Nous avons enregistré plus de 15 corps sans vie, ainsi que plusieurs enfants et adultes portés disparus. Nous ne cesserons d’alerter les autorités territoriales et provinciales afin qu’elles prennent des mesures urgentes pour protéger la population et mettre fin à cette insécurité», alerte Grâce Kakundo Kasamba.
La distance entre Kiki et Makoma est estimée à environ 30 minutes de marche, tandis qu’il faut environ 45 minutes pour rejoindre Kabungwe depuis Makoma. Cette proximité des villages et l’activisme des groupes armés accentuent la vulnérabilité des populations, notamment des agriculteurs qui se déplacent quotidiennement vers leurs champs.
Les violences ne se limitent pas à Makoma. Ces derniers jours, plusieurs corps ont encore été découverts dans différentes localités de Babila-Teturi. Des sources locales font état de nouvelles victimes et de disparitions, alimentant davantage la peur au sein des communautés.
Cette situation intervient après plusieurs attaques attribuées aux ADF dans le territoire de Mambasa au cours du mois d’août. Le 7 août, au moins 13 civils avaient été tués à Banana École et 14 personnes enlevées, selon des informations rapportées par la société civile et des organisations de défense des droits humains.
Le 13 août, une autre incursion attribuée aux ADF avait été signalée à la périphérie de Mambasa-centre. Les FARDC, appuyées par la MONUSCO, avaient repoussé les assaillants après des échanges de tirs.
La persistance des attaques dans cette partie de l’Ituri alimente les critiques des acteurs locaux qui réclament une présence sécuritaire plus efficace et surtout une intervention préventive permettant d’empêcher les incursions plutôt que de constater les dégâts après le départ des assaillants.
Cette dégradation sécuritaire intervient alors que l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie de maladie à virus Ebola qui touche désormais plusieurs provinces de la RDC.
Selon les dernières données disponibles au 20 août, l’Ituri comptait 4 447 cas confirmés et 1 984 décès, dans 28 de ses 36 zones de santé. À l’échelle nationale, la RDC avait enregistré 5 290 cas confirmés et 2 516 décès selon les données arrêtées au 19 août.
Ce lundi 24 août a marqué par ailleurs les 100 jours depuis la déclaration officielle de l’épidémie. L’OMS souligne que la transmission continue de progresser plus rapidement que les capacités de contrôle, avec l’Ituri représentant environ 85 % des cas et 79 % des décès enregistrés dans le pays.
Dans ce contexte marqué à la fois par les violences armées, les déplacements de populations et l’urgence sanitaire, les acteurs locaux redoutent une aggravation de la vulnérabilité des communautés de Mambasa.
Pour la Nouvelle société civile congolaise de Babila-Teturi, la priorité reste désormais la protection des civils, la libération des personnes enlevées et le retour d’une présence sécuritaire capable de prévenir de nouvelles attaques.
Freddy Upar, à Bunia