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Face à Ebola, les promesses de financement doivent désormais se traduire en actions concrètes sur le terrain: Tshisekedi, Ndayishimiye, Touadéra, Museveni et Kaseya insistent sur une riposte conduite par les pays africains

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Les présidents de la RDC, de l’Ouganda, de la Centrafrique et du Burundi, ainsi que le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, plaident pour un financement plus rapide, transparent et mieux aligné sur les priorités nationales et régionales, afin de répondre efficacement aux épidémies d’Ebola. Ils estiment que la lutte contre Ebola en Afrique ne peut plus se mesurer au montant des promesses de financement, mais à la rapidité avec laquelle ces engagements se transforment en ressources disponibles sur le terrain.

Tel est le message central porté par le président de la RDC, Félix-Antoine Tshisekedi, son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, ainsi que le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya.

Dans cette tribune commune, rendue publique ce mardi 25 août 2026 et publiée par Jeune Afrique, les cinq responsables alertent sur l’urgence de revoir les mécanismes de financement des réponses aux épidémies. Selon eux, l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda a suscité environ 1,2 milliard de dollars d’engagements annoncés. Mais entre une promesse et un financement effectivement disponible, le temps perdu peut coûter des vies.

« Les épidémies évoluent rapidement. Chaque jour de retard dans le financement signifie qu’un village de plus attend un traitement, qu’une équipe de surveillance supplémentaire ne peut atteindre une communauté et qu’une nouvelle occasion est offerte à Ebola de se propager. Les financements doivent donc avancer avec la même urgence. L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda a généré environ 1,2 milliard de dollars US d’engagements annoncés. Pourtant, ce ne sont pas les annonces qui permettent de contenir les épidémies. Elles sont contenues lorsque les engagements se transforment en financements rapidement décaissés, alignés sur les priorités nationales et convertis en résultats mesurables sur le terrain », ont-ils fait remarquer dans la tribune.

Dans la tribune, ils rappellent que les chefs d’État africains ont défini un principe opérationnel fondé sur l’Agenda de Lusaka en matière de redevabilité et d’alignement : les pays dirigent, Africa CDC coordonne et les partenaires soutiennent. Selon eux, cette approche reflète les principes d’appropriation par les pays, d’alignement sur les priorités nationales, de transparence et de redevabilité mutuelle. Elle garantit que les financements renforcent les systèmes nationaux tout en permettant la coordination régionale nécessaire pour faire face aux menaces sanitaires transfrontalières.

Selon le document, le message d’Africa CDC aux partenaires internationaux commence par l’Afrique elle-même. Avant de demander aux partenaires extérieurs davantage de transparence et d’alignement, Africa CDC appelle les pays africains à mieux investir dans leurs propres systèmes de santé.

« L’épidémie actuelle d’Ebola a démontré que cet engagement est réel : la RDC et l’Ouganda ont mobilisé d’importantes ressources nationales, complétées par un élan sans précédent de solidarité continentale de la part de 16 pays africains, pour un montant total de 118 millions de dollars US au profit de la riposte. Ce leadership africain a créé les bases d’un plaidoyer conjoint réussi d’Africa CDC et de l’OMS, contribuant à mobiliser un soutien supplémentaire de la Banque mondiale, des États-Unis, de l’Europe, du Royaume-Uni, du Japon, de la Chine, du Fonds de lutte contre les pandémies, de Singapour, des Émirats arabes unis, de la Thaïlande, de la Banque africaine de développement, de la Fondation Gates, de Gavi, du Fonds mondial et d’autres partenaires », ont-ils fait savoir.

Parmi les partenaires, ils rappellent que la réponse de la Banque mondiale constitue un cas d’école utile car, parmi les financements traçables par les circuits nationaux et régionaux, elle est intervenue tôt et à grande échelle. À les en croire, avec 333 millions de dollars US fournis à ce jour aux pays africains, soit 41 % des 816 millions de dollars US déjà décaissés, la Banque est devenue le principal bailleur de fonds identifiable de la riposte grâce à un appui direct aux gouvernements nationaux. Cela démontre, selon eux, qu’un financement rapide peut renforcer les institutions nationales et régionales.

Ils soulignent également que les réformes de la Banque mondiale sous la présidence d’Ajay Banga ont démontré la valeur de procédures et de décaissements simplifiés, plus rapides et rationalisés, réduisant les lourdes charges administratives qui, historiquement, ralentissaient la mise en œuvre.

« Africa CDC applique la même exigence de redevabilité aux gouvernements, aux partenaires et à elle-même : quels financements sont parvenus où, quand, pour quelle intervention et avec quels résultats. Ces principes reflètent l’Agenda de Lusaka — appropriation par les pays, transparence, redevabilité mutuelle et alignement sur les priorités nationales — et devraient guider tous les partenaires qui financent les urgences sanitaires en Afrique. Les gouvernements portent la responsabilité constitutionnelle de protéger leurs populations. Africa CDC porte le mandat de l’Union africaine de gérer et de coordonner les risques continentaux. Les partenaires apportent des financements, de l’expertise et de la solidarité », ont-ils indiqué dans leur tribune.

Pour eux, les gouvernements doivent être en mesure de diriger et de coordonner la riposte. Ils estiment que cela n’est possible que s’ils disposent d’une vue d’ensemble complète des ressources mobilisées et de leur utilisation. Les financements mis en œuvre en dehors des mécanismes nationaux de coordination, ou sans information transparente sur les décaissements et les activités, risquent de créer une fragmentation susceptible de compromettre l’efficacité de la riposte.

« Qu’il s’agisse d’un financement direct des systèmes nationaux ou d’une information exhaustive sur les activités soutenues par les partenaires, la transparence est essentielle pour renforcer la coordination, la redevabilité et les résultats. L’Ouganda illustre le leadership national et les dividendes de la préparation. La transmission d’Ebola a été interrompue et la fin de l’épidémie a été déclarée le 28 juillet, tout en maintenant une surveillance renforcée », ont-ils déclaré dans la tribune.

Poursuivant, ces personnalités estiment que le Burundi illustre la valeur de la flexibilité en matière de préparation, la Banque mondiale et le Fonds de lutte contre les pandémies complétant les financements nationaux afin d’intensifier les activités nationales et transfrontalières. Selon eux, cette approche permet d’éviter des restrictions de voyage injustifiées qui causent des dommages économiques, accroissent la méfiance et sapent la transparence indispensable que l’on attend des pays lorsqu’une épidémie survient.

Pour eux, Ebola exploite les failles entre les pays. Ils affirment que les plans nationaux ne peuvent, à eux seuls, suivre les mouvements de population au-delà des frontières, harmoniser les réseaux régionaux de laboratoires et les protocoles de surveillance, déployer des capacités régionales de renfort ou gérer les risques transfrontaliers. Selon eux, le contrôle efficace d’une épidémie exige donc de financer à la fois les ripostes nationales et l’architecture régionale de santé publique qui les relie.

« L’octroi par la Banque mondiale de 18 millions de dollars US supplémentaires à Africa CDC tient compte de cette réalité en soutenant les opérations transfrontalières, l’assistance technique et la coordination stratégique. Financer à la fois les niveaux national et continental ne constitue pas un double emploi, ces financements sont complémentaires. Les pays dirigent la riposte nationale, tandis qu’Africa CDC assure la coordination régionale qui relie les efforts nationaux, mobilise l’expertise, soutient des normes communes et contribue à garantir qu’aucun pays ne soit laissé seul face à une menace régionale. Les investissements dans les biens publics régionaux, notamment les réseaux de surveillance, les systèmes de laboratoire, les effectifs d’intervention d’urgence, la planification d’urgence et la collaboration fondée sur l’approche une seule santé  renforcent la capacité de chaque pays à répondre », ont-ils fait savoir dans la tribune.

Par ailleurs, ces personnalités rappellent que le programme régional de sécurité sanitaire de 280 millions de dollars US de la Banque mondiale en République centrafricaine et dans les États voisins d’Afrique centrale illustre comment le financement de l’échelon régional peut renforcer la surveillance, les laboratoires, les effectifs d’intervention d’urgence, la planification d’urgence et la collaboration fondée sur l’approche une seule santé. Selon eux, il crée une résilience qui va au-delà d’une seule épidémie.

Comme l’a souligné la professeure Senait Fisseha lors du Sommet extraordinaire de l’Union africaine au Ghana, en juillet 2026, ont-ils rappelé : « L’Afrique n’a pas besoin de nouvelles initiatives ; elle a besoin d’investissements durables et à long terme dans les pays et les institutions continentales, qui renforcent l’appropriation, le leadership et la redevabilité. ». En 2022, ont-ils poursuivi, la Banque mondiale a réalisé un investissement pluriannuel sans précédent de 100 millions de dollars US dans Africa CDC, témoignant de sa confiance dans la capacité de l’Afrique à bâtir de solides institutions régionales de santé publique. Quatre ans plus tard, cet investissement a démontré sa valeur.

Selon eux, Africa CDC a renforcé ses capacités techniques et opérationnelles, satisfait à des normes fiduciaires et institutionnelles internationales rigoureuses, reçu l’aval de plusieurs bailleurs après avoir franchi avec succès leurs évaluations de diligence raisonnable et été agréé comme entité de mise en œuvre du Fonds de lutte contre les pandémies, qui fournit jusqu’à 220,6 millions de dollars US pour accélérer l’appui à la lutte contre Ebola en Afrique.

« Cela restera l’une des grandes réussites de la Banque mondiale dans le secteur de la santé, en Afrique et dans le monde. Cela illustre une leçon plus large : l’investissement à long terme dans les institutions africaines produit des résultats lorsque survient la prochaine urgence », soulignent-ils.

Dans leur conclusion, les signataires insistent sur la nécessité de transformer les engagements financiers en résultats concrets sur le terrain.

« Ebola sera finalement vaincu village par village, communauté par communauté. Mais le modèle de financement qui soutient cette riposte déterminera la rapidité avec laquelle des vies seront sauvées et le degré de préparation des pays face à la prochaine épidémie. Aux côtés de l’OMS, Africa CDC s’engage à faire en sorte que chaque engagement se traduise par un décaissement et que chaque dollar puisse être retracé jusqu’à un lieu, une intervention et un résultat mesurable dans le cadre des plans nationaux de riposte et de préparation », ont-ils affirmé.

Ils estiment enfin que le financement mondial ne doit pas imposer un choix entre l’appropriation nationale et la coordination régionale.

« Il doit investir dans les deux, rapidement, de manière transparente et de façon à laisser les pays et les institutions africaines plus solides avant le début de la prochaine urgence », concluent-ils.

Si, en Ouganda, l’épidémie a été maîtrisée plus tôt, en République démocratique du Congo, la progression de la maladie, la défiance d’une partie de la population, les insuffisances des infrastructures sanitaires et l’insécurité constituent autant de défis qui compliquent considérablement la riposte des autorités et de leurs partenaires.

En dépit de cette situation, le gouvernement reste optimiste et affirme pouvoir s’appuyer sur son expérience acquise au cours des 16 précédentes épidémies d’Ebola. Il ne s’inscrit donc pas dans une logique alarmiste et assure poursuivre les efforts engagés pour contenir la propagation de la maladie.

Clément MUAMBA


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