La France conditionnera son aide publique au développement destinée à la RDC à une meilleure coopération de Kinshasa dans la lutte contre les filières de passeurs et le retour des Congolais en situation irrégulière, a annoncé mercredi le Premier ministre français Sébastien Lecornu à Mayotte.
En déplacement dans cet archipel français de l’océan Indien, M. Lecornu a présidé à son arrivée une réunion de l’état-major opérationnel chargé de lutter contre l’immigration clandestine.
La mesure annoncée concerne également les Comores, le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie, la Somalie et le Kenya. Paris entend désormais lier son aide à la collaboration de ces pays dans « la lutte contre les passeurs » et à leur « capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière ».
À Mayotte, la majorité des demandeurs d’asile étrangers viennent des Comores voisines, mais les autorités françaises constatent également une augmentation des arrivées en provenance de la région des Grands Lacs, notamment de RDC, du Rwanda et du Burundi.
Cette pression française intervient alors que Paris et Kinshasa disposent déjà d’un cadre de coopération pour le retour des ressortissants congolais présents irrégulièrement à Mayotte.
Un mémorandum d’entente a été signé le 17 avril 2022 entre la Direction générale de migration (DGM) congolaise et le ministère français de l’Intérieur. Il prévoit notamment l’identification préalable, par des agents congolais, des personnes concernées avant leur rapatriement.
En octobre 2024, après une mission d’identification de la DGM à Mayotte, plusieurs ressortissants congolais avaient été renvoyés en RDC à bord de vols groupés. Le chargé d’affaires français à Kinshasa avait alors qualifié la collaboration entre les deux pays d’« exemplaire ».
Les nouvelles conditions annoncées par M. Lecornu ne précisent pas quelles aides françaises à la RDC pourraient être suspendues, ni les critères qui seront utilisés pour évaluer la coopération de Kinshasa.
La menace de restrictions liées aux expulsions n’est toutefois pas sans précédent pour la RDC. En décembre 2025, le Royaume-Uni avait durci les conditions d’octroi des visas aux Congolais, reprochant à Kinshasa une coopération insuffisante sur le retour de ses ressortissants sans droit de séjour.
Londres avait finalement rétabli les services normaux de visa le 21 juin 2026, après des concertations entre les autorités britanniques, le ministère congolais des Affaires étrangères et la DGM.
À Mayotte, le Premier ministre français a également annoncé une « militarisation » de la lutte contre les arrivées clandestines. Le dispositif doit comprendre des drones, des ballons captifs, davantage de navires intercepteurs ainsi que le déploiement d’un détachement de la Légion étrangère sur l’îlot M’tsamboro, dans le nord-ouest de l’archipel.
Mayotte comptait officiellement 323.000 habitants au 1er janvier 2026. En 2017, les étrangers représentaient près de la moitié de sa population.