Dans la ville minière de Kolwezi, au cœur de la province du Lualaba, plusieurs communautés riveraines d’un site d’exploitation du cuivre et du cobalt tirent la sonnette d’alarme. Selon un rapport publié ce vendredi 13 mars 2026 par l’Initiative Bonne Gouvernance et Droits Humains (IBGDH), des habitants des cellules Dilungu, Bel-Air et Jacques Masengo, situées dans le quartier Biashara dans la commune de Dilala, subiraient les effets négatifs des activités de l’entreprise minière Ruashi Mining.
Cette enquête a été menée par l’IBGDH, organisation de la société civile basée à Kolwezi, en collaboration avec certains médias locaux. Elle s’est intéressée aux conditions de vie des populations vivant à proximité du site industriel exploité par Ruashi Mining, filiale du groupe Metorex appartenant au groupe chinois Jinchuan.
Des nuisances dénoncées par les habitants
Dans ces trois cellules du quartier Biashara, les habitants évoquent un environnement de plus en plus difficile à vivre. Selon les témoignages recueillis dans le rapport, les populations parlent de pollutions multiples liées aux activités minières : pollution de l’air, de l’eau et du sol, mais aussi nuisances sonores.
Les riverains rapportent également des effets sur la santé. Certains habitants évoquent des problèmes respiratoires, des épisodes de toux persistante, des saignements nasaux ou encore des irritations cutanées. D’autres mentionnent la dégradation rapide de certaines toitures ou des odeurs jugées incommodantes dans le quartier.
Pour les auteurs de l’étude, ces situations seraient liées aux activités industrielles d’exploitation et de traitement du cuivre et du cobalt dans la zone.
Des analyses environnementales préoccupantes
Le rapport fait également état d’analyses scientifiques réalisées sur différents échantillons d’eau et de végétaux dans la zone. Selon ces résultats, certaines concentrations de métaux lourds — notamment le cadmium — observées dans l’eau des puits et dans les eaux de pluie dépasseraient les valeurs guides recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2017.
Les chercheurs indiquent aussi avoir détecté des traces de métaux dans plusieurs plantes analysées dans la zone étudiée, avec des concentrations variables selon les espèces. Pour les auteurs du rapport, ces niveaux pourraient représenter un risque pour la santé publique si l’exposition se poursuit.
Une question de gouvernance environnementale
Pour l’IBGDH, ces constats soulèvent la question du respect des normes environnementales et sociales dans les zones d’exploitation minière. L’organisation estime que les communautés concernées ont souvent des difficultés à faire entendre leurs préoccupations, notamment face aux entreprises minières ou aux autorités publiques. Le rapport souligne également que le cadre légal existe en République démocratique du Congo pour encadrer les activités minières. Le Code minier révisé en 2018 prévoit notamment plusieurs obligations environnementales pour les entreprises, dont la réalisation d’une étude d’impact environnemental et social (EIES) ainsi qu’un plan de gestion environnementale et sociale (PGES) avant le démarrage de tout projet. Ce texte a également introduit le certificat environnemental comme condition pour l’obtention d’un permis d’exploitation et renforcé la collaboration entre l’Agence congolaise de l’environnement et les services chargés de la protection environnementale.
Un contexte minier stratégique
La province du Lualaba, située dans la ceinture cupro-cobaltifère de la RDC, constitue l’un des principaux bassins miniers du pays. Elle concentrerait environ 70 % des réserves mondiales connues de cobalt, un minerai stratégique utilisé notamment dans la fabrication de batteries pour la transition énergétique mondiale.
Cependant, l’exploitation de ces ressources a régulièrement soulevé des préoccupations liées à ses impacts sociaux et environnementaux sur les communautés locales.
Des recommandations adressées aux autorités et aux entreprises
À l’issue de son enquête, l’IBGDH formule plusieurs recommandations à l’attention des autorités congolaises et des acteurs impliqués dans la chaîne de valeur du cuivre et du cobalt. L’organisation appelle notamment le gouvernement central, la Première ministre Judith Suminwa et les autorités provinciales du Lualaba à renforcer les mécanismes de contrôle des activités minières et à mettre en place des études épidémiologiques régulières dans la ville de Kolwezi. Elle recommande également l’instauration de zones interdites aux activités minières afin d’éloigner les populations des sites d’exploitation, ainsi que la mise en place de mesures conservatoires pour réduire les nuisances environnementales signalées dans le quartier Biashara.
De son côté, l’entreprise Ruashi Mining est invitée à prendre des mesures correctives et réparatrices pour limiter les impacts environnementaux et sanitaires, ainsi qu’à impliquer davantage les communautés locales dans les études d’impact environnemental et social. Enfin, les organisations de la société civile impliquées dans l’étude affirment vouloir poursuivre leur plaidoyer en faveur d’une exploitation minière « socialement responsable », qui tienne compte à la fois des impératifs économiques et de la protection des populations vivant à proximité des sites miniers.
José Mukendi