Un cessez-le-feu accepté par Kinshasa, accueilli avec réserve par l’AFC/M23
La République démocratique du Congo aborde ce mercredi 18 février 2026 à un moment charnière. À l’est, un nouveau cessez-le-feu proposé par l’Angola doit entrer en vigueur à midi, alors même que la rébellion de l’AFC/M23 exprime ses réserves et que les précédentes tentatives sont restées sans effet. En parallèle, l’Union européenne annonce une aide humanitaire de 81,2 millions d’euros pour la région des Grands Lacs, dont 68 millions destinés à la RDC, confrontée à l’une des crises les plus graves au monde. Sur le front social, la grève des médecins à Kinshasa, la situation alarmante des détenus à Bandundu, la reprise du réseau Vodacom à Walikale après un mois d’interruption et les expulsions de Congolais en Zambie illustrent un pays traversé par des tensions sécuritaires, humanitaires et institutionnelles. Autant de dossiers qui placent cette journée sous le signe de l’incertitude et de l’urgence.
La République démocratique du Congo a répondu favorablement à la proposition de l’Angola visant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 à partir de midi, ce mercredi 18 février 2026. Kinshasa affirme accepter cette initiative « dans un esprit de responsabilité, d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique ».
La rébellion, en revanche, s’est montrée hésitante. Interrogé le 13 février à Goma, à l’issue d’une réunion avec la MONUSCO, Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent de l’AFC/M23, a déclaré ne pas comprendre la démarche angolaise, soulignant que son mouvement n’avait pas été associé à la réunion ayant conduit à cette proposition. Il a réaffirmé l’attachement de son organisation au processus de Doha, sous l’égide du Qatar.
Plusieurs initiatives antérieures n’ont pas été appliquées : la trêve annoncée en février 2025 après l’occupation de Goma et Bukavu, le cessez-le-feu convenu entre mars et avril à Doha, puis un cessez-le-feu permanent conclu en juillet de la même année. Le mécanisme de surveillance et de vérification signé par la suite n’a pas été mis en œuvre, dans un contexte d’accusations mutuelles de violations.
Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a exprimé des doutes sur la durabilité du nouveau cessez-le-feu, estimant que de précédents engagements n’avaient pas tenu dans le temps.
La MONUSCO en appui, mais des limites rappelées
La résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies renouvelle pour un an le mandat de la MONUSCO avec un objectif révisé. La Mission se place en appui aux efforts de paix, notamment ceux de l’Union africaine, de la médiation togolaise, des organisations sous-régionales, des États-Unis et du Qatar.
La cheffe par intérim de la MONUSCO est arrivée à Goma dans le cadre des préparatifs liés au suivi et à la vérification du cessez-le-feu, après une interruption prolongée de l’accès aérien à la ville depuis janvier 2025. Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de paix, a affirmé que la Mission est prête à soutenir la mise en œuvre du cessez-le-feu, en commençant par Uvira.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé que la Mission « n’a pas la capacité d’imposer la paix », soulignant la responsabilité des parties.
La proposition angolaise fait suite à une rencontre à Luanda entre les présidents João Lourenço, Félix Tshisekedi et Faure Gnassingbé, ainsi que l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, facilitateur désigné par l’Union africaine. Elle s’inscrit dans une dynamique diplomatique amorcée lors d’une réunion de haut niveau à Lomé, le 17 janvier 2026.
81,2 millions d’euros d’aide européenne pour les Grands Lacs
Dans ce contexte d’escalade à l’est de la RDC, l’Union européenne a annoncé une enveloppe de 81,2 millions d’euros d’aide humanitaire pour la région des Grands Lacs. Sur ce montant, 68 millions d’euros sont destinés à la RDC, afin de financer l’aide alimentaire, les soins de santé et nutritionnels d’urgence, l’accès à l’eau, aux abris et aux services de protection.
Selon le communiqué de l’UE publié le 17 février 2026, 13,2 millions d’euros seront consacrés au soutien régional aux réfugiés et à la préparation aux catastrophes.
Plus de 21 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire en RDC, tandis que près de 28 millions souffrent d’insécurité alimentaire. Depuis la fin de l’année 2025, des dizaines de milliers de réfugiés congolais ont afflué vers le Burundi.
Visite européenne à la clinique Panzi de Kinshasa
La commissaire européenne Hadja Lahbib a visité le 17 février la clinique Panzi de Kinshasa, située dans la commune de Ngaliema. Elle y a rencontré des victimes de violences sexuelles et basées sur le genre, prises en charge gratuitement.
Selon les responsables de la clinique, 2 141 personnes ont bénéficié d’une prise en charge holistique depuis sa création le 12 mars 2020, dont 841 survivant.e.s de violences basées sur le genre. Le docteur Eddy Mugisho Maroy a précisé que 442 femmes présentant des pathologies gynécologiques opérables ont été prises en charge, 224 ont bénéficié d’une réparation chirurgicale et 218 restent en attente d’intervention.
La commissaire européenne a indiqué que l’Union européenne continuera à soutenir financièrement et psychologiquement la structure, notamment pour la réinsertion des femmes.
Reprise du réseau Vodacom à Walikale
Après près d’un mois d’interruption, le signal du réseau Vodacom a été rétabli dans plusieurs localités du territoire de Walikale, dans le Nord-Kivu, dans la nuit du 16 au 17 février 2026.
La reprise concerne notamment la région autour de Pinga et plusieurs axes routiers, dont Mubi-Losso, Mpofi-Mungazi-Kashebere, Ntoto-Buhimba et Itebero-Musenge-Hombo. Les services d’appels, de messagerie et de mobile money ont repris.
Durant la coupure, les habitants devaient parcourir plusieurs kilomètres pour communiquer ou effectuer des transactions.
Grève des médecins à Kinshasa
À l’issue d’une marche organisée le 17 février entre la Gare centrale et la Primature, les médecins membres du Syndicat libre des médecins (SYLIMED) ont annoncé un mouvement de grève.
Ils revendiquent la mécanisation et l’alignement de plus de 2 000 médecins sur la liste de paie, ainsi que des montées en grade. Ils dénoncent le recours au régime de paie complémentaire et les retards pouvant atteindre trois à quatre mois. Le SYLIMED prévoit une évaluation de la grève dans quinze jours.
Prison de Bandundu : absence de subventions alimentaires
À la prison centrale de Bandundu, dans la province du Kwilu, 371 détenus, dont cinq femmes et dix mineurs, sont confrontés à une absence de ration alimentaire depuis trois trimestres, faute de subventions.
Selon le vice-président du cadre de concertation de la société civile du Kwilu, les prisonniers dépendent des aides de particuliers et n’ont pas accès aux soins de santé. Il appelle à des mesures urgentes.
Arrestations et expulsions de Congolais en Zambie
À Ndola, en Zambie, une opération menée par le département de l’immigration a conduit à l’interpellation de plus de 80 ressortissants congolais soupçonnés de séjour irrégulier.
Selon les autorités zambiennes, 15 réfugiés congolais ont été relocalisés vers le camp de Meheba, 10 adultes et 26 mineurs ont été expulsés via le poste frontalier de Sakania, et cinq Congolais restent en détention.
Les autorités rappellent que tout étranger doit se conformer aux lois migratoires en vigueur.