Le gouvernement congolais a, dans un communiqué, salué la décision du Trésor américain, qui a pris jeudi des sanctions à l’encontre de Joseph Kabila, ancien chef de l’État congolais, dont il a révélé le rôle clé dans «l’instabilité» du pays via son soutien aux rebelles de l’AFC/M23.
Kinshasa se frotte les mains pour l’arrivée d’un acte qu’il considère d’«important» en faveur notamment de la lutte contre l’impunité, et de la responsabilisation de tous ceux qui attisent le feu de la déstabilisation « persistante» de la RDC.
« Elle [cette décision] revêt également une portée opérationnelle en ce qu’elle restreint les capacités de mobilisation financière, de circulation d’avoirs et de soutien logistique susceptibles d’alimenter et de prolonger la guerre ainsi que d’autres entreprises de déstabilisation », note le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, dans un communiqué.
Rappelant le sort de Kabila, condamné à mort fin octobre après un procès à la haute Cour militaire congolaise, le gouvernement souligne néanmoins que l’agression continue de l’armée rwandaise dans l’Est de la RDC, de mèche avec l’AFC/M23, ne cesse « de provoquer des pertes en vies humaines, des déplacements forcés de populations, des destructions considérables, des violations graves des droits humains ainsi qu’une crise humanitaire persistante ».
« Le Gouvernement de la RDC exprime sa reconnaissance à l'administration Trump pour cette décision qui s’inscrit dans le cadre des efforts pour le respect des engagements souscrits à travers les Accords de Washington », soutient Kinshasa, qui « encourage l’adoption de mesures dissuasives contre l’ensemble des auteurs, commanditaires, soutiens et complices de l’instabilité et l’insécurité dans la région des Grands Lacs », se réjouit Kinshasa.
Et d’ajouter : « aucun processus de paix crédible ne peut prospérer sur l’effacement des responsabilités établies, l’impunité et l’oubli des victimes. La paix durable exige la vérité, la justice, la réparation et la garantie de non-répétition ».
Selon le communiqué du Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), Kabila aurait apporté un soutien financier à l’AFC pour peser sur la situation politique dans l’est de la RDC, et encouragé des soldats des FARDC à déserter pour rejoindre les rangs de la rébellion. L’institution affirme également que Kabila a tenté, sans succès de lancer des attaques depuis l’étranger contre les FARDC dans l’est du pays, et qu’il a œuvré à l’installation d’un candidat opposé au président en exercice afin de regagner de l’influence sur le gouvernement congolais.
Par conséquent, tous les biens et intérêts de Kabila relevant de la juridiction américaine, ainsi que des entités détenues à 50% ou plus par lui, sont gelés. Les ressortissants américains ont l’interdiction de réaliser toute transaction avec lui, sauf licence générale ou spécifique de l’OFAC. Sinon, les concernés se verront exposés à des sanctions civiles ou pénales, y compris pour des personnes non américaines en cas de contournement.
Alors que Goma et Bukavu demeurent sous l’occupation des rebelles de l’AFC/M23 depuis janvier et février 2025, Joseph Kabila y avait séjourné entre avril et juin, où il avait mené des consultations de plusieurs couches de la société, dont des religieux, jeunes, femmes et chefs coutumiers. Il y avait également entretenu les rebelles, avec en tête l’ancien président de la CENI, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, respectivement coordonnateurs de l’AFC et du M23.
Le 30 septembre 2025, Kabila a été condamné par contumace à la peine capitale pour notamment trahison, participation à un mouvement insurrectionnel, crimes de guerre, atteinte à la sûreté de l'État, ainsi que pour des actes liés à l'appui apporté aux forces hostiles engagées contre la RDC.
Samyr LUKOMBO