En République démocratique du Congo, le projet REDD+ mis en œuvre dans la province du Maï-Ndombe continue de susciter des discussions autour de la rentabilité et de la gestion des crédits carbone générés par la réduction de la déforestation. Au cœur du dispositif figure le Contrat d’Achat et de Vente de Réductions des Émissions (CAVRE/ERPA) conclu entre le gouvernement congolais et la Banque mondiale, qui prévoit un paiement basé sur les résultats obtenus dans la lutte contre les émissions liées à la déforestation.
Signé dans le cadre du programme REDD+ et soutenu par le Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF), cet accord prévoit l’achat par la Banque mondiale de 2,2 millions de tonnes de réductions d’émissions de carbone par an pendant cinq ans, soit un financement total pouvant atteindre 55 millions de dollars. L’initiative vise à récompenser les performances environnementales de la province tout en finançant des activités de développement durable pour les communautés locales, sous la coordination de l’Unité de Coordination du Programme d’Investissement pour la Forêt (UC-PIF).
Une mission de supervision conduite en mars 2026 évalue actuellement les progrès du programme et l’utilisation des fonds générés par les premières réductions d’émissions vérifiées.
Pour le professeur Jean-Robert Bwangoy, administrateur général de la société Era Congo spécialisée dans le marché du carbone, le projet ERPA ne doit pas être perçu comme une initiative isolée de l’UC-PIF mais comme un mécanisme national de valorisation des efforts de réduction des émissions.
« Le projet ERPA n'est pas le projet de l’UC-PIF. C'est l'accord d'achat et vente d'émission de carbone. C'est un projet qui appartient d'abord au gouvernement national et ensuite au gouvernement provincial. L'objectif était de monétiser à l'échelle de la province les émissions de carbone. Nous avons travaillé pendant au moins sept ans pour arriver à ça. La Banque mondiale et le Fonds de partenariat carbone n'ayant pas de fonds supplémentaires à déterminer pour chaque pays, il y aura achat de 2,2 millions de tonnes de réduction d'émissions par an au prix de 5 dollars pour cinq ans », explique-t-il.
Selon lui, les premières réductions d’émissions réalisées entre 2019 et 2024 ont déjà fait l’objet d’une vérification partielle couvrant les deux premières années du programme. Les crédits correspondants ont été transférés à la Banque mondiale, ouvrant la voie au paiement prévu par l’accord.
Le professeur Bwangoy estime également que les critiques portant sur le prix d’achat du carbone doivent être replacés dans le contexte du marché au moment de la signature du contrat.
« Le prix ne fâche pas parce que lorsque nous avons signé ce contrat, le crédit carbone se vendait à 2 dollars la tonne. Nous-mêmes, nous avons vendu à 2,50 dollars ou 3,65 dollars en moyenne pendant que la Banque mondiale proposait 5 dollars. C'était donc le meilleur prix de l'époque. Le prix est monté jusqu'à 15 dollars mais aujourd'hui il a rechuté. Je suis en contacts avec des acheteurs mais je n'ai pas encore vu un seul qui propose 30 dollars », affirme-t-il.
Au-delà du débat sur le prix, l’expert souligne que le système de comptabilisation utilisé dans le cadre du mécanisme juridictionnel impose de calculer les réductions d’émissions à l’échelle de toute la province. Cette approche peut conduire à écarter certains crédits générés localement si le volume total validé pour la province est inférieur.
« Notre projet ne peut pas vendre plus de crédits carbone que la totalité de la vérification de la province. Lorsque nous faisions une vérification avec Era en 2019, nous avions plus de six millions de tonnes. Mais avec la méthodologie de la Banque mondiale, la province dans son ensemble a obtenu six millions de tonnes et nous avons dû abandonner les crédits au-delà de ce plafond. C'est le prix à payer pour que le crédit soit juridictionnel », explique-t-il.
Pour le professeur Bwangoy, la priorité ne doit pas être la renégociation du contrat avec la Banque mondiale, mais plutôt l’amélioration des performances environnementales sur le terrain.
« Ce que nous devons faire aujourd'hui, c'est identifier les sources des émissions et chercher comment les réduire davantage afin d’augmenter la réduction de carbone dans l'ensemble de la province. On ne peut pas blâmer la Banque mondiale alors que dans nos territoires certaines pratiques continuent d’augmenter les émissions », conclut-il.
Le programme REDD+ du Maï-Ndombe constitue l’un des projets climatiques les plus ambitieux de la RDC. Dans un pays qui abrite une grande partie du bassin du Congo — deuxième massif forestier tropical de la planète — sa réussite est considérée comme stratégique pour la lutte mondiale contre le changement climatique et pour la création de nouvelles sources de revenus liées au marché du carbone.