Nord-Kivu : Kinshasa réaffirme l’urgence du rétablissement de l’autorité de l’État après un nouvel éboulement à Rubaya, ayant fait plus de 200 morts

Mines de Rubaya
Mines de Rubaya

À moins de deux mois d’intervalle, un nouvel éboulement s’est produit, mardi 3 mars, sur les sites miniers de Rubaya, en territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Selon le ministère des Mines, à la suite de pluies diluviennes exceptionnelles, ce glissement de terrain massif a englouti plusieurs galeries situées dans cette zone actuellement sous occupation de la rébellion AFC/M23, rendant particulièrement complexe toute intervention pour secourir les exploitants miniers coincés dans la boue.

D’après le communiqué signé par le professeur Michel Kaswa, directeur de cabinet du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, et rendu public dans la soirée du mercredi 4 mars, le bilan provisoire fait état de plus de 200 compatriotes ayant perdu la vie, d’environ 70 enfants mineurs parmi les victimes, ainsi que de nombreux blessés évacués vers les structures sanitaires de Goma. 

" Le Gouvernement de la République dénonce avec la plus grande fermeté les conditions d'exploitation précaires imposées aux populations civiles dans ces zones hors de contrôle de l'État. L'absence forcée du Service d'Assistance et d'Encadrement des Mines Artisanales et à Petite Échelle (SAEMAPE) et des services de régulation, du fait de l'agression, prive les artisans miniers de tout encadrement sécuritaire élémentaire ", déplore le ministère des Mines. 

Cette zone n’étant plus sous le contrôle du gouvernement de la République, mais de la rébellion de l’AFC/M23? appuyée par le Rwanda, le ministère des Mines rappelle que le gouvernement avait anticipé ces risques en prenant des mesures de protection juridique et sécuritaire.

Selon le ministère de tutelle, par l’Arrêté ministériel n° 00031/CAB.MIN/MINES/01/2025 du 12 février 2025, prorogé par l’Arrêté ministériel n° 00734/CAB.MIN/MINES/01/2025 du 3 novembre 2025, le site minier de Rubaya, initialement classé « vert », a été reclassé en zone rouge, conformément aux normes du Mécanisme régional de certification de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et au Guide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque.

Selon ce communiqué, ce statut interdit formellement toute extraction et commercialisation, signalant à la communauté internationale que les minerais issus de cette zone sont entachés de violations des droits humains, de travail forcé et de présence de groupes armés.

" Le Ministère des Mines, à travers sa division délocalisée à Beni, suit l'évolution des opérations de secours et s'associe aux appels des partenaires humanitaires en faveur d'une protection renforcée des enfants, ce drame rappelle l'urgence absolue du rétablissement de l'intégrité territoriale afin de mettre fin à l'exploitation illégale et dangereuse des ressources nationales, le Gouvernement s'engage à fournir des mises à jour régulières au fur et à mesure de l'identification des victimes ", rassure le ministère des Mines. 

Au début du mois de février dernier, au moins 226 personnes ont trouvé la mort dans un effondrement survenu à la mine de coltan de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Parmi les victimes figurent des mineurs artisanaux, des enfants et des commerçantes. La mine stratégique de Rubaya, dans le territoire de Masisi, province du Nord-Kivu, n’est plus sous le contrôle du gouvernement, mais de la rébellion AFC/M23.

Selon le communiqué émis depuis Kinshasa à la suite du drame de février, le gouvernement de la RDC s’était engagé à poursuivre la documentation de ces faits et à consolider les démarches appropriées devant les mécanismes juridictionnels compétents, afin que les responsabilités soient pleinement établies. Il réaffirme sa détermination à rétablir l’autorité de l’État et à mettre fin à toute exploitation illégale des ressources naturelles.

Tout en réaffirmant son engagement en faveur d’une paix durable, notamment à travers les accords de Washington et le processus de Doha, le gouvernement souligne que cet engagement ne saurait en aucun cas justifier l’impunité ni occulter les crimes et violations graves commis sur le territoire national. Le gouvernement appelle, enfin, la communauté internationale à prendre pleinement la mesure de ce drame, conséquence directe d’une occupation armée et d’un système organisé de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles de la République démocratique du Congo.

L’effondrement est survenu en pleine saison des pluies, période durant laquelle le sol devient particulièrement fragile. La terre a cédé alors que les victimes se trouvaient à l’intérieur des puits d’extraction. Ces drames à répétition rappellent une nouvelle fois l’urgence et la nécessité d’améliorer la gouvernance minière en République démocratique du Congo.

Clément MUAMBA