You are using an outdated browser. For a faster, safer browsing experience, upgrade for free today.
Diaporama
Slide 1 selected
Catégorie

Slam à Kinshasa : "Minzoto", une constellation pour structurer la création poétique

Foto

À l’occasion de la Journée mondiale du slam, célébrée ce samedi 26 septembre, ACTUALITÉ.CD s’est entretenu avec Olivier Tshiteya, poète-slameur et initiateur du collectif La Constellation, Minzoto. Lancé en avril 2026 à Kinshasa, ce collectif réunit aujourd’hui 21 poètes autour d’un principe : faire de la création, de l’écriture et du perfectionnement artistique un travail régulier.

Né à Chicago en 1986 sous l’impulsion de Marc Kelly Smith, le slam célèbre cette année ses 40 ans. Devenu un mouvement culturel international, il s’est progressivement décliné sous différentes formes, notamment les scènes ouvertes, les ateliers d’écriture, les slam’n’jam et les festivals.

À Kinshasa, cette pratique s’est développée notamment grâce à des figures comme Microméga le verbivore, Yekima de bel art, Do Nsonseme ou encore Peter Komondoua pour ne citer que ceux-là.

Dans cet entretien, Olivier Tshiteya revient sur la genèse de Minzoto, son fonctionnement, ses rapports avec le SMOK, ses premières activités et ses ambitions pour le slam congolais.

ACTUALITÉ.CD : Vous êtes membre du collectif La Constellation, Minzoto. Quel rôle y jouez-vous exactement ?

Olivier Tshiteya : Je suis d’abord poète-slameur et membre du collectif. Mais je suis également l’initiateur et le porteur du projet Minzoto. C’est donc autour de cette idée que nous avons commencé à réunir des poètes et des slameurs pour travailler ensemble.

Pourquoi le nom « Minzoto », qui signifie « étoiles », et pourquoi parler de « constellation » ?

Olivier Tshiteya : Le mot Minzoto signifie « étoiles ». Une constellation est justement un ensemble d’étoiles qui, lorsqu’elles sont réunies, forment des figures. Il y a quelque chose de très beau dans cette idée, notamment dans sa dimension artistique et imaginaire.

Pour moi, chacun des artistes qui rejoint le collectif est déjà une étoile. L’objectif est donc de réunir le maximum d’étoiles afin de dessiner la plus belle constellation possible. Minzoto est ainsi un collectif de poètes-slameurs qui se réunissent pour créer différentes formes, avec toute la beauté et toute la poésie possibles.

Comment est née l’idée de créer ce collectif, de quoi êtes-vous partis ?

L’idée est partie d’un besoin personnel qui est ensuite devenu collectif. Nous n’avons pas nécessairement commencé le slam ou la poésie comme une activité professionnelle. Nous sommes d’abord étudiants, nous avons d’autres occupations et nous sommes constamment à la recherche de notre voie.

Je me suis rendu compte que nous manquions parfois de temps et surtout de discipline pour créer régulièrement. J’avais donc besoin d’un cadre qui puisse m’obliger à travailler de manière constante. C’est notamment pour cette raison que la Constellation fonctionne avec des ateliers hebdomadaires.

Chaque semaine, que nous ayons une prestation ou non, nous nous retrouvons pour travailler, créer, revoir nos textes et apprendre différentes techniques d’écriture. L’idée est donc de faire d’abord un travail de fond avant de penser à la scène.

Vous dites vouloir « remettre le slam debout ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Cela signifie créer un véritable écosystème autour du slam et instaurer des rendez-vous réguliers. Il fut un temps où les scènes de slam et les micros ouverts étaient très présents à Kinshasa. Nous voulons contribuer à maintenir cette dynamique et à la structurer davantage.

La Constellation permet aux artistes de ne pas uniquement courir derrière les scènes et les prestations. Elle leur offre aussi un espace permanent de création, de formation et de perfectionnement.

Quel rapport existe-t-il entre Minzoto et le SMOK, le Slam Micro Ouvert de Kinshasa ? Y a-t-il une difference dans leur approche ?

Pour moi, il n’y a pas d’opposition entre les deux. Le SMOK est un mouvement important dans l’histoire du slam à Kinshasa. C’est pour beaucoup de slameurs la première scène sur laquelle ils ont pu se produire. C’est un mouvement qui doit continuer à exister.

Je suis moi-même membre du SMOK. La différence, c’est que le SMOK est un mouvement qui cherche à offrir des espaces de scène aux slameurs, tandis que Minzoto est un collectif qui met l’accent sur le travail permanent.

Nous pouvons donc dire que le SMOK est un mouvement et que Minzoto est un collectif. Le premier ouvre des espaces de scène à différents slameurs, tandis que le second réunit des artistes autour d’un travail régulier en atelier.

Le collectif est-il fermé à un groupe déterminé d’artistes ? Quelles sont les conditions pour intégrer le collectif ?

Non. La constellation est ouverte à toutes les étoiles. Toute personne qui a une passion pour la poésie, l’écriture et le slam peut rejoindre cette dynamique.

La principale condition est d’avoir une passion pour la poésie et l’écriture. Il faut surtout avoir cette envie de créer, d’écrire et de travailler.

Nous avons cette vision de la constellation qui rassemble autant d’étoiles que possible. Si vous voulez « consteller » avec nous, vous pouvez nous rejoindre. Il faut simplement avoir cette passion pour la poésie et la plume.

Minzoto a été lancé en avril 2026. Cinq mois plus tard, quel bilan faites-vous ?

Nous avons déjà réussi à toucher des artistes qui étaient notamment présents dans les universités. Le mouvement s’est développé au départ à l’Académie des Beaux-Arts, où certains étudiants et artistes ont rejoint cet univers de l’écriture et de la poésie.

Au-delà de cela, nous avons organisé des ateliers hebdomadaires et participé à plusieurs activités. Nous avons notamment accueilli des slameurs internationaux, participé à des activités au ministère de la Culture, notamment autour du vernissage de livres, et travaillé sur le Festival des lectures publiques en collaboration avec le collectif Les Inattendus.

Nous avons également participé à la Grande rentrée littéraire de Kinshasa et à d’autres activités culturelles, notamment le sommet mondial de la diplomatie organisé par la FIJADA.

Vous avez récemment participé à la Grande rentrée littéraire de Kinshasa. Quelle démarche avez-vous portée à cette occasion ?

Pour moi, la Grande rentrée littéraire est avant tout une fête du livre et de la littérature. Nous avons voulu inscrire notre participation dans une démarche qui considère le slameur comme un poète, et le poète comme un écrivain.

Je pense qu’avant d’écrire, il faut lire les autres. C’est une orientation que je souhaite donner au collectif : développer chez les slameurs une véritable culture de la lecture.

Nous avons donc travaillé à partir de certains ouvrages d’auteurs congolais. Nous avons lu des écrivains comme Valentin-Yves Mudimbe et Zamenga Batukezanga, ainsi que d’autres auteurs, puis nous avons créé de nouvelles œuvres à partir de cette démarche.

Nous avons également travaillé sur Kinshasa, en essayant de restituer son caractère cosmopolite, son quotidien, parfois dans ce qu’il a de plus brut et de plus saccadé, mais aussi avec un regard poétique.

Quelles sont les prochaines activités prévues par Minzoto ?

Le 26 septembre, à l’occasion de la Journée internationale du slam et de la poésie, nous avons prévu, en collaboration avec la structure Kosi Mentality, une table ronde consacrée au slam congolais. Nous allons réunir des slameurs et le public autour d’échanges sur cette pratique.

Le 10 octobre, nous aurons également une activité autour du « Slam au fleuve », à Kinsuka Beach.

Enfin, le 29 octobre, nous organiserons notre premier grand spectacle en tant que collectif, à l’espace culturel Vic. Ce sera une étape importante pour Minzoto.

Au-delà des spectacles, quelles sont vos perspectives pour le collectif ?

La Constellation doit rester un foyer de création et de travail continu. Le perfectionnement n’a pas de fin. Nous avons donc besoin de rester constamment en atelier pour continuer à apprendre, à écrire et à nous améliorer.

À plus long terme, nous voulons également contribuer à la mise en place de grands événements autour du slam. À ma connaissance, Kinshasa ne dispose pas encore d’un grand festival consacré exclusivement au slam. Nous aimerions donc contribuer à la création d’un tel rendez-vous, qui puisse donner davantage de visibilité aux slameurs congolais et les inscrire dans les grands réseaux du slam africain et mondial.

Vous estimez donc que le travail de formation des slameurs doit se poursuivre ?

Absolument. Je pratique le slam à Kinshasa depuis l’époque où Microméga était encore ici, avant son départ, ainsi qu’avec d’autres artistes qui ont contribué à façonner cette scène.

Des artistes comme Do Nsonseme ont également participé à cette dynamique. Je pense que ce travail n’est pas terminé. Il y a encore beaucoup de slameurs à former et à accompagner.

C’est pour cela que nous voulons maintenir ce travail permanent. La création ne s’arrête jamais et le perfectionnement non plus.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du slam à Kinshasa ?

Je pense que le slam a déjà une histoire importante à Kinshasa. Plusieurs générations d’artistes ont contribué à construire cette scène. Aujourd’hui, il faut poursuivre ce travail, notamment en créant des espaces où les artistes peuvent apprendre, expérimenter et rencontrer leur public.

Nous avons besoin de scènes, d’ateliers, de festivals et de rencontres. C’est de cette manière que nous pourrons continuer à faire grandir le mouvement.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser à l’occasion de cette Journée mondiale du slam ?

À un poète, on demande forcément un dernier mot. Je dirais que Minzoto, ce sont des hommes et des femmes de l’art. Nous travaillons avec nos plumes, nos couleurs et notre passion.

Nous écrivons avec l’espoir du lendemain, avec cette conviction que demain il fera jour et que le soleil reviendra. Nous continuons à croire en toutes les possibilités dont sont capables la poésie et le slam dans ce monde.

Interview réalisée par James Mutuba