RDC : le Prix franco-allemand des droits de l’Homme 2025 décerné à Nelly Mbangu, coordonnatrice de l’ONG Sauti ya Mama Mukongomani

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Nelly Mbangu reçoit le Prix franco-allemand des droits de l’Homme 2025

Le Prix franco-allemand des droits de l’Homme, édition 2025, a été décerné à Me Nelly Mbangu Madieka Lumbulumbu, présidente du Conseil d’administration de la Dynamique des Femmes Juristes (DFJ) et coordonnatrice de l’ONG Sauti ya Mama Mukongomani (SMM). Créée en 2016 par la France et l’Allemagne, cette distinction annuelle récompense, à travers le monde, des défenseurs des droits humains. Elle salue l’engagement de Me Nelly Mbangu en faveur de la promotion et de la défense des droits de l’Homme dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.

La cérémonie de remise du prix s’est tenue le jeudi 22 janvier à l’Institut français de Kinshasa, en marge de la commémoration de la signature du Traité de l’Élysée. Placée sous le thème « Mémoire, dialogue et réconciliation : l’exemple franco-allemand face aux défis des Grands Lacs », la rencontre s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités de la société civile, de diplomates et d’invités.

Prenant la parole, Rémi Maréchaux, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en RDC, a rappelé que la lauréate consacre depuis plus de vingt ans sa vie à la défense des droits humains dans l’Est du pays, particulièrement au Nord-Kivu. Il a souligné que son engagement s’inscrit dans la durée au sein de plusieurs organisations, notamment la Dynamique des Femmes Juristes et l’ONG Sauti ya Mama Mukongomani, qu’elle coordonne actuellement.

« À travers ses différentes responsabilités, son action s’est prioritairement concentrée sur la protection des populations les plus vulnérables face aux conflits armés et aux violences structurelles. Le prix remis aujourd’hui traduit la conviction partagée par l’Allemagne et la France selon laquelle la défense des droits humains repose avant tout sur l’engagement concret de femmes et d’hommes agissant sur le terrain, souvent dans des contextes difficiles », a déclaré le diplomate français.

De son côté, Ingo Herbert, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale d’Allemagne en RDC, a rappelé que le Prix franco-allemand des droits de l’Homme a été institué en 2016 par les ministres des Affaires étrangères des deux pays. Selon lui, cette distinction constitue un message politique fort : lorsqu’il est question de droits humains, l’Allemagne et la France s’expriment d’une seule voix.

« Notre action s’inscrit pleinement dans l’esprit du Traité d’Aix-la-Chapelle, par lequel nous avons réaffirmé notre engagement à promouvoir les valeurs de l’Union européenne. Nous n’agissons pas seulement en tant que représentants de deux nations, mais comme partenaires européens unis autour de valeurs communes. Or, dans le contexte mondial actuel, ces valeurs, notamment les droits humains, sont de plus en plus mises à l’épreuve », a-t-il souligné.

Il a également rappelé le caractère exceptionnel de cette distinction.

« Madame Nelly Mbangu Madieka Lumbulumbu fait partie d’un cercle très restreint. Chaque année, seules quinze personnalités à travers le monde reçoivent ce prix. La sélection est effectuée conjointement par le ministère allemand des Affaires étrangères et le Quai d’Orsay, sur proposition de nos ambassades respectives. Cette reconnaissance traduit l’attention portée par Berlin et Paris à l’engagement remarquable de la lauréate en RDC », a-t-il dit.

Réagissant à cette distinction, Me Nelly Mbangu Madieka Lumbulumbu, également chercheure associée au Centre de recherche sur la démocratie et le développement en Afrique (CREDDA), a dédié son prix à toutes les femmes, aux jeunes filles et garçons, ainsi qu’à l’ensemble des victimes des conflits. Elle a affirmé que tant qu’un défenseur des droits humains sera menacé, qu’une femme sera violentée ou qu’une fille sera réduite au silence, le combat devra se poursuivre.

« Ce prix est avant tout une reconnaissance des efforts collectifs fournis par les organisations de défense des droits humains en RDC. Il est aussi un hommage à toutes les victimes pour leur remarquable résilience. Je le dédie également aux défenseurs des droits humains contraints à l’exil ou vivant comme déplacés de guerre, loin de leurs familles et sans assistance. Ce prix est le vôtre, il est le nôtre. En l’acceptant, je renouvelle mon engagement à poursuivre ce combat avec détermination, intégrité et sans compromis », a-t-elle déclaré.

La seconde partie de la cérémonie a été marquée par plusieurs temps forts, notamment la projection d’un film documentaire retraçant des décennies de conflits entre la France et l’Allemagne. Cette œuvre a illustré les vertus du dialogue, de la réconciliation et du vivre-ensemble comme fondements d’une paix durable.

Les échanges qui ont suivi ont mis en lumière la nécessité, pour les acteurs et les communautés de la RDC et du Rwanda, de s’engager résolument sur la voie du dialogue et de la réconciliation, à l’image du parcours historique franco-allemand.

Aux côtés des ambassadeurs et de la lauréate, Fred Bauma, directeur exécutif du centre de réflexion Ebuteli, a insisté sur l’importance de reconstruire les liens de paix et de justice, de renforcer les échanges politiques et économiques, de promouvoir le respect mutuel et la dignité humaine, ainsi que de développer des projets communs fondés sur la mutualisation des ressources. Selon lui, cette dynamique est possible et dépend avant tout d’une volonté politique partagée, d’autant plus que ces liens ont déjà existé par le passé.

Le Prix franco-allemand des droits de l’Homme et de l’État de droit symbolise les valeurs communes portées par l’Allemagne et la France et illustre leur engagement constant en faveur de la protection et de la promotion des droits humains. Il a été créé en 2016 par les ministres des Affaires étrangères de l’époque, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier.

Clément MUAMBA