En République Démocratique du Congo, les fonctionnaires de l'État font face depuis un certain temps à des retards récurrents dans le paiement de leurs salaires mensuels. Les causes de ces retards sont commentées de diverses manières dans l’environnement sociopolitique et économique congolais.
Pour le député national et professeur à la faculté des sciences économiques, Gode Mpoy, la cause serait plus profonde que certains semblent le minimiser. Lors de ses récents passages dans certains médias locaux, il a affirmé que la question du taux de change se situe au cœur du problème, précisant que la masse salariale avait été calculée sur la base d’un dollar à environ 2 850 francs congolais. Avec l’appréciation du franc congolais, les recettes en dollars, une fois converties en monnaie locale, rapporteraient moins que prévu. Ce décalage créerait un manque à gagner qui compliquerait le paiement régulier des agents.
À l’issue d’une réunion conduite par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, le gouvernement a justifié ces retards par des ajustements techniques dans le système de paie. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a affirmé que le gouvernement dispose des moyens nécessaires et que tous les salaires seront payés, rejetant ainsi les allégations liées à des difficultés de trésorerie dans un contexte de dépenses croissantes, notamment celles liées à la sécurité et à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.
Intervenant comme invité au Conseil des ministres tenu le vendredi 20 février 2026, André Wameso, Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), a encouragé le gouvernement à fixer et percevoir les impôts et taxes en monnaie nationale. Il a également appelé à intensifier les efforts pour mobiliser davantage de ressources financières en interne.
"Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC) a réitéré ses recommandations pour notamment au gouvernement pour la perception des impôts, taxes et redevance en monnaie nationale uniquement afin de soutenir la demande du franc congolais et la poursuite des efforts visant la mobilisation des ressources intérieures", a recommandé une nouvelle fois André Wameso vendredi 20 février.
Passant en revue le développement de la conjoncture économique du pays, il a indiqué que le contexte économique intérieur est resté globalement stable, dans un environnement marqué par une inflation hebdomadaire contenue. En effet, poursuit le compte rendu de la réunion, la décélération du rythme de formation des prix a été constatée au cours de la deuxième semaine de février 2026. Le taux d’inflation hebdomadaire s’est fixé à 0,11 %, contre 0,15 % la semaine précédente, portant le cumul annuel à 1,27 %, contre 1,35 % à la même période en 2025. En glissement annuel, le taux d’inflation s’est établi à 2,18 %, contre 10,64 % à la période correspondante de 2025.
Sur le marché des changes, le gouverneur de la BCC, cité dans le compte rendu de la réunion, précise que le franc congolais s’est bien comporté, enregistrant de légères fluctuations sur le marché interbancaire et parallèle. En rythme hebdomadaire, les cours mondiaux des principaux produits de base intéressant l’économie congolaise se sont globalement bien comportés.
Pour l’année 2026, le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Congo (BCC) projette une évolution maîtrisée du rythme de formation des prix au cours des douze prochains mois, dans un contexte de stabilisation du taux de change et de maintien d’une croissance économique robuste. Selon le communiqué final, l’économie devrait bénéficier de l’évolution favorable des cours des métaux, notamment le cuivre et le cobalt, tout en continuant à subir les effets des tensions géopolitiques mondiales et des barrières tarifaires. Sur le plan national, une atténuation des conflits dans la partie Est du pays est envisagée, en lien avec les engagements pris par les différentes parties.
Au regard de ces perspectives, le Comité de politique monétaire a décidé de poursuivre l’assouplissement de la politique monétaire amorcé au dernier trimestre 2025. Ainsi, le taux directeur passe de 17,5 % à 15,0 %, soit une réduction de 250 points de base, tandis que le taux des facilités de prêt marginal passe de 21,5 % à 19,0 %. Les autres instruments de politique monétaire, notamment les coefficients de la réserve obligatoire, demeurent inchangés : 10,5 % pour les dépôts à vue et 0,0 % pour les dépôts à terme en monnaie nationale, ainsi que 11,5 % et 10,5 % respectivement pour les dépôts à vue et à terme en devises.
Par ailleurs, le Comité de politique monétaire réaffirme son engagement à assurer un suivi rigoureux de l’évolution de la conjoncture économique, tant interne qu’externe, ainsi que de la liquidité au sein de l’économie, et se tient prêt à ajuster ses instruments si les conditions l’exigent.
Clément MUAMBA