Très active dans la recherche de la résolution de la crise en cours, la France a exprimé sa vive préoccupation face à la poursuite de la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire dans la région des Grands Lacs, et particulièrement dans l’Est de la République démocratique du Congo, marquée par la poursuite de violents combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, aux forces gouvernementales.
Prenant la parole lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, Jay Dharmadhikari, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies et chargé d’affaires a.i., a interpellé les différents protagonistes sur la nécessité d’honorer les engagements pris dans le cadre des initiatives de paix en cours, précisant qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise actuelle.
"La reprise des discussions doit se traduire en des engagements concrets des parties sur le cessez-le-feu et la situation humanitaire. Nous serons attentifs à ce que les parties s’engagent de bonne foi pour concrétiser un cessez-le-feu effectif, vérifiable et permanent et pour conclure le protocole humanitaire. Nous devons aussi intensifier les efforts pour reprendre les vols humanitaires via l’aéroport de Goma, selon l’engagement pris à Paris le 30 octobre 2025 et à la suite du vol réalisé par la Cheffe adjointe de la MONUSCO, Mme Vivian van De Perre, le 12 février dernier. L’illusion d’une issue militaire doit céder le pas à une solution politique pérenne" a déclaré mercredi 15 avril 2026 Jay Dharmadhikari, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies et chargé d’affaires a.i.
Et de poursuivre :
"Celle-ci passera par la cessation de tous les discours de haine mettant en péril la sécurité des civils et par des avancées sur le dialogue inter-congolais. Nous saluons à ce titre les consultations initiées par l’Angola".
Pour lui, il faudra continuer de soutenir les efforts des médiateurs. La France réitère son plein soutien à l’engagement de l’Union africaine, à la médiation togolaise, ainsi qu’aux efforts des États-Unis et du Qatar, qui facilitent en ce moment la reprise des discussions en Suisse.
Le diplomate français précise que la résolution 2773, adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité, fixe le cadre d’action de ces efforts conjugués. Elle demande au M23 de cesser son offensive, aux Forces rwandaises de défense de se retirer du territoire congolais, et à la RDC de neutraliser les FDLR.
"Ce Conseil doit veiller à ce que les parties respectent leurs obligations et leurs engagements, et les mettent en œuvre sans délai. L’action des médiateurs s’inscrit en résonance avec celle des Nations unies. Outre sa fonction prioritaire de protection des civils, le mandat de la MONUSCO a été approfondi pour appuyer les efforts de paix et contribuer à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent. La mission doit pouvoir exercer son mandat sans entrave. L’Envoyé spécial pour les Grands Lacs œuvre à encourager la coopération régionale, en matière de rapatriement des combattants étrangers ou de gestion transparente des ressources naturelles", a indiqué le diplomate français lors de son intervention.
Par ailleurs, Jay Dharmadhikari, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies et chargé d’affaires a.i., a rappelé la nécessité et l’urgence de respecter l’intégrité territoriale de la RDC et sa souveraineté. Il a invité le Conseil de sécurité de l’ONU à s’impliquer davantage pour appuyer les efforts de paix et tenir responsables ceux qui alimentent la déstabilisation de la région.
"Je souhaiterais rappeler deux évidences pour conclure : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale congolaise est non-négociable. Il faut lutter contre l’impunité des violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et en tenir leurs auteurs responsables. Ce Conseil doit rester impliqué pour appuyer les efforts de paix et tenir responsables ceux qui alimentent la déstabilisation de la région", a-t-il plaidé lors de son intervention.
Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions durables.
Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’État du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement, malgré la reprise d’un nouveau round de discussions entre les parties, cette fois-ci en Suisse, à la suite de la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient. Cette branche de médiation vise à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés.
Parallèlement à ces initiatives et co-présidée par la France et le Togo, la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, tenue à Paris le 30 octobre 2025, a mobilisé plus de 1,5 milliard d’euros pour l’Est de la RDC. Elle a réuni 70 délégations afin de répondre à l’urgence humanitaire et de soutenir la médiation diplomatique.
La réunion visait à fournir une aide vitale à des millions de déplacés, notamment des médicaments et une assistance alimentaire, face à l’insécurité alimentaire touchant 28 millions de personnes. Des corridors humanitaires sécurisés ont également été évoqués, notamment la réouverture de l’aéroport de Goma pour faciliter l’acheminement de l’aide. Si le financement a été mobilisé, la réouverture de l’aéroport de Goma n’est pas encore pleinement opérationnelle.
Clément MUAMBA