You are using an outdated browser. For a faster, safer browsing experience, upgrade for free today.
Diaporama
Slide 1 selected
Catégorie

Crash de Kenge : « Le ministre des Transports se retrouve dans une posture qui interroge sa maîtrise et le pilotage de son secteur », déplore Lubaya Claudel André

Photos Droits tiers

À la suite du crash meurtrier d’un aéronef civil à Kenge, dans la province du Kwango, qui a coûté la vie à plus de dix personnes, dont de hauts responsables de la justice militaire, notamment le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), et le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi, premier président de la Haute Cour militaire, ainsi qu’à leurs accompagnateurs, les réactions et les interrogations se multiplient sur la gestion de la communication autour de ce drame, mais aussi sur la gestion du secteur des transports en général et du secteur aérien en particulier en République démocratique du Congo.

C’est dans ce contexte que Lubaya Claudel André, député national honoraire et président du parti politique Union démocratique africaine originelle (UDA Originelle), déplore notamment le silence du ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement, dirigé par Jean-Pierre Bemba Gombo, ainsi que celui de l’Autorité de l’aviation civile (AAC) sur les premiers éléments liés à l’accident. Pour l’ancien député national, ce silence institutionnel contribue à favoriser la propagation d’informations contradictoires sur les réseaux sociaux. Il dénonce également la diffusion d’images des victimes, qu’il juge indécente.

« Plus de douze heures après le crash meurtrier d’un aéronef civil à Kenge, qui a coûté la vie à seize personnes, dont de hauts responsables militaires – que leurs âmes reposent en paix et que leurs familles trouvent force et réconfort dans cette épreuve –, il est consternant de constater que ni le ministre des Transports ni l’Autorité de l’aviation civile ne se sont exprimés sur les faits établis. Ce silence laisse le champ libre aux réseaux sociaux, où circulent, sans filtre ni précaution, des informations contradictoires, jusqu’à la diffusion indécente d’images des dépouilles des victimes », déplore Lubaya Claudel André sur son compte X.

Le président de l’UDA Originelle s’interroge également sur la communication du président du conseil d’administration de la Régie des voies aériennes (RVA), Tryphon Kin-Kiey Mulumba, qui a publié sur son compte X des informations relatives à la navigation de l’appareil accidenté.

Pour Lubaya Claudel André, la gestion d’un accident aérien de cette ampleur nécessite une communication institutionnelle coordonnée, afin d’éviter la confusion et la circulation de données non vérifiées.

« En pleine crise aéronautique, le PCA de la RVA Tryphon Kin-Kiey Mulumba diffuse, sur son compte X personnel, des données techniques de navigation qui auraient dû emprunter les canaux et circuits appropriés. Au lendemain d’un drame de cette ampleur, cette confusion des rôles témoigne d’une légèreté inacceptable. Face à une catastrophe aussi grave, l’État ne peut abandonner l’information au gré des comptes personnels de ses responsables et des réseaux sociaux. Il faut une communication de crise, coordonnée et maîtrisée, dans laquelle chaque institution assume pleinement son rôle », insiste-t-il.

Tout en critiquant la gestion de la communication institutionnelle, l’ancien député estime que les circonstances exactes du crash doivent être établies par une enquête technique.

« En tout état de cause, le silence du ministre des Transports et de l’Autorité de l’aviation civile révèle, une fois encore, les défaillances qui affectent la gouvernance de ce secteur sensible. Quant aux causes techniques et opérationnelles de cette énième tragédie et aux éventuels manquements à la réglementation, il appartient désormais à une enquête technique rigoureuse de les établir », affirme-t-il.

Il met par ailleurs en cause, sur le plan politique, la gestion du secteur des transports et s’interroge sur la responsabilité du ministre compétent face à la succession de drames dans différents modes de transport.

« Une fois de plus, le ministre des Transports se retrouve dans une posture qui interroge sa maîtrise et le pilotage de son secteur. Depuis son arrivée à la tête de ce ministère, les drames mortels se succèdent sur les routes, les rails, les lacs, le fleuve et dans les airs, sans que leur récurrence ne conduise à son interpellation sur sa gestion du secteur et sa responsabilité politique. Est-il à ce point protégé qu’il n’ait jamais à répondre de sa gestion ? », s’interroge Lubaya Claudel André.

L’ancien parlementaire précise toutefois que son propos ne consiste pas à attribuer au ministre la responsabilité directe de chaque accident. Il pose plutôt la question de la responsabilité politique dans la gestion globale du secteur des transports.

« La question n’est pas de lui imputer la responsabilité de chaque accident, mais de savoir qui assume, politiquement, la sécurité, le contrôle, la prévention et, surtout, les conséquences d’une gouvernance défaillante dans un secteur aussi régulièrement endeuillé. Pensées aux victimes. Que Dieu accueille leurs âmes et soutienne leurs familles », a fait savoir l’ancien député national.

Dans un communiqué, les Forces armées de la République démocratique du Congo ont confirmé la mort de ces deux officiers généraux, ainsi que celle de membres de la délégation et de l’équipage. Ils revenaient d’une mission de service effectuée à Kikwit, dans la province voisine du Kwilu. Les services de sécurité et les services techniques ont été chargés de déterminer les circonstances et les causes de l’accident, a indiqué le gouvernement provincial. Ils doivent également sécuriser le site, préserver les éléments utiles à l’enquête et faciliter l’identification des victimes.

Selon le président du conseil d’administration (PCA) de la Régie des voies aériennes (RVA), Tryphon Kin-kiey Mulumba, l’appareil, un Let-410 de la compagnie Tracep, immatriculé 9S-GUC et basé à Kinshasa-Ndolo, effectuait une rotation Ndolo-Kikwit-Ilebo-retour. L’appareil avait 16 personnes à bord, dont quatre membres d’équipage. Aucun survivant n’a été retrouvé. Parti de Kikwit à 11 h 45, il s’est écrasé vers 13 h 14 à Kenge alors qu’il faisait route vers Kinshasa. Il n’avait pas été coordonné au départ par Kikwit, et la tour de N’Djili n’a été prévenue qu’à 14 h 00 par Ndolo, précise Tryphon Kin-kiey Mulumba dans une publication sur son compte X.

La justice militaire congolaise perd ainsi deux de ses hauts responsables. Leur disparition intervient à un moment sensible pour cette institution, appelée à traiter plusieurs dossiers majeurs liés à la situation sécuritaire du pays.

Clément MUAMBA