Est de la RDC : Huang Xia alerte sur le fossé entre engagements politiques et réalité sécuritaire

Réunon du conseil de sécurité de l'Onu
Réunon du conseil de sécurité de l'Onu

L’Envoyé spécial des Nations Unies pour la région des Grands Lacs d’Afrique, Huang Xia, a, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, dressé un tableau d’une situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) qui continue de se détériorer, malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de cette crise.

Dans son exposé mercredi 15 avril 2026 à New York, aux États-Unis d’Amérique, Huang Xia a pointé du doigt l’érosion de la confiance entre les acteurs de la région, laquelle entrave la concrétisation des engagements politiques. Il a rappelé à l’ONU qu’il s’agit d’un défi collectif à relever en vue d’aboutir à la résolution de la crise sécuritaire actuelle, marquée par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23.

"J’aurais souhaité être porteur de bonnes nouvelles sur l’état de la crise qui secoue toujours l’Est de la République démocratique du Congo et la région. Hélas, ce n’est pas le cas. En effet, depuis mon exposé en octobre dernier, si la région a connu une intensification notable des initiatives diplomatiques, la situation sécuritaire et humanitaire s’est détériorée de façon préoccupante. L’érosion continue de la confiance entre les acteurs de la région explique en partie le fossé persistant entre les engagements politiques et la réalité sur le terrain. Ce décalage demeure aujourd’hui notre principal défi collectif à relever", a déclaré d'entrée de jeu l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la région des Grands Lacs d’Afrique, Huang Xia.

Pour appuyer son argumentaire, il a rappelé que ces initiatives diplomatiques comprennent notamment la signature des Accords de Washington le 4 décembre 2025 et la reprise des négociations à Washington les 17 et 18 mars, après la prise temporaire d’Uvira, au Sud-Kivu, par le groupe armé M23 en décembre ; l’établissement du mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, ainsi que l’adoption des termes de référence du mécanisme conjoint de vérification élargi Plus à Doha ; la reprise, cette semaine, des pourparlers de Doha entre les représentants du gouvernement de la RDC et ceux de l’AFC/M23, cofacilités par le Qatar et les États-Unis ; et, au niveau continental, les efforts africains intensifiés autour du médiateur de l’Union africaine.

Malgré ces efforts, il note que les violences ont pris une dimension nouvelle, marquée par l’utilisation croissante de technologies militaires avancées : attaques de drones, brouillage et spoofing GPS, bombardements. Il évoque, à titre illustratif, la mort tragique d’une employée du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) le 11 mars à Goma, dans la province du Nord-Kivu.

"Il est regrettable que les engagements pris dans les processus de Washington et de Doha ne soient pas encore entièrement traduits en actions suffisantes sur le terrain. Le risque d’un glissement vers une confrontation régionale reste tangible. Ce Conseil ne peut se permettre de voir se reproduire un cycle de violence qui s’enlise depuis trop longtemps. La mise en œuvre intégrale des résolutions 2773 et 2808 est urgente. Dans ce contexte, l’appui de ce Conseil est indispensable pour exiger des parties et des acteurs concernés des avancées concrètes", a-t-il interpellé lors de son intervention devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Face à ce tableau, ce diplomate onusien estime que la priorité immédiate est l’instauration d’un cessez-le-feu effectif, vérifiable et pleinement respecté. Dans son exposé, il a souligné que sa crédibilité dépend de l’opérationnalisation complète du mécanisme de surveillance et du mécanisme de vérification, dont les fonctions de suivi, de vérification et de rapport sont essentielles dans l’objectif de rétablir une dynamique de désescalade.

"La priorité immédiate est l’instauration d’un cessez-le-feu effectif, vérifiable et pleinement respecté. Sa crédibilité dépend de l’opérationnalisation complète du mécanisme de surveillance et du MCVE+, dont les fonctions de surveillance, de vérification et de rapport sont essentielles pour établir une dynamique de désescalade. La reprise des négociations entre la RDC et l’AFC/M23 constitue une opportunité importante visant à mieux définir les modalités d’une coopération opérationnelle effective des parties en vue du plein respect du cessez-le-feu. Il est essentiel que les membres du Conseil redoublent d’efforts auprès des parties afin d’obtenir l’ouverture et la sécurisation de corridors humanitaires garantissant un accès sûr, rapide et sans entrave aux populations en détresse", a martelé l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la région des Grands Lacs d’Afrique, Huang Xia.

Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris, alimentant une méfiance persistante et des tensions durables.

Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’État du Qatar entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, connaissent également un net ralentissement, malgré la reprise d’un nouveau round de discussions entre les parties, cette fois-ci en Suisse, à la suite de la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient. Cette branche de médiation vise à compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever, tant au niveau national qu’international, appelant les différents protagonistes au respect des engagements pris dans le cadre des initiatives de paix. L’objectif de ces appels est de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques constatées sur le papier.

Clément MUAMBA