Débat sur le changement constitutionnel : lorsque que la position de la CENCO énerve la majorité et enchante l’opposition

Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO
Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO

Après l'Église du Christ au Congo (ECC), qui a affiché sa neutralité sur le débat houleux du changement de constitution, d’après des observateurs , c’était le tour de la  Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), de dévoiler sa position, qui est à la base d’un nouveau climat de crispation de la classe politique congolaise. 

Samedi, à l’issue de son assemblée extraordinaire, qui a duré trois jours à son siège de Kinshasa, la CENCO a livré une position sans équivoque sur ce débat passionnant : pas de «nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la constitution ».

 Monseigneur Donatien Nshole, qui lisait cette déclaration devant la presse, a dénoncé une manœuvre visant à « offrir un autre cycle de mandat à l’actuel président de la République ».

 “Nous sommes un pays laïc. La CENCO c’est quoi, ça sert à quoi ?”

Le soir même de ce samedi-là, l'UDPS a fait une réaction musclée sur le point de vue de la CENCO au sujet de son projet affiché de changer la loi fondamentale de 2006. Dans un ton méprisant, Augustin Kabuya, Secrétaire général du parti au pouvoir, a brandi une copie de la déclaration des prélats catholiques, qu’il a par la suite jetée en direction de ses militants qui, à leur tour, l’ont déchirée. 

«Nous sommes un pays laïc», lance-t-il, avant de s’interroger : la CENCO d’abord  c’est quoi ?  Ça c’est leur point de vue… Ça sert à quoi, la CENCO ? ».

Dans un ton levé, Augustin Kabuya a qualifié les pères de l'Église catholique des corrompus, estimant moins sérieuse leur entente avec les opposants, qu’il a traités «d’aventuriers».

 «Nous demandons donc à M. Tshisekedi et à ses partisans d’écouter la voix de la raison»

Si la majorité a rejeté en bloc l’avis de la CENCO, l’opposition, elle, l’a accueilli avec ses deux bras. Dans un message sur X, l’opposant Martin Fayulu a comparé la position de l'Église catholique avec celle de l'Église du Christ au Congo, et y a trouvé une convergence de vue: «…les deux principales Églises du pays se sont prononcées contre un changement de la Constitution». 

«Nous demandons donc à M. Tshisekedi et à ses partisans d’écouter la voix de la raison. Personne n’a jamais vaincu son propre peuple. Les événements historiques, anciens comme récents, en témoignent éloquemment», insiste le Président de l'ECIdé. 

«[ je félicite] félicite les Princes de l’Église pour leur constance dans la défense de l’ordre constitutionnel»

L’ancien président intérimaire de l'UDPS devenu opposant, Jean-Marc Kabund, a lui aussi soutenu la position la CENCO, dont il a  salué «la constance dans la défense de l’ordre constitutionnel». Il en a, par ailleurs, souligné un engagement «en faveur de la préservation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, de la paix et du vivre-ensemble», lequel constitue «un repère essentiel pour notre nation en ces temps décisifs pour la République démocratique du Congo», a-t-il écrit sur X. 

À en croire Delly Sesanga, l’un des ténors de la coalition C64 de l’opposition, la CENCO a fait bien de rappeler ce qu’il a qualifié de «vérité fondamentale» : «lorsque la Nation est en péril, on ne change pas les règles du pacte républicain. On défend la patrie». Sur le réseau social X, le président d'Envol a estimé que toucher au Pacte constitutionnel dans un contexte marqué par l’instabilité, c’est plomber davantage le pays dans «une crise politique à une crise sécuritaire déjà existentielle pour la République, qui lutte pour sa survie».

Malgré ces voix qui s’élèvent, le schéma pour le changement de constitution se dessine de fil en aiguille. Lundi 15 juin dernier, L’Assemblée nationale et le Sénat sont parvenus, in extremis avant la clôture de la session parlementaire, à un accord sur le texte final de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum en République démocratique du Congo. Le document doit être transmis au chef de l’État pour promulgation.

Pour faire barrage à ce train de changement de constitution déjà en marche, l'opposition a annoncé une troisième action, après la journée ville morte du 3 et le sit-in réprimé du 12 juin dernier. C'est une marche qui va mobiliser l'ensemble du territoire national, afin d'exiger la démission du président Tshisekedi, qu'elle accuse de trahir son serment constitutionnel, prêté à deux reprises ( janvier 2019 et janvier 2024). À Kinshasa, le point de chute de cette manifestation qui s'annonce chaud bouillante sera le palais de la nation, le Bureau de Félix Tshisekedi, situé dans la commune de la Gombe.

Samyr LUKOMBO