En séjour au Nord-Kivu depuis le week-end dernier, le ministre d’Etat de l’Agriculture et de la sécurité alimentaire, Nzangi Muhindo, a remis mercredi 5 août dernier 34 tracteurs ainsi que des semences destinées aux agriculteurs de plusieurs villages à vocation agricole. La cérémonie y relative s’est déroulée à Butembo, importante ville commerciale du Nord-Kivu qui a tiré sa richesse de l’agriculture.
Ces engins motorisés vont servir dans le labour ainsi que dans le transport des produits agricoles et à l’accompagnement du développement rural dans les zones difficiles d’accès.
Concernant la gestion des tracteurs, le ministre a précisé que ces équipements resteront la propriété de l’État et leur gestion a été confiée au Service National de Mécanisation Agricole. Leur utilisation sera suivie grâce à une application développée avec Victor Motor, une entreprise d’automobile, permettant un contrôle depuis un bureau central à Butembo et une intervention rapide en cas de panne.
Les agriculteurs pourront accéder aux services de ces machines moyennant une contribution fixée à 65 dollars par hectare, destinée notamment à couvrir la maintenance, la motivation des conducteurs et le carburant. Un coût de très loin moins élevé que celui appliqué dans la région de Butembo, où par exemple dans la chefferie voisine de Bashu, la location peut atteindre 240 dollars par hectare.
Le ministre a enfin insisté sur l’importance de la maintenance et de la formation des techniciens pour garantir la durabilité des équipements.
« Nous avons distribué beaucoup de tracteurs, mais sans un réseau sérieux de maintenance, ces équipements ne peuvent pas fonctionner durablement. Il faut former des techniciens capables d’assurer leur entretien partout dans le pays », a-t-il recommandé.
Mécaniser l’agriculture et améliorer la semence pour booster la production
Ces 34 engins font partie d’un lot de 400 tracteurs que le ministère de l’agriculture prévoit déployer dans l’est du Congo, une zone qui, malgré ses défis sécuritaires, présente des fortes potentialités agricoles. C’est un important bassin de production des vivriers (pomme de terre, haricot, maïs, manioc, etc) et des produits pérennes (café, cacao, palmier à huile, etc). En dotant les agriculteurs des ces zones en tracteurs et semences améliorées, le ministre d’Etat Nzangi Muhindo ambitionne de booster la production pour nourrir les citoyens et renforcer l’économie locale.
Après la cérémonie de remise des premiers lots des tracteurs, le ministre d’Etat de l’Agriculture et sécurité alimentaire, Nzangi Muhindo, s’est rendu dans la Zone économique spéciale de Musienene, aménagée à près de 20 Km au Sud de Butembo, en vue de lancer la construction d’une usine de montage des tracteurs. Une des trois usines de montage que le ministre prévoit d’installer au pays, avec ses partenaires Haojue (une entreprise représentée en RDC par un opérateur économique de Butembo et réputée dans la commercialisation des engins motorisés) et Victor Motor, notamment à Musienene (près de Butembo), Lubumbashi et Kinshasa pour appuyer la mécanisation de l’agriculture en RDC.
Au total, 1 500 tracteurs seront assemblés afin de renforcer la mécanisation agricole et contribuer à l’amélioration de la production au profit d’environ 20 000 ménages.
Dans cette dynamique, le gouvernement prévoit également développer des unités liées à la production d’intrants agricoles. Le ministre a annoncé des partenariats avec des opérateurs économiques pour l’installation d’unités de fabrication et de mélange d’engrais en RDC, notamment à Musienene, Lubumbashi et Boma.
Il a également évoqué une collaboration avec de grands groupes internationaux, dont Yara Group, pour développer des formules d’engrais adaptées aux différentes cultures et aux caractéristiques des sols congolais.
Pour Muhindo Nzangi, l’autonomie agricole passe aussi par la maîtrise de la production locale des semences.
« Un pays qui n’est pas autonome dans la production des semences ne peut pas avoir un plan agricole solide. La semence est une question de recherche : il faut identifier les variétés adaptées aux besoins des agriculteurs », a-t-il expliqué.
Musienene ou la ZES qui se développe
La ZES de Musienene est érigée dans un Nord-Kivu confronté à plusieurs défis sécuritaires, dus notamment à l’activisme des groupes armés et au chômage des jeunes. Mais ces défis sont loin de décourager les opérateurs économiques de Butembo et Beni qui, depuis 2020, ne ménagent aucun effort pour développer la zone économique spéciale de Musienene. Cet espace de 127 ha rendu disponible, avec le concours des chefs coutumiers locaux, pourra accueillir dans les 15 prochaines années, «au moins 20 grandes entreprises et une centaine des petites et moyennes entreprises », parmi lesquelles l’entreprise de montage des tracteurs.
Pour Elvis Musango, Directeur Général de la Société Tuvuli Equateur (SOCITEQ), chargée d’aménager la zone, la ZES de Musienene connaît une évolution positive. Il a appelé les industriels à intégrer cette dynamique, estimant que le processus est désormais lancé.
« La dynamique est lancée : trois usines sont en cours de construction, une est déjà opérationnelle et sept autres le seront prochainement », a-t-il déclaré.
Prenant la parole au nom du gouverneur militaire du Nord-Kivu, Me David Kamuha, directeur de cabinet du gouverneur militaire, a salué la poursuite de cette vision visant à faire de Musienene un centre de développement industriel et agricole.
« Il y a trois ans, c’est un digne fils de cette province, Julien Paluku Kahongya, qui a lancé ce projet de la Zone économique spéciale de Musienene. Nous allons poursuivre cette vision pour faire du Nord-Kivu un pôle de développement agricole », a-t-il déclaré.
Le ministre Muhindo Nzangi a appelé les investisseurs et opérateurs économiques à profiter des opportunités offertes par cette zone.
« Tous les projets industriels que nous allons réaliser seront priorisés dans cette zone. Nous encourageons les entrepreneurs, les constructeurs et les investisseurs à venir s’y installer », a-t-il indiqué.
Claude Sengenya