Minerais critiques et corridors: la RDC mentionnée dans une initiative stratégique américano-africaine

Cobalt brut dans une mine en RDC
Cobalt brut dans une mine en RDC

Les États-Unis ont plaidé lundi à Addis-Abeba pour accélérer la mise en œuvre de “corridors stratégiques” en Afrique, présentés comme un levier d’intégration économique et de compétitivité, à travers une nouvelle initiative lancée avec la Commission de l’Union africaine (UA), selon une intervention de Nick Checker, “Senior Bureau Official” au Bureau of African Affairs.

S’exprimant lors d’un événement du Corporate Council on Africa, M. Checker a estimé que ces corridors “ne sont pas seulement des projets d’infrastructure”, mais “l’épine dorsale” de l’intégration économique, de l’industrialisation et de la compétitivité du continent.

La table ronde du jour visait à passer “de la vision à la mise en œuvre” en alignant gouvernements, financeurs et entreprises afin de faire des corridors des “moteurs de croissance et de commerce”.

M. Checker a relié cette démarche à une “nouvelle initiative récemment lancée” avec la Commission de l’UA: le Strategic Infrastructure and Investment Working Group, présenté comme une plateforme combinant “les outils et ressources” américains avec la capacité de l’UA à rassembler les acteurs, afin de débloquer des projets “à fort impact et à fort rendement” pour le secteur privé américain, tout en répondant à des priorités de “sécurité nationale” et d’économie américaines, ainsi qu’aux objectifs de développement de l’UA dans le cadre de l’Agenda 2063.

“En clair”, a-t-il résumé, il s’agit de “transformer des priorités stratégiques en projets bancables” et de convertir des opportunités en “investissements achevés”.

Insistant sur ce qu’il a présenté comme une différence de méthode, le responsable américain a déclaré que les États-Unis et leurs partenaires au sein de l’UA étaient “désireux d’aller au-delà des discussions”, avec l’ambition d’obtenir des résultats: “identifier, prioriser et faire avancer des projets, des concepts jusqu’à l’achèvement, avec l’engagement du secteur privé à chaque étape”.

Selon lui, le groupe de travail se concentrera sur des projets “commercialement viables et bankables”, “stratégiquement importants” pour les États-Unis et les pays hôtes, “adaptés” à une mise en œuvre et à un financement par des entreprises américaines, et alignés à la fois sur l’Agenda 2063 et les priorités des gouvernements hôtes.

M. Checker a expliqué que, concrètement, les États-Unis travailleront avec l’UA pour identifier des projets prioritaires “vérifiés” et “prêts à l’investissement”, pour lesquels un appui politique conjoint États-Unis–UA pourrait contribuer à “réduire le risque”.

Une fois ces projets identifiés, le groupe de travail devra “coordonner les actions et mobiliser les ressources” au sein et au-delà des gouvernements afin de les faire avancer “à chaque étape”, de la préparation initiale au financement, à l’attribution et à la mise en œuvre, a-t-il ajouté.

Il a cité plusieurs leviers: la mise en relation des opportunités avec des entreprises américaines qualifiées, la mobilisation de financements d’institutions comme la DFC et EXIM, ainsi que des banques multilatérales de développement, et un appui à des réformes politiques et réglementaires, incluant l’harmonisation des règles et la réduction des barrières commerciales pour rendre l’investissement possible.

M. Checker a également mis en avant le rôle de l’Union africaine pour “résoudre les obstacles lorsqu’ils surgissent” et “maintenir les projets sur les rails”, en s’appuyant sur son pouvoir de convocation et son leadership politique.

Pour démarrer, il a dit viser un “proof of concept” sous la forme d’un projet pilote, transfrontalier, évoquant “possiblement” un cadre régional d’intégration économique et régionale RDC–Rwanda, qui servirait de premier projet “stratégiquement précieux”, avant une éventuelle extension du modèle à l’échelle du continent.

Les secteurs d’intérêt mentionnés sont les infrastructures et les projets liés aux chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, présentés comme des domaines où l’expertise américaine et les ressources africaines créent des “synergies naturelles”.

Selon M. Checker, ces projets doivent soutenir l’augmentation des exportations africaines, l’extension du commerce intra-africain et une croissance économique “qui bénéficie à tous”.

Le responsable américain a enfin appelé les participants à contribuer à la structuration du groupe de travail, en indiquant les projets nécessitant ce type de coordination, les barrières rencontrées, ce qui est attendu du mécanisme, et ce que le secteur privé peut apporter pour accélérer des projets “bankables”. “Vos contributions”, a-t-il dit, “informeront directement” la manière dont l’initiative sera structurée et les projets qui seront priorisés.