L’État de droit est une pierre angulaire de la paix et de la sécurité mondiales, ainsi que la clé des relations amicales entre les pays et les régions du monde. C’est ce qu’a rappelé, lundi 26 janvier 2026, António Guterres, Secrétaire général des Nations unies, à l’occasion de la 10096ᵉ séance du Conseil de sécurité de l’ONU, consacrée à la promotion et au renforcement de l’État de droit dans le cadre des activités de maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Selon António Guterres, ce socle, construit depuis 1945, n’est plus le même et vacille dans un monde traversé par des conflits, des rivalités et des rapports de force inégaux. Alors qu’hier il formait le cœur battant de la Charte des Nations unies, près de huit décennies plus tard, la réalité montre que le rôle de l’organisation internationale est mis à l’épreuve face aux défis actuels.
"Depuis 80 ans, elle a aidé l'humanité à éviter une troisième guerre mondiale et a atténué le nombre de victimes humaines dans d'innombrables conflits de moindre ampleur. La Charte, ainsi que la Déclaration universelle des droits de l'homme et les principaux traités relatifs aux droits de l'homme, les Conventions de Genève, la Déclaration sur les relations amicales de 1970 et la Déclaration sur l'état de droit de 2012, ont toutes contribué à un système de sécurité collective robuste et résilient. Un système qui interdit la menace ou l'emploi de la force et qui soumet tous les États, grands et petits, aux mêmes règles", a déclaré le Secrétaire général des Nations-Unies.
Dans son discours, le Secrétaire général de l’ONU a dénoncé les violations flagrantes du droit international et le mépris éhonté de la Charte des Nations unies. De Gaza à l’Ukraine, et partout dans le monde, l’État de droit est souvent traité comme un "menu à la carte".
Il a rappelé que huit décennies après la création de ce système multilatéral, il est nécessaire de se remettre sur la bonne voie et que ce Conseil doit montrer l’exemple. Selon lui, l’État de droit est fondamental non seulement pour les Nations unies, mais aussi pour l’efficacité de sa mission de maintien de la paix.
"Je suis déterminé à poursuivre sans relâche nos efforts pour une paix juste et durable. Une paix solidement ancrée dans le droit international. Une paix durable car elle s'attaque aux causes profondes du conflit, et non seulement à ses symptômes. Trop de crises persistent aujourd'hui dans l'impasse : des cessez-le-feu fragiles, des processus bloqués ou des accords qui s'évaporent dès que l'encre est sèche. Le respect de l'état de droit est également fondamental pour notre travail ici, dans cette enceinte", a-t-il indiqué.
À une époque où les initiatives abondent, a-t-il fait remarquer, le Conseil de sécurité des Nations unies se distingue par l’autorité que lui confère la Charte pour agir au nom de tous les États membres sur les questions de paix et de sécurité. Selon António Guterres, seul le Conseil de sécurité adopte des décisions qui s’imposent à tous.
"Aucun autre organisme ni coalition ad hoc ne peut légalement exiger de tous les États membres qu'ils se conforment aux décisions en matière de paix et de sécurité. Seul le Conseil de sécurité peut autoriser le recours à la force en vertu du droit international, tel qu'il est énoncé dans la Charte. Sa responsabilité est singulière. Son obligation est universelle. C'est pourquoi la réforme est essentielle. C’est pourquoi nous devons agir sans délai pour renforcer la représentation et l’efficacité de ce Conseil".
Ce discours d’António Guterres intervient dans un contexte où la République démocratique du Congo fait face à l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et occupant de vastes pans des territoires des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Au lendemain de l’occupation des villes de Goma (Nord-Kivu) et Bukavu (Sud-Kivu), le Conseil de sécurité, à l’unanimité de ses membres, a adopté en février 2025 une résolution qui « condamne fermement » l’offensive menée par le M23 en RDC et les avancées qu’il réalise dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu avec le soutien de la Force de défense rwandaise. Présenté par la France, porte-plume sur le dossier congolais, le texte exige la cessation des hostilités, invite toutes les parties à conclure un cessez-le-feu et appelle au retrait immédiat du M23 et de ses alliés rwandais.
Près d’une année après, la mise en œuvre de cette résolution peine à se concrétiser sur le terrain. En décembre 2025, devant le Conseil de sécurité, la République démocratique du Congo avait interpellé l’ONU sur les conséquences de l’inaction internationale face à la détérioration de la situation sécuritaire dans l’est du pays. Lors de son intervention, la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner a dressé un bilan sans appel : neuf mois après l’adoption à l’unanimité de la résolution 2773, la situation sur le terrain s’était aggravée, avec des villes et localités tombant sous le contrôle de la rébellion et la consolidation d’une administration parallèle.
La ministre a dénoncé l’absence de mesures concrètes du Conseil pour faire respecter sa propre résolution. « Pendant ces neuf mois, ce Conseil n’a pris aucune mesure concrète pour faire respecter sa propre résolution et pour défendre sa propre mission. Des appels, des avertissements, mais aucun acte », a-t-elle regretté, estimant que ce vide a permis au Rwanda de poursuivre et d’étendre ses opérations « dans un environnement où les violations ne rencontrent aucune conséquence ».
Par ailleurs, Thérèse Kayikwamba Wagner a appelé les membres du Conseil à s’interroger sur leur responsabilité dans la durée de la crise, expliquant comment, en trois décennies de conflit, l’absence de mesures coercitives a contribué à la persistance des violations. Elle a réaffirmé que la résolution 2773 reste « la boussole de l’engagement onusien » et doit être appliquée dans toute sa portée, sans ambiguïté ni exception.
Clément MUAMBA