Sous la direction de l’eurodéputée Hilde Vautmans, de nationalité belge et présidente de la délégation du Parlement européen auprès de l’Assemblée parlementaire Afrique-UE, la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, ainsi que les efforts de médiation internationale, ont occupé une place de choix jeudi 12 mars 2026 lors d’une réunion tenue au Parlement européen à Strasbourg (France), dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités entre la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda et les forces gouvernementales dans l’Est du pays.
Outre les eurodéputés présents comme intervenants, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la diaspora de la République démocratique du Congo, ainsi que M. Johan Borgstam, représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs, ont également pris part aux travaux par visioconférence. La séance a débuté par une minute de silence en hommage à une humanitaire française travaillant pour l’UNICEF, récemment décédée dans l’exercice de ses fonctions à la suite des frappes de drones ayant visé la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
Une alerte diplomatique forte de Kinshasa
Dans son intervention, la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a rappelé l’ampleur du drame humanitaire qui frappe la RDC depuis plus de deux décennies. Elle a souligné que le conflit qui ravage l’Est du pays aurait déjà causé plus de six millions de morts, faisant de cette crise l’une des plus meurtrières depuis la Seconde Guerre mondiale.
La ministre Thérèse Kayikwamba a également dénoncé les violations répétées des accords de paix et appelé la communauté internationale à sortir de l’inaction face à l’escalade des violences. Elle a notamment plaidé pour une mobilisation internationale plus forte, combinant pressions diplomatiques, médiations régionales sous l’égide de l’Union africaine et engagement concret des partenaires internationaux.
L’Union européenne interpellée
Très attachée à la question de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo sur la scène internationale, et plus particulièrement dans l’espace européen, l’ASBL Front Uni pour la RDC, déjà présente à plusieurs reprises au Parlement européen à Strasbourg dans le cadre de sa diplomatie citoyenne, s’est appuyée sur cette intervention pour réitérer les alertes qu’elle avait déjà portées il y a quelques mois lors d’échanges avec plusieurs députés européens, dont Hilde Vautmans, Wouter Beke et Elio Di Rupo.
L’organisation interpelle une nouvelle fois les institutions européennes sur la gravité de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC, marquée notamment, selon elle, par l’agression du pays par le Rwanda et par les exactions commises sur le terrain par ses supplétifs armés, l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23).
Selon Dr Audrey Mundine, présidente du Front Uni pour la RDC, les propos de la ministre congolaise confirment l’urgence d’une réaction politique forte de la part de l’Union européenne.
« L’intervention de la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner rappelle avec force que la RDC fait face à l’une des plus graves crises humanitaires de notre époque. Pourtant, l’Union européenne tarde toujours à adopter des mesures fortes à la hauteur de la tragédie qui se déroule à l’Est du Congo », a fait savoir dans une déclaration Dr Audrey Mundine.
Un appel à des décisions concrètes
Pour la présidente du Front Uni pour la RDC, l’Union européenne doit désormais passer des déclarations de principe à des décisions concrètes.
« L’Union européenne a su agir rapidement et avec fermeté dans d’autres crises internationales. Mais lorsqu’il s’agit de la RDC, les réponses restent timides, alors même que les populations civiles continuent de payer le prix le plus lourd », souligne-t-elle.
S’appuyant sur l’alerte diplomatique lancée par Thérèse Kayikwamba Wagner, l’ASBL Front Uni pour la RDC appelle les institutions européennes à adopter une position plus claire et plus cohérente en faveur : de la paix et de la sécurité dans la région des Grands Lacs ; du respect de l’intégrité territoriale de la RDC et de mesures concrètes contre les acteurs impliqués dans la déstabilisation de l’Est du pays, notamment les groupes armés soutenus par le Rwanda.
Pour Dr Audrey Mundine, la crédibilité internationale de l’Europe est également en jeu.
« La crédibilité de l’Union européenne en matière de défense du droit international et des droits humains se joue aussi dans sa capacité à agir face à la tragédie congolaise » a-t-elle prévenu
Ces interpellations des représentants de la République démocratique du Congo à l’endroit de l’Union européenne en général, et du Parlement européen en particulier, interviennent dans un contexte prolongé d’intensification des violences et des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon Kinshasa, aux forces gouvernementales sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette situation aggrave davantage le contexte sécuritaire et humanitaire, alors même que la communauté internationale fait face à une pénurie de financements pour l’aide humanitaire, mettant en danger la vie des populations civiles.
Face à cette situation, les appels se multiplient en faveur d’un cessez-le-feu entre les parties, afin de donner une chance aux processus politiques, notamment au dialogue, en vue de régler la crise sécuritaire en cours. Toutefois, la situation ne change guère sur le terrain, où chaque partie accuse l’autre d’être à l’origine des violations du cessez-le-feu. La situation semble même s’être aggravée ces derniers mois avec l’usage de drones. La rébellion de l’AFC/M23 accuse Kinshasa d’utiliser ces engins contre des populations civiles dans des zones densément peuplées, des allégations que le gouvernement congolais rejette.
Sur le plan diplomatique, le statu quo persiste également. Le processus de Washington prend en charge la crise entre Kinshasa et Kigali, tandis que celui de Doha se concentre sur la crise entre Kinshasa et l’AFC/M23. Malgré certaines avancées enregistrées sur le papier, ces initiatives peinent à produire les résultats escomptés sur le terrain, ce qui alimente la méfiance entre les parties et favorise la reprise des hostilités sur plusieurs fronts dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA