Haut-Katanga : à Lubumbashi, les communautés impactées réclament une plus grande place dans la gouvernance des ressources naturelles

Photo d'illustration
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Alors que la 21ᵉ édition de la DRC Mining Week réunit investisseurs, décideurs et acteurs de l'industrie minière autour des perspectives de croissance du secteur extractif, les communautés affectées par l'exploitation minière ont, elles aussi, fait entendre leur voix. Réunies ce jeudi à Lubumbashi dans le cadre d'une matinée d'échanges organisée en marge de l'événement, elles ont plaidé pour une participation accrue aux décisions relatives à la gestion des ressources naturelles et aux retombées du secteur minier.

Organisée par le Centre Carter, Justicia ASBL et la coalition Maadini Ya Maendelo avec l'appui financier d'Alert International, cette rencontre a rassemblé des représentants des communautés locales, des organisations de la société civile, des entreprises minières ainsi que plusieurs experts autour des enjeux de gouvernance minière, de développement communautaire et de formalisation de l'exploitation artisanale.

Une plateforme pour porter la voix des communautés

Pour les organisateurs, cette initiative visait à offrir un espace d'expression aux populations vivant dans les zones minières, souvent absentes des grandes discussions consacrées à l'avenir du secteur.

Selon Timothée Mbuya, directeur exécutif de Justicia ASBL, cette rencontre constitue une forme d'« Alternative Mining Week », permettant de compléter les débats officiels de la DRC Mining Week par le point de vue des communautés directement concernées par l'exploitation des ressources naturelles.

« Cette matinée est une Alternative Mining Week. Elle regroupe principalement les organisations de la société civile et les communautés qui donnent un autre aperçu sur l'exploitation des ressources minières, un aperçu différent de celui des entreprises. Ce sont les communautés qui s'expriment sur la manière dont les minerais sont gérés », a-t-il expliqué.

L'objectif était de favoriser un dialogue inclusif sur les mécanismes de gouvernance du secteur extractif et d'évaluer les bénéfices réels que tirent les populations locales de l'exploitation minière.

Un bilan mitigé du développement dans les zones minières

Intervenant au cours des travaux, Fabien Mayani, représentant du Centre Carter, a indiqué que les échanges ont permis aux communautés et à la société civile d'évaluer l'état de mise en œuvre des dispositions légales relatives au développement des zones minières.

Selon lui, les résultats observés sur le terrain restent contrastés malgré l'existence de plusieurs mécanismes destinés à améliorer les conditions de vie des populations concernées.

« La session d'aujourd'hui a permis aux communautés, à la société civile, d'exprimer leurs voix autour des problématiques liées au secteur minier. Cette session a abordé la question du développement dans les zones minières. Les communautés et la société civile ont fait une évaluation de l'état de mise en œuvre des dispositions en rapport avec le développement dans les zones minières. Le bilan est mitigé parce que les dispositions ne sont pas totalement mises en œuvre », a-t-il déclaré.

Il a également insisté sur la nécessité d'accélérer la formalisation de l'exploitation minière artisanale afin de mieux encadrer les milliers de creuseurs qui dépendent de cette activité pour leur subsistance.

« Sur l'artisanat minier, il faut parvenir à formaliser cela à travers un processus en cours d'élaboration de la stratégie nationale de formalisation de l'artisanat minier », a ajouté Fabien Mayani.

Redevances minières, fonds de développement et cahiers des charges au cœur des discussions

Plusieurs panels ont été consacrés aux mécanismes de redistribution des revenus miniers et aux outils censés favoriser le développement local.

Les échanges ont notamment porté sur la gestion de la redevance minière, le fonds de développement communautaire de 0,3 %, les cahiers des charges conclus entre les entreprises minières et les communautés ainsi que les défis liés à leur mise en œuvre effective.

Timothée Mbuya a indiqué que les participants ont partagé leurs expériences et formulé plusieurs recommandations visant à renforcer la transparence et l'efficacité de ces mécanismes.

« Il y a eu plusieurs panels dont ceux qui ont parlé de la gouvernance minière dans son aspect de gestion des revenus, notamment le 0,3 %, la redevance minière et les cahiers des charges. Les communautés ont donné leur point de vue. Il y a eu aussi un panel qui a parlé de l'expérience de l'exploitation minière artisanale avec des innovations qui ont été faites dans la partie Est du pays », a-t-il précisé.

L'expérience de l'Est du pays mise en avant

Parmi les interventions remarquées figure celle de Christophe Court, représentant d'Alert International, qui a partagé les enseignements tirés de plusieurs initiatives menées dans l'Est de la République démocratique du Congo en matière de formalisation de l'exploitation minière artisanale.

Son exposé a permis de mettre en lumière certaines pratiques et innovations développées dans les provinces orientales du pays pour améliorer la traçabilité des minerais, renforcer la sécurité des exploitants artisanaux et favoriser une meilleure intégration des communautés dans la gouvernance du secteur.

Les participants ont estimé que ces expériences pourraient inspirer d'autres régions minières de la RDC confrontées aux mêmes défis de gouvernance, de développement local et de gestion durable des ressources.

Les communautés réclament une participation plus active

Au terme des échanges, un constat s'est dégagé : les communautés souhaitent être davantage associées aux discussions et aux décisions qui concernent l'exploitation des ressources naturelles présentes sur leurs terres.

Pour les représentants communautaires, une gouvernance minière efficace ne peut être atteinte sans un dialogue permanent entre les entreprises minières, les autorités publiques et les populations locales.

« Le premier résultat, c'est que les communautés voudraient faire entendre leur point de vue par rapport à l'exploitation des ressources minières. Aussi, l'on doit intégrer davantage les communautés dans les discussions qui portent sur l'amélioration de la gouvernance minière afin qu'il y ait finalement un dialogue harmonieux entre les entreprises, les communautés et l'État », a insisté Timothée Mbuya.

Vers une gouvernance plus participative

Dans un contexte où la RDC occupe une position stratégique dans l'approvisionnement mondial en minerais critiques indispensables à la transition énergétique, les organisateurs ont rappelé que la croissance du secteur minier ne pourra être durable que si elle profite réellement aux populations vivant dans les zones d'exploitation.

Cette matinée d'échanges aura ainsi permis de rappeler qu'au-delà des performances économiques et des investissements annoncés, les questions de gouvernance, de droits humains, de développement communautaire et de formalisation de l'artisanat minier demeurent au cœur des préoccupations des communautés locales, qui réclament désormais une place plus importante dans la gestion des ressources naturelles dont dépend l'avenir du pays.