RDC–États-Unis : l’accueil de migrants expulsés suscite débat dans les rues de Kinshasa

Boulevard du 30 juin à Kinshasa
Boulevard du 30 juin à Kinshasa

L’annonce puis l’arrivée à Kinshasa d’un groupe de migrants venus d’Amérique latine et expulsés des États-Unis ce vendredi 17 avril fait réagir différentes couches de la population congolaise. Entre inquiétudes et incompréhensions sur cette décision du gouvernement congolais, les kinois ont des avis différents. Ils ont réagi au micro baladeur de ACTUALITE.CD 

Gradi Abolambay, entrepreneur, s’interroge sur la pertinence et la priorité de cette décision. 

« En me plaçant d’abord dans l’optique du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, on peut comprendre que cette décision s’inscrit dans une logique stratégique. Elle viserait à renforcer les relations entre la RDC et les États-Unis, comme un geste de coopération sur le plan international », a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : 

« Mais sur le plan personnel, je me demande si c’était une priorité. La situation sociale en RDC, surtout à Kinshasa, reste difficile, avec des familles sans logement et des enfants livrés à eux-mêmes. Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur notre capacité à accueillir des migrants étrangers alors que les besoins de la population locale ne sont pas encore pleinement satisfaits ».

D’un autre point de vue, Yann Kitungwa, avocat, estime que ce type d’accord pouvait être bénéfique s’il était bien négocié, notamment en présence de financements importants. 

« Ce choix pose trois problèmes majeurs : un problème de principe lié à la souveraineté, car le pays gère des personnes dont il n’est pas juridiquement responsable ; un problème interne, parce que cela demande beaucoup de moyens dans un contexte déjà difficile, avec des risques d’injustice et de tensions sociales ; et enfin un problème d’image, car la RDC peut être perçue à l’international comme un pays d’accueil pour des expulsés, ce qui peut affecter sa crédibilité diplomatique », a-t-il expliqué.

Jean-Claude Nyembo, père de famille, a fait un retour dans l’histoire en expliquant que la RDC avait déjà connu une situation similaire dans le passé.

« C’est un peu pour cela que nous avons déjà connu des problèmes dans le passé avec certains de nos frères rwandais venus en RDC, accueillis par esprit d’hospitalité et de solidarité africaine, mais dont la situation a eu des conséquences que nous connaissons encore aujourd’hui. Je me demande si nous ne risquons pas de revivre la même chose avec l’arrivée de personnes venues du Pérou, de Colombie ou du Mexique, dont certaines seraient liées à des réseaux de trafic de drogue. La question est donc de savoir si nous ne répétons pas les erreurs du passé. Il est donc important d’être plus prudent face à cette situation », a-t-il rajouté.

Kinshasa a reçu ce vendredi 17 avril un premier groupe d’une quinzaine de migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre d’un accord entre Washington et la RDC. Il s’agit de personnes venues d’Amérique latine, notamment de Colombie, d’Équateur et du Pérou, qui ont été conduites dans un centre d’accueil à Bibwa pour y être prises en charge.

Les autorités congolaises ont précisé que cet accord ne prévoit pas leur installation définitive en RDC, mais plutôt un séjour temporaire encadré sur les plans administratif, sécuritaire et humanitaire, tout en laissant au pays le contrôle des décisions concernant leur statut ou leur retour.

Lina Muyumba, stagiaire UCC