La situation des droits humains continue de susciter de vives inquiétudes dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Dans un communiqué publié ce mardi 28 avril à Beni, l’organisation de la société civile « Badilika » (Changer Ndlr, en swahili) dresse un tableau alarmant des conditions de détention à la prison centrale de Rutshuru, connue sous le nom de Kanyangavi, et met en cause la rébellion de l'AFC/M23 qui contrôle la zone.
D’après ce rapport, identifié sous le numéro 005/BSG-BENI/2026, plus de 80 jeunes sont actuellement incarcérés dans cet établissement dans des conditions jugées extrêmement dégradantes. L’organisation évoque notamment des actes de torture, une insalubrité critique, un accès très limité à la nourriture, l’absence de soins médicaux adéquats, ainsi que l’interdiction des visites familiales.
D'après ce rapport, plusieurs détenus sont atteints de maladies graves, notamment des diarrhées aiguës et des infections cutanées, sans prise en charge appropriée. Le document fait également état d’au moins huit décès survenus en détention, ce qui renforce les inquiétudes quant au respect du droit à la vie.
Badilika pointe du doigt l’administration territoriale actuelle, dirigée par Ephrem Izabayo Kabasha depuis sa nomination le 16 mars 2026 par le mouvement rebelle, qu’elle accuse d’avoir contribué à une détérioration marquée de la situation sécuritaire et humanitaire dans la région. Selon l’organisation, des atteintes répétées aux libertés fondamentales, notamment le droit à la vie, à l’intégrité physique, à la liberté d’expression et de mouvement sont régulièrement signalées.
Le rapport documente également plusieurs cas d’enlèvements de civils, d’intimidations et de menaces visant en particulier les jeunes, les membres de la société civile ainsi que les acteurs humanitaires, souvent accusés sans preuves de collusion avec des groupes armés.
Entre le 16 mars et le 26 avril 2026, au moins 20 jeunes ont été arrêtés dans le groupement de Bukoma sur ordre des autorités locales d'après ce rapport. Ils sont soupçonnés d’appartenir à des groupes armés opérant dans le parc des Virunga.
Par ailleurs, l’organisation affirme que certains civils sont contraints de rejoindre les rangs de l'AFC/M23 pour échapper aux violences, avant d’être envoyés dans des centres d’entraînement situés à Runyonyi et Chanzu. Des exécutions sommaires de recrues jugées indisciplinées y ont également été signalées.
Sur le plan socio-économique, Badilika dénonce une pression fiscale accrue, aggravant les conditions de vie déjà précaires des populations locales. Les organisations humanitaires et les acteurs de la société civile sont également soumis à des restrictions, notamment des interrogatoires, des menaces et la confiscation de leur matériel de travail, révèle ce document.
Face à ces multiples dérives, l’organisation appelle les responsables de l'AFC/M23 à cesser immédiatement les arrestations arbitraires, les actes de torture et les exécutions extrajudiciaires. Elle exige également un accès urgent aux soins pour les détenus ainsi que l’ouverture des lieux de détention aux observateurs indépendants.
Enfin, Badilika invite le gouvernement congolais à renforcer ses actions diplomatiques, politiques et sécuritaires afin de rétablir son autorité dans la région. Elle appelle également la communauté internationale à intensifier la surveillance des violations des droits humains dans le territoire de Rutshuru.
L’organisation conclut en insistant sur la nécessité d’une réponse rapide, coordonnée et centrée sur la protection des civils afin d’éviter une aggravation de la crise humanitaire dans cette partie du Nord-Kivu.