RDC : de 200 à 38 000 hommes, quotas par village, enrôlement forcé de mineurs, comment le M23 a bâti une armée en cinq ans

Les rebelles du M23 à Goma
Les rebelles du M23 à Goma

Le M23 a mené une expansion militaire sans précédent depuis son retour en novembre 2021, faisant passer ses effectifs de quelque 200 combattants à cette date à près de 38 000 hommes début 2026, selon un rapport publié en avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l'Université de New York.

Ce chiffre de 38 000, avancé par des diplomates en début d'année 2026, englobe l'Armée révolutionnaire du Congo (ARC), aile militaire du mouvement, la Police révolutionnaire congolaise (PRC) et les milices locales d'autodéfense. Au début 2025, les estimations diplomatiques et onusiennes faisaient état d'au moins 5 000 combattants actifs déployés. Le mouvement affirme avoir fait diplômer 16 000 commandos supplémentaires de ses camps d'entraînement en septembre et octobre 2025, dont une grande partie était composée de soldats des FARDC et de combattants Wazalendo capturés lors de la prise de Goma. En février 2026, 7 500 combattants supplémentaires auraient achevé leur formation. Ces chiffres n'ont pas été confirmés de manière indépendante.

Le recrutement s'est opéré en plusieurs vagues distinctes. Les premières recrues, à partir de 2021, étaient majoritairement des Tutsi congolais du Nord-Kivu, dont beaucoup avaient grandi dans des camps de réfugiés au Rwanda. Selon le ministère rwandais en charge de la gestion des urgences (MINEMA), environ 82 000 réfugiés congolais se trouvent au Rwanda, en majorité issus de la communauté tutsi ayant fui après 1994. Le recrutement dans ces camps, notamment à Mahama, Gisagara, Kizimba et Gihembe, a été conduit principalement par des officiers des Forces de défense rwandaises (RDF) via de fausses promesses de rémunération ou d'emploi, selon le Groupe d'experts des Nations unies cité par le rapport.

Le M23 a ensuite élargi son recrutement aux communautés locales des territoires de Rutshuru et Masisi, à majorité hutu. Des réunions locales ont été organisées par des commandants, avec des quotas imposés par foyer ou par village, et le recours à des autorités locales pour mobiliser des recrues. Le non-respect de ces quotas a conduit à des enlèvements et des enrôlements forcés, y compris de mineurs.

Pour la première fois depuis le début des rébellions soutenues par le Rwanda en RDC, un recrutement a été organisé au sein de la diaspora tutsi congolaise à l'étranger. Selon le Groupe d'experts des Nations unies, des jeunes Congolais résidant en Belgique, en Pologne, au Royaume-Uni, en Norvège et en Allemagne ont participé à des formations du M23. Certains ont ensuite été chargés de retourner dans leurs pays de résidence pour recruter d'autres jeunes. Des enfants âgés d'à peine douze ans ont été recrutés dans des camps de réfugiés au Rwanda et conduits à pied jusqu'au camp d'entraînement du M23 à Tchanzu, en RDC.

Après la chute de Goma et Bukavu début 2025, une nouvelle vague de mobilisation a intégré entre 600 et 800 Congolais anciennement membres des RDF. La formation militaire est placée sous la responsabilité du colonel Léon Kanyamibwa, secondé par le colonel Moïse Byinshi et le capitaine Ernest Sebagenzi. Des officiers des RDF et de l'armée ougandaise (UPDF) ont été signalés comme participant à ces sessions de formation.

Le rapport souligne que malgré cette croissance rapide, la majorité des combatants du M23 sont peu entraînés et ont un moral fragile. Environ 2 000 soldats congolais et combattants Wazalendo capturés à Goma ont été transférés au camp militaire de Rumangabo pour être reconvertis en combatants du M23. Le Groupe d'experts des Nations unies a documenté en décembre 2025 des taux élevés de désertion, des punitions inhumaines et des exécutions sommaires dans les camps d'entraînement de Rumangabo et Tchanzu pour contraindre les recrues à l'obéissance.