À Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga, le rapport de la Commission interministérielle sur la pollution attribuée à l’entreprise minière CDM dans les quartiers Kasapa, Kamatete et Kamisepe, situés dans la commune Annexe, continue de susciter des réactions.
L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) dénonce des mesures qu’il estime limitées et inadaptées à l’ampleur des dommages environnementaux et sanitaires subis par les populations locales.
Il y a presque 3 mois, des rejets d’eaux usées acides contenant des métaux lourds provenant des installations de la société CDM ont affecté plusieurs quartiers riverains de la commune Annexe, dans la ville de Lubumbashi. Ces écoulements ont provoqué une contamination de l’environnement, exposant les habitants à des substances chimiques potentiellement dangereuses pour la santé humaine.
Face à la gravité de la situation, le gouvernement central avait mis en place une commission interministérielle chargée d’évaluer les dégâts, d’identifier les responsabilités et de proposer des mesures de réparation et d’indemnisation en faveur des communautés affectées.
Dans son rapport, la Commission interministérielle a recommandé plusieurs actions, notamment :
la réparation des dommages environnementaux causés par la pollution ;
l’indemnisation des populations affectées, la mise en œuvre de certaines mesures de dépollution, de pompage et de neutralisation des effluents toxiques ;
l’exécution de projets sociaux par l’entreprise CDM, en lien avec son cahier des charges. Ces mesures ont été validées par le gouvernement, qui considère avoir posé les bases d’une réponse institutionnelle à cet incident de pollution.
La réaction critique de l’IRDH
Pour le coordonnateur de l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), Hubert Tshiswaka Masoka, ces décisions « ont des difficultés à passer » auprès de son organisation. Il estime que les mesures arrêtées sont non seulement insuffisantes, mais également mal appliquées par la société CDM. Selon l’IRDH, les réparations prévues ne correspondent pas à l’ampleur réelle des dégâts.
« Les métaux lourds retrouvés dans les eaux acides charrient des perturbateurs endocriniens qui auront un impact sanitaire à long terme », alerte le coordonnateur Hubert Tshiswaka soulignant que les décisions gouvernementales se limitent à des indemnisations à court terme, sans mécanisme de suivi sanitaire durable.
L’organisation plaide pour la mise en place d’un dispositif de monitoring à long terme des maladies susceptibles de se développer au sein des communautés exposées, notamment les pathologies chroniques et cancérigènes liées aux substances chimiques identifiées.
Un désaccord sur le montant des réparations
L’IRDH révèle également un écart important entre les propositions de la société civile et la décision finale du gouvernement. Dans un mémorandum transmis aux autorités, l’institut avait recommandé une enveloppe de 100 millions de dollars américains destinée aux communautés locales.
Cette somme devait permettre, entre autres, la construction d’un grand centre de santé de référence, plus important que l’hôpital Sendwe, afin de prendre en charge les maladies graves susceptibles d’apparaître avec le temps.
« Le gouvernement n’a accordé que 6 millions de dollars. Pour nous, cela ne reflète ni la gravité de la pollution ni les risques sanitaires futurs », déplore l'IRDH.
Appel à une révision de la décision
Face à cette situation, l’IRDH annonce son intention de saisir le ministre de tutelle afin de demander une relecture de la décision gouvernementale. L’organisation invite les autorités à s’appuyer sur la jurisprudence internationale en matière de pollution industrielle, soulignant qu’il s’agit d’un des premiers cas traités officiellement en République démocratique du Congo.
Pour l’IRDH, il est essentiel de ne pas confondre les projets relevant du cahier des charges de la société minière CDM avec ceux spécifiquement liés à la réparation des dommages causés par la pollution, et d’exiger l’exécution intégrale des mesures recommandées par la Commission interministérielle.
José Mukendi