Contrôle routier à Kinshasa : routes dégradées, taxes élevées, une opération jugée inopportune par la société civile 

Foto
Kinshasa, boulevard Lumumba, commune de Limete

L’opération de contrôle routier strict lancée ce lundi 26 janvier par le gouvernement provincial de Kinshasa continue de susciter de vives réactions. Cette mesure, qui conditionne la circulation des véhicules à la présentation de documents en règle — permis de conduire, assurance, vignette, contrôle technique — défraie la chronique au sein de l’opinion publique.

Plusieurs structures de la société civile congolaise estiment que cette opération est inopportune et mal pensée, dans un contexte urbain déjà marqué par de nombreux défis structurels.

Pour la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), cette opération ne répond pas aux véritables problèmes de mobilité à Kinshasa. Son coordonnateur, Jonas Tshiombela, redoute un échec programmé.

« L’opération de contrôle lancée par le gouverneur de la ville de Kinshasa est vouée à l’échec, car elle vise davantage la mobilisation des recettes que la résolution du problème des embouteillages. Dans sa phase actuelle, les embouteillages risquent de disparaître le jour pour réapparaître la nuit, lorsque les conducteurs sans documents circuleront pour éviter les contrôles. Cela entraînera des conséquences graves : insécurité, vols, criminalité, surtout dans une ville où l’éclairage public est défaillant, malgré les taxes payées mensuellement à la SNEL sans résultats visibles », a-t-il dit à ACTUALITE.CD 

Jonas Tshiombela déplore également l’absence de concertation avec la société civile, pourtant spécialisée dans la prévention et la gestion des conflits.

« Aucun numéro vert n’a été mis en place pour dénoncer les abus des agents, les feux de signalisation sont inexistants dans plusieurs quartiers. Il est urgent de revoir ces mesures et de les encadrer correctement », a-t-il ajouté.

De son côté, Annie Bambe, membre de la Coalition Beijing +25, défenseure des droits humains et présidente du Forum pour les droits des jeunes et enfants au Congo (FODJEC), reconnaît le principe du contrôle routier, tout en dénonçant son application actuelle.

« En temps normal, cette action du gouvernement relèverait d’une routine de régulation routière visant la sécurité. Mais les conditions actuelles de circulation amènent les usagers à remettre en question les décisions de l’Hôtel de ville. Les chauffeurs perçoivent ces mesures comme une opportunité de rançonnement, au regard de la multiplicité des documents à payer dans un délai très court », souligne-t-elle.

Elle cite notamment l’état de délabrement des routes, l’absence de parkings aménagés, la complaisance dans le contrôle technique, l’obligation d’assurance sans réelle contrepartie en cas d’accident, la corruption quotidienne — communément appelée « likasu » — ainsi que les tracasseries policières, même envers les conducteurs en règle.

« La communication tardive de l’autorité urbaine, intervenue en plein test pratique du permis de conduire, n’a fait qu’aggraver la confusion », a-t-elle déploré.

Pour Jean Bosco Puna, coordonnateur de la Coalition de la société civile pour la promotion et la protection des droits économiques, sociaux et culturels (DESC), les priorités de la ville sont ailleurs.

« Les mesures actuelles de circulation vont créer plus de problèmes qu’elles n’apporteront de solutions. Le déploiement de près de 3 000 agents — police, unités spéciales, brigade de l’environnement, régie des fourrières et division urbaine des transports — est excessif et ouvre la voie à des abus », affirme-t-il.

Il craint un impact social et économique négatif.

« Les enfants auront des difficultés pour se rendre à l’école, les fonctionnaires et travailleurs pour rejoindre leurs postes. Les activités économiques seront fortement ralenties. Une mesure prise sans le peuple est une mesure contre le peuple. Avant toute décision de cette envergure, il fallait d’abord améliorer l’état des routes et accélérer les travaux en cours », a-t-il insisté.

Pour se conformer aux exigences des autorités provinciales, les propriétaires de véhicules doivent s’acquitter d’un montant total estimé à 564 dollars américains, répartis comme suit : 120 $ pour le permis de conduire ; 70 $ pour la vignette ; 80 $ pour le contrôle technique ; 294 $ pour l’assurance automobile annuelle.

Un montant que beaucoup jugent disproportionné au regard des conditions de circulation et des services offerts dans la capitale congolaise.

Face à cette situation, les organisations de la société civile formulent plusieurs recommandations, notamment l’éducation fiscale et la vulgarisation quotidienne des lois et règlements ; l’apposition d’une vignette visible sur les véhicules déjà contrôlés ; l’interdiction formelle aux policiers de percevoir des frais illégaux ; l’aménagement de deux bandes de circulation distinctes : l’une pour les véhicules conformes, l’autre pour ceux en attente d’évacuation ; le respect strict du Code de la route.

Grâce Guka