Ce mardi 27 janvier, lors de l’audience consacrée à la poursuite d’instruction au fond de l’affaire opposant le lieutenant-général Philémon Yav à l’auditeur général des FARDC, quatre généraux ont comparu en qualité des témoins.
Il s’agit du lieutenant-général Ndima Kongba Constant, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général-major Ekenge Bomusa Efomi Sylvain, ancien conseiller en communication du gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général de brigade Yangba Tene Dany, ancien conseiller chargé des opérations du gouverneur militaire du Nord-Kivu, ainsi que du général de brigade Mwehu Lumbu Evariste, ancien commandant du secteur opérationnel Sukola 2 Sud/Sud-Kivu. Ces renseignants ont été interrogés par les juges sur deux messages qui, selon l’auditeur général, sont à la base des accusations et de l’arrestation du général Philémon Yav Irung.
S’agissant du général Mwehu, il a été interrogé précisément sur sa conversation avec le prévenu Yav lors d’une rencontre à Goma, au cours de laquelle ce dernier aurait déclaré ce qui suit : "Toi, général Mwehu, tu es tout le temps au front. La victoire remportée va profiter à ces Bangala. Toi, on ne te verra pas". Une déclaration de nature à démobiliser les troupes, d’après le ministère public.
Dans sa déposition, le général Mwehu a reconnu ces propos, estimant que de tels messages, émanant de son supérieur hiérarchique, étaient de nature à décourager les militaires. Selon le ministère public, ces faits constitueraient l’infraction d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir ou à la discipline, tandis que le premier message rapporté par le feu général Peter Cirimwami relèverait de l’infraction de trahison, assimilée à une participation à un mouvement insurrectionnel.
"Votre honneur, c'est vrai, le Commandant troisième zone défense n'avait pas de Bureau à Goma, son Bureau était à Kisangani, il venait souvent lorsqu'il y a des audiences ou réunions opérationnelles et il était souvent logé à l'hôtel Serena et c'est là qu'on partait le voir. Je retournais en brousse et on m'apprend qu'il est Goma, je devais arriver le voir pour lui donner quelques rapports opérationnels. Juste quand je sortais, lui aussi, il sortait mais je ne sais pas s'il m'accompagnait, on était déjà dans la Cour de l'hôtel, on venait de nous entretenir et moi je partais. En arrivant au milieu de la Cour, il va introduire sa phrase-là ( Ndlr: message repris dans l'accusation) et moi je n'avais pas réagi et nous sommes passés à un autre sujet, car ça ne m'avait pas beaucoup intéressé", a fait savoir le général Mwehu.
Le général Yav Irung est soupçonné d’être en contact avec l’entourage de James Kabarebe. Depuis 2020, il avait été réaffecté dans l’Est de la RDC où il avait été nommé commandant de la troisième zone de défense des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Cette zone stratégique dans le système de défense congolais couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Ce procès s'ouvre près de trois ans après son arrestation en septembre 2022.
Le "Tigre " Philémon Yav est parmi les généraux de l'espace Grand Katanga que plusieurs personnalités politiques notamment Joseph Kabila, ancien Chef de l'État, ne cesse de citer pour démontrer la marginalisation des officiers de cet espace du pays sous le régime de Félix Tshisekedi. Ces allégations ont toujours été rejetées du côté de l'armée congolaise. Selon son porte-parole Sylvain Ekenge, lorsqu'on entre dans l'armée, il n'existe plus de tribu, affirmant que les interpellations et arrestations de certains officiers de l'armée se font dans la ligne droite de la législation militaire.
Clément Muamba