La salle professeur Kitima de l’Université des sciences de l’information et de la Communication (UNISIC, ex-IFASIC) a vibré, samedi 24 janvier, au rythme de la soutenance de thèse du chef de travaux et doctorant Guillaume Kingh Farel, en vue de l’obtention du grade de docteur en sciences de l’information et de la Communication. À l’issue de la présentation du travail et des échanges, le jury a salué la rigueur scientifique, la pertinence méthodologique, et l’originalité des résultats obtenus. Il a sanctionné le travail de la mention grande distinction.
Intitulée « Pratiques journalistiques du téléphone portable en milieu médiatique congolais : une approche sociocognitive », cette dissertation doctorale de 400 pages s’est penchée sur l’usage professionnel du téléphone portable, sous l'angle des capacités cognitives mobilisées et de leur influence sur la performance journalistique.
« Aujourd’hui, le téléphone mobile dépasse largement le cadre des simples appels vocaux. Il intègre Internet, la photographie, la vidéo, la géolocalisation, l’enregistreur vocal, le dictaphone, le banc de montage ainsi qu’une multitude de services qui en font un instrument indispensable, au quotidien et dans la sphère professionnelle. Dans le domaine journalistique, il occupe une place centrale en facilitant la collecte, le traitement, la diffusion rapide et le stockage de l’information. Son usage par les journalistes ne se limite donc pas à la communication … », a déclaré Guillaume Kingh Farel.

Comment l’usage du téléphone portable façonne-t-il les pratiques journalistiques en RDC et influence-t-il la performance professionnelle des journalistes ? Ainsi a été formulée la question centrale de cette recherche.
Pour y répondre, l’impétrant a adopté une démarche hypothético-déductive, combinant méthodes qualitatives et quantitatives. Un échantillon de 420 journalistes, représentant 22,8% d’une population de 1 838 journalistes, a été constitué, par convenance, à Kinshasa, entre juillet et novembre 2024.
Sur le plan théorique, l’étude de M. Kingh Farel adopte une approche sociocognitive, articulant trois axes qu'il affirme "complémentaires" : la sociologie des usages (analyse des relations intrinsèques entre les techniques et le social) ; la psychologie cognitive (étude des capacités mentales mobilisées) ; et la communicométrie (quantification et analyse des données qualitatives, c’est-à-dire étude quantitative des phénomènes de communication).

Guillaume Kingh Farel en pleine soutenance de sa thèse doctorale à l'Unisic, samedi 24 janvier 2026
Ses travaux démontrent que le téléphone portable constitue bien plus qu’un simple outil technique : il est un dispositif structurant des pratiques journalistiques contemporaines, redéfinissant les compétences, les capacités cognitives et la performance professionnelle des journalistes congolais.
Le néodocteur, le 29e issu de l'école doctorale de l'Unisic, montre que les pratiques journalistiques liées au téléphone portable s’organisent selon une séquence structurée : usage, apprentissage et appropriation, laquelle conditionne directement la performance professionnelle.
L’analyse des fonctions cognitives, qu’il dit fonder sur la taxonomie de Bloom, révèle que les fonctions de synthèse et de mémorisation/stockage sont les plus déterminantes, tandis que la simple application technique joue un rôle secondaire.
L’ensemble de ces résultats a, non seulement permis de valider ses hypothèses de recherche, mais aussi de proposer un modèle sociocognitif explicatif, dénommé modèle TéJoCo. Ce modèle établit une relation causale entre les processus d’usage, d’apprentissage et d’appropriation du téléphone portable, la mobilisation des fonctions cognitives et la performance journalistique.
Par ailleurs, la recherche a conduit à l’élaboration d’un Indice de maîtrise du téléphone portable dans les pratiques journalistiques (IPJ-TP). Cet indice ouvre des perspectives concrètes pour la formation des journalistes, l’évaluation des compétences et l’amélioration de la qualité de la production médiatique.

Rappelons que cette soutenance s’est déroulée devant un jury composé du professeur ordinaire Vicky Elongo (Université de Kinshasa), président du jury ; du Professeur David Pata Kiantuadi (UNISIC), secrétaire du jury ; du professeur ordinaire Denis Nzonkatu Natubediko (UNISIC), promoteur de thèse (absent et se trouvant en Inde pour des soins appropriés) ; du professeur ordinaire Godefroid Elite Ipondo (UNISIC), membre ; du professeur Jean-Claude Matumweni Makwala (UNISIC), membre ; du professeur Paul Massey N’tambwe (UNISIC), membre suppléant.
Japhet Toko