L’an 1 d’occupation de Goma par l’AFC/M23: à Kinshasa, le gouvernement organise “une journée de mémoire” en hommage aux victimes du conflit dans l’Est 

Inhumation des victimes des affrontements entre FARDC et M23 à Goma
Inhumation des victimes des affrontements entre FARDC et M23 à Goma

Un an après la chute de la ville de Goma aux mains de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, les autorités congolaises ont organisé, ce mardi 27 janvier, une journée nationale de mémoire dédiée aux victimes des violences dans l’Est de la République démocratique du Congo. La cérémonie s’est tenue à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, en présence notamment de la première ministre, Judith Suminwa, et de quelques membres de son gouvernement.

Cette commémoration axée autour de la « Résistance, Résilience et Unité du peuple congolais », visait d’après les organisateurs, à rendre hommage aux civils tués ou déplacés dans les zones affectées par les conflits armés. De Bunagana à Uvira, le gouvernement a réaffirmé que le conflit dans l’Est ne se limite pas à des combats armés, mais constitue une crise complexe aux dimensions humanitaire, économique et géopolitique.

« La Journée de mémoire qui nous réunit n’est ni un rituel de circonstance, ni un exercice symbolique détaché de l’action. Elle procède d’un choix clair : refuser la banalisation de la guerre et le silence ou l’indifférence face à la souffrance de nos populations », a déclaré Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias.

Dans la salle, de nombreux participants, pour la plupart originaires de l’Est du pays, étaient présents. Photos de victimes à la main, drapeau national sur les épaules et pancartes brandies, ils ont dénoncé le « genocide du Congo » ainsi que « l’omerta de la communauté internationale ». 

« Si vous avez voulu marquer cette journée de mémoire, c'est parce que la mémoire est un acte de responsabilité. Elle oblige, elle engage. Elle rappelle que ce qui se joue aujourd'hui dans la partie Est de notre pays concerne l'ensemble de la nation, son intégrité territoriale, sa dignité et son avenir », a souligné Patrick Muyaya.

Le porte-parole du gouvernement a ajouté que « la guerre ne se mesure pas d’abord en lignes de front, mais en vies humaines brisées dans leur chair, leur dignité et leur avenir ».

Des panels pour analyser les dimensions du conflit

Au-delà de la commémoration, la journée a été ponctuée par une série de panels consacrés aux différentes facettes du conflit. Quatre thématiques ont structuré les échanges : le drame humanitaire, les enjeux économiques, la justice pour les victimes et la restauration de l’intégrité territoriale.

Plusieurs membres du gouvernement y ont pris part, parmi lesquels le vice-premier ministre chargé de l’économie nationale, Daniel Mukoko, le ministre d’État à la justice, Guillaume Ngefa, et le ministre du commerce extérieur, Julien Paluku. Les discussions ont mis en évidence la complexité d’un conflit aux ramifications sécuritaires, économiques et régionales.

Un devoir de mémoire revendiqué par l’exécutif

Dans son allocution, la cheffe du gouvernement a insisté sur la portée politique et symbolique de cette journée, qu’elle a présentée comme un acte de responsabilité nationale. 

« Ce jour de mémoire nous rappelle des existences interrompues, des familles durablement marquées et une nation confrontée à l’une des épreuves les plus exigeantes de son histoire récente », a-t-elle déclaré.

Judith Suminwa a souligné que la mémoire collective ne pouvait être dissociée des enjeux de souveraineté et d’intégrité territoriale, affirmant que ce qui se joue dans l’Est du pays engage l’ensemble de la Nation congolaise.

La première ministre a par ailleurs dénoncé ce qu’elle considère comme une stratégie délibérée de déstabilisation menée par le Rwanda, avec l’appui de groupes armés opérant sur le sol congolais. 

« La guerre que traverse notre pays n’est pas accidentelle. Elle procède d’une stratégie pensée et planifiée, visant l’occupation d’une partie de notre territoire et l’exploitation de ses ressources », a-t-elle affirmé, reprenant la position officielle de Kinshasa.

Cette position s’inscrit dans un contexte où les mécanismes de justice transitionnelle restent largement absents, malgré l’ampleur des exactions documentées dans l’Est du pays.

Témoignages et recueillement

La cérémonie a également donné lieu à des témoignages de déplacés et d’acteurs de la société civile. Olivier, journaliste originaire de Goma, déplacé à Kinshasa depuis la prise de la ville, a évoqué la dispersion des familles et le traumatisme durable des populations.

« Le monde doit savoir ce qui s’est passé à Goma. Il y a eu des tueries, des menaces, et aujourd’hui encore, beaucoup vivent loin des leurs », a-t-il confié.

La journée s’est achevée par un moment de recueillement collectif, marqué par l’allumage de bougies en hommage aux victimes, ainsi qu’une exposition photographique retraçant les violences subies par les populations civiles.

Cette commémoration a réuni, outre plusieurs membres du Gouvernement et députés nationaux, des représentants de la Monusco, de l’Union européenne, du corps diplomatique et de la société civile.

Si cette journée n’a pas débouché sur des annonces politiques concrètes, elle traduit la volonté des autorités congolaises d’inscrire la guerre de l’Est dans une mémoire nationale et de maintenir la pression diplomatique sur la scène internationale.

Dans un pays marqué par des décennies de conflits à répétition, la question demeure toutefois celle de la traduction de cette mémoire en avancées durables vers la paix.

James Mutuba