Cinéma : « Fights Like a Girl » un film qui célèbre la résilience des femmes congolaises 

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L'équipe du film "Fight like a girl" lors de la présentation à la presse de Kinshasa

Près de trois décennies déjà depuis que l’Est de la République Démocratique du Congo est confronté à des conflits armés récurrents, marqués par un recours massif aux violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) comme arme de guerre. Ces violences détruisent non seulement les corps, les familles et l’économie locale, mais affectent également l’imaginaire collectif et la confiance dans l’avenir.

Parallèlement aux efforts de paix, de justice et de réparation, les récits mettant en avant la force et la dignité des femmes restent encore trop peu visibles, alors même qu’ils sont essentiels pour reconstruire le lien entre les territoires affectés, la capitale et le reste du monde. C’est dans ce contexte qu’a été réalisé le long-métrage « Fight Like a Girl » (en français Combattez comme une fille), tourné à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, avec une équipe congolaise, sud-africaine et américaine.

Le film raconte le parcours d’une femme survivante qui, grâce à la boxe et à un coach visionnaire, transforme la peur, la honte et la violence en force, dignité et leadership. Il sort à un moment stratégique : après sa première prévue au Royaume-Uni fin avril 2026, le film sera disponible sur les plateformes internationales (Amazon, Apple) en mai prochain.

Un moment fort de mémoire, d’émotion, de dialogue et d’engagement autour des femmes de l’Est de la RDC

L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse tenue samedi 7 mars à Kinshasa, soit la veille du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Selon les organisateurs et les acteurs impliqués, le film vise à créer un moment fort de mémoire, d’émotion, de dialogue et d’engagement autour des femmes de l’Est de la RDC, permettant de faire émerger des alliances, des projets et des soutiens en faveur de la résilience et de la reconstruction.

"L'histoire derrière ce film, il s'agit d'un club de Boxe créé pour les femmes et particulièrement pour leur reconstruction après avoir été victime du conflit à l'Est de la République Démocratique du Congo, ce sport était pour ces femmes à moyen de retrouver leur dignité, leur confiance et il se fait qu'au cours des entraînements, de détermination, l'une de ses boxeuses est devenue très forte et revenue au pays pour participer au Championnat au niveau national en RDC", a expliqué Matthew Leutwyler, réalisateur du film lors de sa prise de parole.

Un nouveau récit sur les filles et les femmes issues des zones de conflit 

De son côté, Amamkele Lithemba Qamata, actrice principale, est revenue sur la particularité de ce film. Selon elle, Fight Like a Girl propose un nouveau récit sur les filles et les femmes issues des zones de conflit, en montrant qu’elles ne peuvent pas toujours être perçues uniquement sous un prisme négatif, et qu’elles ont également la capacité de se reconstruire et de se réinsérer dans la société.

"Nous essayons de transmettre au public à travers ce film, c'est juste le message de l'autonomisation de la femme après être humiliée, parfois même dépouillée de sa dignité.  Ce film renvoie un message d'autonomisation de la femme et que malgré les affres de la guerre subies par la femme, elle a su se relever et à assurer son autonomisation. En plus de cet aspect concernant l'autonomisation, l'histoire derrière ce film raconte le parcours ou le quotidien des filles, généralement les gens, la perception selon laquelle quelqu'un qui vient d'une zone de conflit armé, ces gens là sont mal perçus dans la soirée et ce film est entrain de dépeindre ce quotidien et faire voir qu'au-delà du conflit, et de tout ce qu'on peut subir dans un conflit, on a une vie qu'on doit continuer, la jeune fille qui tombe amoureuse et mène sa vie librement", a-t-elle fait savoir dans son intervention.

Participation massive des acteurs affectés par le conflit

À en croire Amamkele Lithemba Qamata, une autre particularité de ce film réside dans son caractère profondément africain et congolais. Le long-métrage se limite à montrer des réalités vécues dans l’Est du pays, en proie à des conflits depuis de nombreuses années. L’actrice principale a également souligné la participation massive de Congolais, y compris de véritables acteurs ayant eux-mêmes été confrontés aux affres de la guerre et du conflit.

"Aujourd'hui, dans le monde actuel, l'industrie cinématographique est trop occidentalisé, l'idée est également de visibiliser encore le Cinéma africain. Généralement, il arrive quand il y a une histoire à raconter, des faits réels à raconter, on engage, on contacte souvent des acteurs partout pour participer dans le film mais ici particulièrement il y a ceux qui jouent dans ce film ce sont les mêmes personnes qui ont vécues ces violences, toutes ces situations négatives, et le film est tourné à Goma sur place, sur le lieu où les violences ont eu lieu. Il y a une très forte participation des congolais dans le film", a-t-elle rassuré.

Produit par KG28Media, le projet bénéficie de la collaboration du studio créatif congolais Sighted Design et de la structure panafricaine Afrika360, impliquée dans la diffusion et la mobilisation de partenaires autour du film. Au-delà du projet cinématographique, les promoteurs ont également lancé l’initiative « Congo Résilience », née de la volonté de ne pas limiter ce film à une simple œuvre de cinéma, mais de l’utiliser comme levier pour : mettre en lumière la résilience des femmes de l’Est, nourrir un dialogue entre Kinshasa, l’Est et les partenaires internationaux, et créer un cadre structuré de collaboration autour du film, de futurs contenus (comme une docu-série) et de leur intégration dans des programmes existants.

Dignité et la résilience des femmes touchées par les conflits à l'honneur

Présent lors de cette activité et impliqué dans le projet, le député national Serge Bahati Maygende, élu de la circonscription de Kabare dans la province du Sud-Kivu, a expliqué son soutien à ce projet. Selon lui, il met en lumière la dignité et la résilience des femmes touchées par les conflits et promeut un nouveau récit sur les filles issues des zones en conflit.

"C'est un récit utile, un récit qui parle de la femme et de sa résilience mais surtout qu'il la met au centre de la question en rapport avec sa dignité, son courage et sa capacité à se relever nonobstant les difficultés que traverse notre pays. Fight Like a Girl est un projet qui nous permet de penser à chose importante l'Est de la République Démocratique du Congo ne doit pas toujours être raconter à travers la peur, la destruction et la guerre mais au contraire elle peut être raconter à travers la résilience, la force humaine et la capacité à rester debout et dans ce contexte la femme a une place centrale", a fait savoir le député national Serge Bahati.

Et de poursuivre :

"J'accompagne ce projet parce-qu'il nous permet aussi de rappeler l'importance du narratif. Tout ce que l'on présente, tout ce que l'on montre et tout ce qu'on met en lumière permet d'influencer la façon dont nous observons nos blessures mais surtout comment on appréhende notre force. Ce projet nous permet de rappeler l'importance de garder à l'esprit la situation à l'Est de notre pays tout en rappelant que derrière les discours, les statistiques, la crise, il y a des vies, des visages et des femmes, familles, des trajectoires qui méritent d'être entendues à leur juste titre".

À travers ce projet, les promoteurs souhaitent contribuer à la mobilisation politique, diplomatique, médiatique et financière autour de la résilience des femmes et des mécanismes de reconstruction  incluant la prévention, la protection, la réparation et la réintégration en s’appuyant sur le récit du film et sur une dynamique d’engagement multi-acteurs.

Concernant les objectifs spécifiques, ils visent notamment à : Mener un plaidoyer positif : mettre en avant la résilience et le leadership des survivantes, et renforcer l’engagement en faveur de solutions durables ;

Mobilisation diplomatique : fédérer ambassades et partenaires internationaux autour d’initiatives soutenant la reconstruction des femmes et des communautés affectées.

Clément MUAMBA