Motion de défiance contre J. Shabani : pour André Mbata, l’USN ne s’oppose pas au contrôle parlementaire mais fustige des étapes brûlées en optant pour l'option la plus extrême

André Mbata
André Mbata

La plateforme politique du Président de la République, Félix Tshisekedi, l’Union sacrée de la Nation (USN), incarnée dans les institutions par la majorité parlementaire, est secouée par une motion de défiance du député national Laddy Yangotikala Senga visant le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières. Cette initiative dénonce une " gestion inefficace " de la situation sécuritaire dans le pays, marquée par la recrudescence d’actes criminels, notamment à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes.

Selon Laddy Yangotikala Senga, élu de la ville de Kisangani, dans la province de la Tshopo, et membre du groupe parlementaire Bâtissons le Congo, cette insécurité persistante révèle des failles dans la coordination des services ainsi qu’une incapacité des autorités à répondre aux attentes de la population. Bien qu’il ait réuni les signatures nécessaires pour déposer cette motion au bureau de l’Assemblée nationale, et qu’il justifie sa démarche par le souci de défendre les intérêts de la population congolaise, cette démarche est contestée par les hautes instances de l’Union sacrée de la Nation.

Pour le député national André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, l’initiative des élus motionnaires ne cadre pas avec la discipline voulue au sein de la famille politique de Félix Tshisekedi. S’appuyant sur l’exemple des vieilles démocraties, il estime que, même dans ces systèmes, les élus appartenant à une même formation politique ne cherchent pas à faire déchoir leurs représentants au sein du gouvernement central.

"Vous savez, comme Secrétaire permanent, nous avons quand même demandé à nos amis que ce n'était pas celà le bon côté de l'histoire, nous sommes en démocratie mais il y a partout dans le monde, il y a des familles politiques, regardez même en France, vous ne verrez pas un député de Renaissance la plateforme qui soutient le Président Emmanuel Macron entrain de faire une motion de défiance ou de censure contre le gouvernement de Macron lui-même ? Non, les partis sont organisés, ce sont des faits privés mais chaque parti est organisé, nous sommes aujourd'hui dans le cadre de l'Union sacrée de la nation, l'Union sacrée de la nation, ce n'est pas une comédie du tout, la haute Autorité l'a voulu et c'est une réalité vivante", a déclaré André Mbata au cours d'une conférence de presse animée ce jeudi 16 avril 2026 au Secrétariat permanent de l'Union sacrée de la nation. 

L’élu de Dimbelenge, dans la province du Kasaï Central , rappelle que la Constitution de la RDC encadre convenablement le processus de contrôle parlementaire au sein des organes délibérants. Selon lui, ses collègues ont brûlé plusieurs étapes et ont préféré recourir directement à la motion de défiance, considérée comme un ultime recours, comparable à une "peine de mort" dans le domaine judiciaire.

"Notre Constitution a bien organisé ce qu'on appelle le contrôle parlementaire, il existe des questions orales, questions écrites, il existe même des commissions d'enquête et la motion de défiance c'est le sommet, le dernier niveau parce-quil vise le départ d'un membre du gouvernement mais avant d'en arriver là au dernier niveau qu'on peut considérer comme la peine capitale dans le domaine de la justice, il y a d'autres mesures de contrôle, la question orale avec débat qu'on l'invite au Parlement pour s'expliquer sur ce qui se passe, il y a moyen de faire aussi une enquête en allant auprès de ses services mais brûler toutes ces étapes ici en allant toucher directement au dernier niveau qui est la motion de défiance là ce n'est pas une bonne chose", a fait remarquer André Mbata, Secrétaire permanent de l'Union sacrée.

Abondant dans le même sens, André Mbata estime que la question devrait être examinée d’abord au sein de la coalition au pouvoir avant d’être portée directement à l’Assemblée nationale. Il souligne que le recours à la motion de défiance ne devrait intervenir qu’en dernier ressort, après l’épuisement de toutes les autres voies possibles.

"Nous sommes une famille politique, une famille politique organisée, il fallait commencer même au niveau de l'Union sacrée avec le Secrétaire Permanent, il fallait venir d'abord au niveau du Secrétariat permanent, pour me demander de parler avec le chef de l'État, haute Autorité politique qu'il y a un ça ne va pas avec votre Ministre de l'intérieur et à mon niveau je peux aussi inviter pour eux le VPM, Ministre de l'Intérieur pour les expliquer la situation, avant d'arriver au niveau où ils sont arrivés comme famille politique il fallait suivre  cette procédure, nous ne sommes pas contre le contrôle parlementaire", a affirmé André Mbata lors de son intervention. 

Et de poursuivre :

"Nous disons que nous sommes une famille politique, la motion de défiance c'est comme le sommet, avant la motion, il existe des étapes : la question orale pour se justifier et que tout le monde suivra, en venant au Parlement comme les plénières sont publique c'est l'ensemble du peuple congolais qui va le suivre avec ses réponses, il doit d'abord se justifier devant le peuple congolais pas seulement pour être entendu, si les choses ne passent pas correctement là au moins ils peuvent envisager un niveau supérieur telle que la motion de défiance, c'est comme que les choses se passent mais tout ça rien ne fait".

Au cours de cet échange avec la presse, André Mbata a relevé que certains élus ont fustigé la présence de leurs signatures dans la motion sans leur consentement. Selon lui, ces irrégularités sur la forme portent atteinte à la crédibilité de cette initiative de contrôle parlementaire.

"Dans cette motion là, j'ai vu certains collègues dire que la signature contenue dans la motion n'est pas la sienne, et elle a retiré sa signature, le peuple doit être également au courant de cette situation, avec ça dites moi comment donner du crédit à une telle démarche d'autant plus qu'il y a déjà un faux dans le processus, ce n'est pas correct et ce n'est pas une bonne chose, même sur le plan de la forme avec une fausse signature ça ne marche pas comme ça, nous sommes une famille politique conduite par le Chef de l'État Félix Tshisekedi, il doit exister la discipline, nous avons signé tous l'acte de loyauté et fidélité à la haute autorité et sans la discipline nous n'irons pas de l'avant", a-t-il souligné lors de son intervention. 

À la suite de sa démarche, le député national Laddy Yangotikala Senga fait face à ce que beaucoup qualifient de représailles. Il vient d’être suspendu temporairement au sein du regroupement politique auquel il appartient, à savoir Dynamique Agissons et Bâtissons, qui s’est par ailleurs désolidarisé de son initiative parlementaire.

Cette formation politique, dirigée par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, reproche à l’élu de la ville de Kisangani d’avoir « dérogé à la règle de solidarité » de l’Union sacrée de la Nation, plateforme politique du président de la République, Félix Tshisekedi.

Néanmoins, l’élu de Kisangani dit en avoir pris acte avec fair-play, tout en restant jusqu’au-boutiste dans sa démarche de contrôle du gouvernement, laquelle constitue l’une des missions essentielles reconnues aux députés nationaux par la Constitution en vigueur.

Le député national Laddy Yangotikala Senga, initiateur de la motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a par ailleurs annoncé son retrait temporaire de ses fonctions politiques au sein de son parti. Objectif : se consacrer pleinement à la procédure parlementaire en cours.

Clément Muamba