Quand le soleil du Sikó s’éteint : hommage à Patche Di Rima

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Patche Di Rima

Le 28 février 2026, la musique bissau-guinéenne et africaine ont perdu l’une de leurs voix les plus emblématiques. Le chanteur Patche Di Rima s’est éteint à Bamako, au Mali, à l’âge de 77 ans. Artiste profondément attaché à ses racines, il laisse derrière lui une carrière riche, marquée par un engagement constant pour la promotion de la culture africaine et de la Guinée-Bissau en particulier.

Considéré comme l’une des figures majeures de la scène musicale de son pays, Patche Di Rima a consacré plus de deux décennies à faire rayonner les sonorités traditionnelles bissau-guinéennes sur la scène internationale. Sa musique, à la croisée du gumbé, de la tina, du singa, mais aussi du jazz, de la kizomba, de l’afrobeat et du hip-hop, témoignait d’une volonté constante de dialogue entre tradition et modernité.

Né en Guinée-Bissau, Patche Di Rima entame sa carrière musicale à Bissau au début des années 2000. Il fait d’abord ses armes dans le rap, avant de trouver progressivement sa voie dans une musique plus enracinée dans les rythmes traditionnels de son pays. Il intègre ensuite plusieurs formations musicales, notamment les groupes Solo Crioulo et Mantambeza, où il acquiert une expérience scénique et une reconnaissance croissante du public.

Ce parcours le conduit finalement à se lancer en solo, une étape décisive qui lui permet d’affirmer un style singulier qu’il baptise lui-même « Sikó ». Dans ses compositions, il mêle diverses influences musicales et linguistiques, chantant en créole bissau-guinéen mais aussi dans plusieurs langues et dialectes du pays, notamment le pépel, le manjaco, le peul, le mandinga et le sussu. Une démarche qui participe à faire de lui un véritable ambassadeur culturel.

« Je suis Guinéen et c’est dans la musique traditionnelle de mon pays que je me trouve, que je me connais, que je me définis », déclarait-il. Pour l’artiste, la musique constituait avant tout un moyen de transmettre et de valoriser l’identité culturelle de la Guinée-Bissau.

Au fil des années, il construit une discographie qui témoigne de cette ambition artistique. Parmi ses albums figurent notamment Genial Amor, Maratona de Amor, Rendez-vous de Siko, Di mi pa nha djintis, ainsi que Célébration, paru en 2024. Son œuvre s’est également enrichie de nombreuses participations à des compilations internationales.

Le parcours du musicien est aussi marqué par des expériences à l’étranger. Installé un temps au Portugal, puis en Irlande du Nord, il poursuit sa carrière musicale tout en élargissant ses horizons artistiques. En 2016, il sort notamment le titre « Catchupé », qui contribue à renforcer sa visibilité auprès d’un public international.

Patche Di Rima a également enrichi sa formation musicale à Cuba, où il approfondit sa maîtrise de la salsa afro-cubaine. Cette influence se retrouve dans plusieurs de ses créations, où il expérimente des fusions musicales audacieuses, mêlant rythmes caribéens et sonorités africaines.

Au-delà de sa carrière d’interprète, il s’investit également dans la production musicale. Il participe notamment à la production de plusieurs projets musicaux et s’implique dans le développement d’initiatives visant à promouvoir la musique bissau-guinéenne.

En 2017, après plusieurs années passées en Europe, il choisit de revenir en Guinée-Bissau avec l’ambition de contribuer au développement de l’industrie musicale locale. Il fonde son propre label et une agence artistique, avec l’objectif de soutenir la création musicale et de favoriser la diffusion des artistes du pays.

L’artiste s’est également distingué par son engagement citoyen. En 2018, il compose le thème Paz pa Guinea-Bissau, présenté au siège des Nations unies à l’occasion de la Journée internationale de la paix. À travers sa musique et ses prises de parole, il plaide régulièrement pour la paix, le respect des droits humains et la lutte contre les inégalités.

Très impliqué dans des initiatives sociales, il milite en faveur d’une citoyenneté active et s’engage particulièrement pour la défense des droits des femmes et des enfants. Pour lui, la musique devait être un instrument de dialogue, de sensibilisation et de transformation sociale.

Ambassadeur culturel du tourisme de la Guinée-Bissau, Patche Di Rima portait également l’image d’un pays qu’il souhaitait montrer sous un jour différent. « Montrer que l’Afrique est bien plus que ce qui se dit et s’écrit », répétait-il souvent.

Sa disparition laisse un vide important dans le paysage musical bissau-guinéen et africain. Avec Patche Di Rima, c’est une voix qui s’éteint, mais aussi un héritage culturel qui continue de résonner bien au-delà des frontières de la Guinée-Bissau. Une carrière qui, comme un soleil, continuera longtemps d’éclairer la mémoire musicale africaine.

James Mutuba