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Kinshasa : « Elikia – Archéologies de la Résilience », une exposition qui explore les blessures laissées par les conflits et les chemins de reconstruction dans l’Est du pays

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Représenter une douleur qui ne s’est jamais véritablement éloignée et donner forme à ce qui demeure dans les corps, les paysages et les mémoires individuelles ou collectives. C’est autour de cette démarche que John Primo Mulimbi, Ushindi Mpigiri Destin, Olinabanji Nshombo Subira et Edith Congane, quatre artistes originaires de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ont construit l’exposition "Elikia – Archéologies de la Résilience".

Présentée vendredi 25 septembre 2026 au Mémorial du Genocost, à Kinshasa, l’exposition se déploie autour de quatre stations consacrées notamment au coût humain de l’exploitation des ressources naturelles, à la force des femmes, aux chemins de réparation et à la projection vers un avenir de paix.

À travers leurs œuvres, les quatre artistes reviennent sur les traces laissées par des décennies de conflits, de déplacements et de violences dans l’Est de la RDC. Mais leur démarche ne consiste pas à reproduire l’horreur ni à faire de la souffrance un spectacle. Elle s’intéresse plutôt à ce qui demeure après le traumatisme : la mémoire, la dignité, la résistance, la beauté et la capacité à se reconstruire.

L’exposition entend ainsi proposer un autre regard sur l’Est du pays, en mettant en avant non seulement les blessures laissées par les conflits, mais aussi les formes de vie et de résilience qui continuent de s’y exprimer.

De la guerre à la résilience

Le concept d’"archéologie de la résilience", renvoie, selon les artistes, à une démarche visant à comprendre comment des populations exposées aux conflits parviennent à continuer à vivre et à se reconstruire.

« L’Est de la République démocratique du Congo n’est pas que la guerre. L’Est de la République démocratique du Congo, c’est aussi la résilience. Cette exposition est également une manière de mettre en avant les expériences humaines derrière les événements qui ont marqué la région », a expliqué John Primo, l’un des artistes exposants.

Et d’ajouter : 

« Nous portons juste le message de paix en disant qu’il n’y a pas que la guerre à l’Est de la République démocratique du Congo. Il y a aussi la résilience, il y a aussi cette force de pouvoir rester debout malgré tout ce qui peut basculer ».

John Primo a présenté quatre tableaux conçus comme les différentes étapes d’un même parcours. Son travail fait notamment le lien entre Goma, ville où il a vécu, et Kinshasa, à travers des références aux paysages et aux couleurs associées aux deux villes.

« C’est toute une suite, tout un acheminement de mon histoire en quittant Goma et en arrivant jusqu’à Kinshasa. Je présente Goma comme une ville volcanique, chaleureuse et résiliente. À travers mes œuvres, je crée un pont entre Goma et Kinshasa, notamment grâce aux teintes bleutées qui évoquent le fleuve Congo et aux tonalités chaleureuses qui caractérisent Kinshasa », a-t-il expliqué.

« Donner une place aux expériences vécues »

L’artiste Olinabanji Nshombo Subira, également exposante, a choisi de partir de son propre vécu dans l’Est de la RDC. Ses quatre œuvres abordent notamment les conséquences de la guerre sur les populations et particulièrement sur les enfants.

« On ne peut pas parler de l’archéologie de la résilience sans parler de quoi on se résilie », a-t-elle expliqué. Son travail cherche ainsi à montrer comment des personnes confrontées à la violence parviennent à poursuivre leur existence malgré les traumatismes.

Ses œuvres accordent également une place importante aux fleurs et à la nature. Ce choix est lié à son environnement familial et à son enfance.

« Les choses que l’on voit à l’Est ne se résument pas à la guerre. Il y a aussi la beauté des paysages. À travers mon exposition, j’essaie donc de montrer que, malgré les souffrances, il existe encore de la beauté dans cette partie du pays. Les fleurs que je peins représentent, pour moi, l’espoir », a-t-elle souligné.

Elle explique également que son rapport à la nature remonte à son enfance, notamment sous l’influence de son père, passionné de nature.

« Mon père est un amoureux de la nature. Chez nous, il y avait toutes sortes de fleurs et d’arbres, et cela a profondément influencé ma manière de peindre », a-t-elle poursuivi.

L’art comme espace de mémoire

Le parcours de l’exposition est organisé autour de plusieurs thématiques, allant du coût humain lié à l’exploitation des ressources naturelles à la place des femmes, en passant par les chemins de réparation et la projection vers un avenir de paix.

Grâce Kalima, curatrice de l’exposition précise que les œuvres ne cherchent pas à reproduire l’horreur ni à transformer la souffrance en spectacle. Elles s’intéressent plutôt à ce qui demeure après le traumatisme et à la manière dont la mémoire peut continuer à être portée et transformée.

Dans cette perspective, « Elikia », qui signifie « espoir » en lingala, propose de regarder l’Est du Congo à travers ce qui continue de vivre, et pas uniquement à travers ce qui a été perdu.

L’exposition s’est également voulue participative avec « La Fresque du Devenir », une œuvre collective réalisée avec les visiteurs. Cette initiative entend symboliser une mémoire partagée et une reconstruction qui ne serait pas uniquement individuelle.

James Mutuba